Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Tell el-Iswid

flèche chronologique de -4000 à -2900 et de -664 à -323 env.

Nom actuel du site: Tell el-Iswid-Sud, également nommé Tell Abassieh ou Tell Haddâdin

Responsable: Béatrix Midant-Reynes (Ifao)

Tell el-Iswid-Sud. Plan topographique et localisation des secteurs de fouille (B.Fabry & J. Cavero).
Tell el-Iswid-Sud. Plan topographique et localisation des secteurs de fouille (B.Fabry & J. Cavero).

Collaborations Archéologues: François Briois (EHESS); Nathalie Buchez (INRAP), Yann Tristant (Macquarie Univ., Sydney); Samuel Guérin (INRAP); Rachid el Hajaoui (INRAP); Mathilde Minotti (doctorante, EHESS); Jérôme Robitaille (master, EHESS). Céramologues: Sylvie Marchand (céramologue, (Ifao); Gaëlle Bréand (doctorante, EHESS); Frédéric Guyot (doctorant, univ. Paris I). Autres spécialistes: Aline Emery-Barbier (paléobotaniste, Maison de l’Archéologie, Nanterre); Christiane Hochstrasser-Petit (dessinatrice); Joséphine Lesur (archéozoologue, Museum Histoire naturelle); Julien Cavero (cartographe, ANR-Gezira).

Institutions partenaires

Programme partenaire ANR Gezira

Dates du chantier 1er avril au 15 mai.

Introduction

Tell el-Iswid est situé dans le delta Oriental du Nil, à 40 km au nord-est de la ville actuelle de Zagazig, dans la province de la Sharqiyah. L’intérêt de ce site pour les périodes antérieures aux premières dynasties tient à ce que fut mise en évidence, dès le milieu des années 1980, une épaisse stratigraphie couvrant la totalité du IVe millénaire. À l’instar de sites comme Bouto, Tell el-Iswid offre un potentiel archéologique essentiel pour renouveler les réflexions sur les cultures qui se sont succédé, durant la période de formation de l’État égyptien, dans cette région clé du Delta, au carrefour de l’Afrique saharienne et du Levant. Les fouilles, commencées en 2006, ont également mis en évidence des structures bâties de la Basse Époque, dont l’étude pourra dans l’avenir constituer un prolongement des travaux actuels.

Historique

Tell el-Iswid a été prospecté en 1987 par une équipe de l’université d’Amsterdam, qui y a effectué deux sondages. Ceux-ci ont révélé l’existence d’une stratigraphie couvrant la totalité du IVe millénaire. Les fouilles entreprises par l’Ifao depuis 2006 ont exploité et développé ces données préliminaires.

Géoarchéologie

Tell el-Iswid. Vue générale depuis le nord. Le transect (secteur 1a-b) en cours de fouille (campagnes 2008-2009).
Tell el-Iswid. Vue générale depuis le nord. Le transect (secteur 1a-b) en cours de fouille (campagnes 2008-2009).

Comme sur la totalité des sites du Delta, l’occupation ancienne de Tell el-Iswid s’est faite sur une gezira. Les gezira-s sont des buttes sableuses constituées par les dépôts du Nil à l'époque pleistocène et qui, seules, émergeaient lors des crues annuelles. Ce paysage originel a été totalement remodelé à partir du XIXe siècle lorsque les travaux hydrauliques (barrages) et l’arasement des terres ont transformé la région en une vaste étendue plate de champs et de villages. La reconstitution de l’environnement originel fournit donc un point de départ essentiel à tout projet archéologique dans cette région. C’est la raison pour laquelle l’exploitation du site a été intégrée au programme ANR-Gezira relatif aux interactions hommes et environnement dans le delta du Nil, au IVe millénaire. Commencés dès 2006, un ensemble de sondages à la tarière et une prospection géoélectrique ont conduit à la modélisation sous SIG du toit de la gezira, ce qui a permis de comprendre les modes d’occupation prédynastiques dans la partie ouest du site.

Travaux archéologiques

Tell el-Iswid. Secteur 1a. Espace construit Naqada IIIC-D, avec pot de stockage (campagne 2008).
Tell el-Iswid. Secteur 1a. Espace construit Naqada IIIC-D, avec pot de stockage (campagne 2008).
Tell el-Iswid. Bâtiment Naqada IIIA-B (secteur 4) (campagnes 2009-2011).
Tell el-Iswid. Bâtiment Naqada IIIA-B (secteur 4) (campagnes 2009-2011).

Les fouilles ont commencé en 2007 et ont porté sur deux secteurs choisis à partir des données obtenues par les sondages pratiqués en 2006. Le choix s’est porté sur des points hauts afin d’éviter la partie centrale du Tell, sujette à des perturbations dues à une tentative de mise en culture dans les années 1960.

