Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

*Karnak-Nord


flèche chronologique de -2000 à 100 env.

Nom du site: Karnak-Nord شمال الكرنك

Responsable: Jean Jacquet (archéologue, IFAO).

Collaborations:Helen Jacquet-Gordon (épigraphiste, céramologue); membres scientifiques de l’IFAO.

Institution partenaire: CSA.

Dates du chantier: les missions de terrain sont achevées.

Le site archéologique connu sous le nom de Karnak-Nord occupe la zone située au nord de l’enceinte actuelle du Grand Temple d’Amon à Karnak.

Son occupation remonte, jusqu’à plus ample connaissance, au début du Moyen Empire (ca 2000 av. J.-C.) et se prolonge sans interruption à travers la Seconde Période intermédiaire, le Nouvel Empire, l’Époque Saïte, l’époque ptolémaïque et jusqu’à l’époque Romaine. Nulle trace d’une occupation chrétienne n’y a été décelée.

Historique des fouilles

L’attribution d’une concession de fouilles par le Service des Antiquités de l’Égypte à l’Institut français d’archéologie orientale remonte à 1939.

Le terrain concédé à l’origine à l’IFAO est limité au sud par le mur d’enceinte du Temple d’Amon, au nord par les champs cultivés, à l’est par le drain qui entoure l’ensemble de Karnak et à l’ouest par les premières maisons du village de Malqata

L’aspect du site et les premiers travaux

Le monument le plus célèbre de ce secteur est une grande porte ptolémaïque engagée dans une enceinte de brique crue dans laquelle se trouvent les temples de Maât et d’Amon-Rê-Montou remontant à la XVIIIᵉ. dynastie, et le temple Harpré (XXIᵉ dynastie). Devant cette porte, une allée de sphinx conduit à un quai, extrémité nord de la ville. Cet ensemble créé de toutes pièces sur un site urbain de la Deuxième Période intermédiaire n’est pas antérieur à la XVIIIᵉ dynastie. Il a été l’objet de fouilles intensives menées tout d’abord par Alexandre Varille de 1940 à 1943 puis sous la conduite de Clément Robichon de 1945 à 1951, assisté de plusieurs pensionnaires de l’IFAO, Louis Christophe, Paul Barguet, Jean Leclant, qui en ont assuré la publication.

Les travaux récents

Après une période d’interruption des travaux de plusieurs années, l’activité de l’IFAO a repris à Karnak-Nord sous la direction de Jean Jacquet et une nouvelle fouille fut entreprise, suite à l’étude de différentes photos aériennes. Ce nouveau point de fouille se situe à l’est de l’enceinte du temple de Montou.

Neuf campagnes annuelles de fouilles (1970-1978) lui seront consacrées, révélant un monument unique en son genre, le Trésor de Thoutmosis Ier, construit à la XVIIIᵉ. dynastie (vers 1550 av. J.-C.).

Les travaux de terrain conduits par Jean Jacquet ont bénéficié de la collaboration permanente de Helen Jacquet-Gordon, épigraphiste et céramologue et, au fil des années, de celle de nombreux collaborateurs dont les membres de l’IFAO, des architectes stagiaires et des spécialistes recrutés selon leurs compétences : documentaliste, topographe, dessinateur, photographe, etc.

Le Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ: le monument et sa destinée

Ce monument, construit en calcaire fin, d’une superficie d’environ 2200 m², réduit à ses sols et à quelques éléments de sa superstructure, se trouvait à 3 m en moyenne sous la surface du site. Orienté est-ouest, son entrée se trouvait à l’ouest. Il avait été amplement décoré d’inscriptions et de bas-reliefs.




Karnak-Nord. Vue générale du Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ.
Karnak-Nord. Vue générale du Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ.

Le plan de l’édifice est formé de deux rectangles juxtaposés : à l’ouest, un ensemble réservé au culte composé d’un reposoir de barque et d’un sanctuaire; à l’est, des magasins ouvrant sur une cour. On peut s’étonner qu’un tel édifice n’ait pas été protégé par une puissante muraille. Aussi faut-il envisager que le Trésor n’était alors qu’une composante d’un ensemble beaucoup plus important, peut-être un palais, dont nous ignorons pour le moment l’existence. L’édifice en pierre ne fut entouré d’un mur d’enceinte en brique crue qu’à l’époque d’Hatchepsout, une génération plus tard. L’espace compris entre ce mur et le monument en pierre fut alors réservé à des ateliers, boulangeries ou entrepôts.

Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ dans son état final. Reconstruction axonométrique.
Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ dans son état final. Reconstruction axonométrique.

Ramsès II (XIXᵉ dynastie) fut le responsable du démantèlement du Trésor, réutilisant sans doute les matériaux sur d’autres sites, laissant sur place une grande quantité de fragments décorés, source de la plupart de nos informations.

Le même Ramsès II ayant fait table rase du site y reconstruisit un sanctuaire de moindre importance, toujours orienté de la même façon, transformant les restes de la porte du Trésor en pylône.

Au fil des années, un nouveau sanctuaire situé au sud du précédent, édifié sans doute par Ramsès III (ca 1184-1153 av. J.-C.), se composait simplement d’une cour dallée et d’une chapelle faite de blocs de remploi.

Finalement, à la XXIᵉ dynastie (ca 1095-945 av. J.-C.), Pinedjem Iᵉʳ revenait sur le site de Ramsès II pour y édifier un dernier monument, sanctuaire de grandes dimensions construit en brique crue, toujours orienté est-ouest et composé essentiellement de deux cours, utilisant toujours la même entrée de nombreuses fois restaurée.

L’abandon de ce dernier monument voyait la fin de l’occupation religieuse du site. Quelques installations domestiques vinrent occuper le terrain à l’époque ptolémaïque, le site servant simultanément de zone de remblais.

L’époque romaine, période d’intense construction, recherchait à n’importe quel prix du calcaire pour fabriquer de la chaux. Ayant découvert, sans doute à l’occasion du creusement d’un puits, les blocs de calcaire laissés en place par Ramsès II, les hommes exploitèrent ce filon en suivant dans des tranchées profondes les murs du Trésor qui gisaient 3 m plus bas. Ce sera la dernière activité sur le site jusqu’à l’arrivée des fouilleurs. Entre-temps, le vent et les éboulements auront partiellement comblé les tranchées des chaufourniers dont les traces ont toutefois subsisté, attirant l’attention des archéologues.

L’étude du Trésor au cours de sa fouille nous a laissé pressentir de grands changements dans la topographie du site depuis l’Antiquité, changements entrevus par l’existence d’un quai à l’extrémité nord du dromos du temple de Montou. À notre instigation, une équipe de géologues britanniques travaille actuellement sur le terrain à la recherche d’un ancien cours du Nil au nord de Karnak. L’utilisation de méthodes modernes commence à porter ses fruits.

Un membre de la même équipe dirige actuellement une recherche de surface à l’ouest et au nord de l’enceinte de Montou dans le but de localiser des installations tardives et des fours à céramique éventuels.

Deux égyptologues anciens membres de l’IFAO, Vincent Rondot et Luc Gabolde, assistés d’un architecte, ont entrepris une étude archéologique détaillée du temple de Montou. Leurs travaux sont en cours.