L’objectif initial étant d’obtenir une vision chrono-stratigraphique du site, un grand transect de 27 m de long sur 4 m de hauteur a été implanté dans la partie nord-ouest, dans une échancrure artificielle délimitant deux axes perpendiculaires propices à la réalisation d’une coupe stratigraphique (secteur 1a et b). L’analyse de cette grande coupe stratigraphique a mis en évidence deux principales phases d’occupation : Prédynastique et Basse Époque. Des mobiliers résiduels, inclus dans les niveaux de Basse Époque, témoignent cependant d’une présence intermédiaire (IVe dynastie, XIe dynastie, fin 2e Période intermédiaire et début du Nouvel Empire). Pour la période prédynastique, trois phases ont été déterminées correspondant, à la base, à Bouto II-IIIa, puis Naqada IIIA-B et Naqada IIIC-D, cette dernière phase se caractérisant par une succession de bâtis de briques crues conservés sur près d’1 m 50. La fin de l’occupation prédynastique est marquée par la reconversion de l’espace, de domestique à funéraire. Une dizaine de sépultures en fosses ont été mises au jour, ainsi qu’une tombe aménagée en briques crues.

Un autre secteur a été ouvert lors des campagnes 2007 et 2008 (secteur 2), à l’extrémité sud-ouest du site, sur une surface de 255 m². Il a révélé, sur une épaisseur de 50 à 70 cm, quatre phases d’occupation, la plus récente datant de la période hyksôs (bâtiments totalement arasés) et la plus ancienne de la phase Naqada III, caractérisée là encore par un ensemble de constructions en briques crues. Ce test une fois opéré, les efforts se sont concentrés sur le grand transect du secteur 1a-b.

Tell el-Iswid. Bâtiment Naqada IIIA-B (secteur 4) (campagnes 2009-2011).
Tell el-Iswid. Bâtiment Naqada IIIA-B (secteur 4) (campagnes 2009-2011).

Une prospection magnétique, réalisée en 2009 par Tomasz Herbich, a permis de dresser une véritable carte archéologique du sous-sol et de repérer les secteurs riches en vestiges prédynastiques. Elle a permis de mettre au jour un grand bâtiment daté de la fin du Prédynastique (Naqada IIIA-B) et de faire un grand pas dans la connaissance de l'habitat, domaine très peu connu pour cette époque de transition. Le dégagement de ce bâtiment (secteur 4) a été commencé en 2009 et se poursuit. Il est apparu qu'il s'élevait sur des niveaux plus anciens. Un sondage a permis de vérifier qu'on atteignait le début du IVᵉ millénaire et que ces niveaux se trouvaient - chose tout à fait exceptionnelle dans le Delta - au-dessus de la nappe phréatique. La présence de vestiges bien conservés du début du IVᵉ millénaire a été confirmée dans un sondage (secteur 3), localisé à l’ouest du site.

 

L’économie de subsistance

Une analyse de la faune et des micro-restes végétaux a été menée. Celle des vestiges animaux montre que les habitants du site ont exploité tout au long de l’occupation des espèces domestiques, principalement le porc, mais aussi des poissons et des coquillages. Pour la période prédynastique plus spécifiquement, l’exploitation animale est fondée sur le porc et le bœuf. L’étude des micro-restes végétaux, fondée essentiellement sur l’analyse des phytolithes, montre que l’exploitation des céréales reste prépondérante, mais une évolution des ressources végétales est visible au cours des différentes phases d’occupation.

Perspectives

Elles se développent selon deux axes :
  1. les modes d’occupation de la gezira au cours du IVᵉ millénaire ;
  2. l’émergence de l’architecture de briques et du « fait urbain » en Égypte
    • Une approche géo-archéologique des modes d’occupation a déjà conduit, dans le cadre de l’ANR, à une première analyse de l’implantation humaine au cours du IVᵉ millénaire. Ces études portent sur la partie ouest du Tell. Il conviendra de les étendre à l’est et d’apporter une attention particulière au secteur central, décaissé dans les années 1960 lors d’un essai de mise en culture du Tell.
    • Le site offre des conditions très favorables au renouvellement des questions concernant les origines et le développement de l’architecture de briques en Égypte.

Bibliographie

  • B. Midant-Reynes (éd.), Tell el-Iswid 2006-2010, FIFAO, Le Caire (sous presse).
  • Y. Tristant, L’habitat prédynastique de la vallée du Nil. Vivre sur les rives du Nil aux Vᵉ et IVᵉ millénaires, BAR 1287, 2004.
  • Y. Tristant, L’occupation humaine dans le delta du Nil (Égypte) aux 5ᵉ et 4ᵉ millénaires. Approche géo-archéologique à partir de la région de Samara (Delta oriental), BdE, Le Caire (à paraître, Ifao).