Bibliographie

  • A. Varille,Karnak-Nord I, FIFAO 19, Le Caire, 1943.
  • L. Christophe. Karnak-Nord III, FIFAO 23, Le Caire, 1951.
  • P. Barguet, J. Leclant, Karnak-Nord IV, FIFAO 25, Le Caire, 1954.
  • J. Jacquet, Karnak-Nord V. Le Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ. Étude architecturale, FIFAO 30, Le Caire, 1983.
  • H. Jacquet-Gordon, Karnak-Nord VI, Le Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ. La décoration, FIFAO 32, Le Caire, 1988.
  • J. Jacquet, Karnak-Nord VII. Le Trésor de Thoutmosis Ier. Installations antérieures ou postérieures au Monument, FIFAO 36, Le Caire, 1994.
  • H. Jacquet-Gordon, Karnak-Nord VIII. Le Trésor de Thoutmosis Iᵉʳ. Statues, Stèles et blocs réutilisés, FIFAO 39, Le Caire, 1999.
  • J. Jacquet, Karnak-Nord IX, FIFAO 44, Le Caire, 2001.

Karnak North

Site name: Karnak North شمال الكرنك

Supervisor: Jean Jacquet (archaeologist, IFAO).

Collaborators:Helen Jacquet-Gordon (epigraphist, ceramologist); IFAO Fellows.

Partner institution: CSA.

Campaign dates: on-site work has been completed.

The archaeological site known as Karnak North is situated in an area north of the present wall of the Great Temple of Amun at Karnak.

To the best of our knowledge, occupation of the site dates back to the beginning of the Middle Kingdom (circa 2000 BC) and continued without interruption throughout the Second Intermediary Period, the New Kingdom, the Saite period, the Ptolemaic period and right up to the Roman era. No trace of any Christian occupation has been found.

Son occupation remonte, jusqu’à plus ample connaissance, au début du Moyen Empire (ca 2000 av. J.-C.) et se prolonge sans interruption à travers la Seconde Période intermédiaire, le Nouvel Empire, l’Époque Saïte, l’époque ptolémaïque et jusqu’à l’époque Romaine. Nulle trace d’une occupation chrétienne n’y a été décelée.

History of the excavations

The IFAO was first granted a concession to excavate by the Egyptian Antiquities Service in 1939.

The area initially conceded to the IFAO was limited to the south by the perimeter wall of the Temple of Amun, to the north by the cultivated fields, to the east by the drain that surrounds the entire Karnak site and to the west by the first houses of the village of Malqata.

Nature of the site and the first works

The most famous monument of this sector is a great Ptolemaic gateway set in a perimeter wall of mud brick inside of which stand temples of Maat and Amun-Re-Montu dating to the 18th dynasty, and the temple of Harpre, 21st dynasty. In front of the gateway, an alley of sphinxes leads to a quay at the northern edge of the town. This ensemble was created as a piece on an urban site of the Second Intermediary Period and is no earlier than the 18th dynasty. The site has been the object of intensive excavations led firstly by Alexandre Varille from 1940 to 1943 and then by Clément Robichon from 1945 to 1951, with the assistance of several IFAO residents (Louis Christophe, Paul Barguet, Jean Leclant) who undertook the publication.

Recent work

Following several years of inactivity, the IFAO resumed work on Karnak North under the leadership of Jean Jacquet and, after a study of a variety of aerial photos, new excavations were begun. The new excavation point was located east of the wall of the Temple of Montu.

Nine annual excavation campaigns (1970-1978) were undertaken and they revealed a unique monument, the Treasury of Tuthmosis I, built during the 18th dynasty (circa 1550 BC).

The on-site work conducted by Jean Jacquet has benefitted from the permanent collaboration of the epigraphist and ceramologist, Helen Jacquet-Gordon, and over the years that of numerous other collaborators including members of the IFAO, architect interns and various specialists: topographers, illustrators, photographers etc.

The Treasury of Tuthmosis I: the monument and its fate

This monument, built of fine limestone and covering an area of some 2200 m², has been reduced to its flooring and a few elements of its superstructure and now lies on average at 3 m below the surface of the site. Oriented east-west, the entrance lies to the west. It was once amply decorated with inscriptions and bas-reliefs.





Karnak North - general view of the Treasury of Tuthmosis I.
Karnak North - general view of the Treasury of Tuthmosis I.

The layout of the edifice was of two rectangles next to each other. To the west was an ensemble reserved for cult purposes, composed of a bark shrine and a temple. To the east, storerooms opened onto a courtyard. It may seem surprising that such an edifice was not protected by a strong wall. One must imagine that the Treasury was then just a part of a much larger ensemble, perhaps a palace, about which we are still ignorant. It was only a generation later, during the Hatshepsut period, that this stone construction was enclosed within a mud brick wall. The space between this wall and the stone monument was then reserved for workshops, bakeries and storehouses.



An axonometric representation of the Treasury of Tuthmosis I in its final state.
An axonometric representation of the Treasury of Tuthmosis I in its final state.

Ramses II (19th dynasty) was responsible for the dismantling of the Treasury, most probably re-using the material on other sites. A great quantity of decorated fragments was left lying in place and this is the source of most of our information.

Having flattened the site, this same Ramses II built here a less grand temple, oriented in the same direction and transforming the remains of the Treasury entrance into a pylon.

As the years passed, a new sanctuary, most probably erected by Ramses III (circa 1184-1153 BC) was located to the south of the previous one and was simply composed of a paved courtyard and a chapel made of re-used blocks.

Finally, during the 21st dynasty (circa 1095-945 BC), Pinedjem I returned to the site of Ramses II to build a last monument. This was a mud brick temple of great dimensions, still running east-west and composed essentially of two courtyards, and using the same often restored entrance.

The abandonment of this last monument meant the end of any religious occupation of the site. During the Ptolemaic period, there were some domestic installations and, at the same time, dumping of backfill.

The Roman era, being one of intense construction, saw a frantic search for limestone to be transformed into lime. Probably while digging a well, the new occupants of the site discovered limestone blocks left in place by Ramses II. They then dug deep trenches to quarry the Treasury walls that lay 3m further down. This was the last activity on the site until the arrival of the archaeologists. Meanwhile, the wind and landslips partly filled the lime-burners' trenches, though their traces have nonetheless survived to attract the attention of the archaeologists.

Studying the Treasury throughout the excavations has left us with a sense of the great changes in the topography of the site since Antiquity, changes suggested by the existence of a quay at the northern end of the dromos of the temple of Montu. At our instigation, a British team of geologists are presently working on site in search of an old course of the River Nile to the north of Karnak. The use of modern methods is beginning to produce results.

A member of the same team is also presently leading a surface investigation to the west and north of the wall of Montu with the aim of locating late period installations and even ceramic kilns.

Two former members of the IFAO, egyptologists Vincent Rondot and Luc Gabolde, assisted by an architect, have undertaken a detailed archaeological study of the temple of Montu. Their work is still ongoing.

Bibliography

  • A. Varille,Karnak-Nord I, FIFAO 19, Le Caire, 1943.
  • L. Christophe. Karnak-Nord III, FIFAO 23, Le Caire, 1951.
  • P. Barguet, J. Leclant, Karnak-Nord IV, FIFAO 25, Le Caire, 1954.
  • J. Jacquet, Karnak-Nord V. Le Trésor de Thoutmosis Ier. Étude architecturale, FIFAO 30, Le Caire, 1983.
  • H. Jacquet-Gordon, Karnak-Nord VI, Le Trésor de Thoutmosis Ier. La décoration, FIFAO 32, Le Caire, 1988.
  • J. Jacquet, Karnak-Nord VII. Le Trésor de Thoutmosis Ier. Installations antérieures ou postérieures au Monument, FIFAO 36, Le Caire, 1994.
  • H. Jacquet-Gordon, Karnak-Nord VIII. Le Trésor de Thoutmosis Ier. Statues, Stèles et blocs réutilisés, FIFAO 39, Le Caire, 1999.
  • J. Jacquet, Karnak-Nord IX, FIFAO 44, Le Caire, 2001.