Tebtynis
Nom du site: Umm el-Breigât أم البُريجات
Noms anciens: Tp-dbn, Τεβτûνις (Τεπτûνις)
Responsable: Claudio Gallazzi (papyrologue, Univ. de Milan)
Responsable adjoint: Gisèle Hadji-Minaglou (archéologue-architecte, IFAO).
Collaborations: archéologue: Bérangère Redon (IFAO); Céramologues: Sylvie Marchand (IFAO) et Anna Południkiewicz (univ. de Varsovie - PCMA); Égyptologues: Frédéric Colin (univ. de Strasbourg); Philippe Collombert (univ. de Genève); Ivan Guermeur (CNRS UMR 5140); Ola El-Aguizy (univ. du Caire); Vincent Rondot (CNRS, UMR 8164); Kym Ryholt (univ. de Copenhague); Ghislaine Widmer (univ. de Lille III); Numismate: Olivier Picard (univ. de Paris IV - Sorbonne); Papyrologues: Katherine Blouin (univ. de Toronto); Jean-Luc Fournet (EPHE, Paris), Florence Lemaire; Nikos Litinas (univ. de Crète); Nadine Quenouille (univ. de Leipzig); Fabian Reiter (Aegyptisches Museum, Berlin); Autres spécialistes: Christiane Petit (spécialiste de sparteries, musée de l’Homme, Paris); Estelle Galbois (spécialiste de terres cuites, univ. de Toulouse); Petra Sijpesteijn (spécialiste de textes arabes, univ. de Leyde); Roberta Cortopassi (spécialiste de tissus, musée du Louvre); Marie-Dominique Nenna (spécialiste du verre, CNRS 5189).
Anciens collaborateurs: Roger Lichtenberg (anthropologue, INRAP), Roland-Pierre Gayraud (archéologue, CNRS 7289), Marie-Odile Rousset (archéologue, CNRS FRE 3412), Pascale Ballet (céramologue, univ. Poitiers - HeRMA EA 3811), Nathalie Baum (égyptologue).
Institutions partenaires:
Dates du chantier : septembre-octobre.
Situé en bordure méridionale du Fayoum, à la limite entre cultures et désert, le village de Tebtynis est l’un des sites les plus remarquables et les mieux connus de l’oasis. Il fut fondé sous la XIIᵉ dynastie (vers 1800 av. J.-C.) et habité de manière ininterrompue jusqu’au XIIᵉ siècle de notre ère. Ses ruines forment un kôm d’environ 400.000 m², autour duquel s’étend une vaste nécropole avec des sépultures humaines et animales (crocodiles, ibis, faucons). Ses maisons et ses tombes ont restitué des milliers de textes en égyptien et en grec, et ses vestiges sont relativement bien conservés sur plus de la moitié de leur extension. Par conséquent, les fouilles permettent de mettre au jour des quartiers entiers de l’agglomération et de récupérer des centaines de papyrus et d’ostraca, de sorte qu’il est possible d’approfondir et d’élargir de plus en plus la connaissance du village.
Historique des fouilles
Les premiers à avoir travaillé sur le site sont les papyrologues anglais B. Grenfell et A. Hunt. Entre 1899 et 1900 ils ont ouvert des centaines de tombes dans la nécropole et fouillé sommairement des dizaines de maisons dans les quartiers romains du village, récupérant des milliers de papyrus qui ont rendu rapidement célèbre le nom de Tebtynis. Deux ans plus tard, O. Rubensohn y fit une brève campagne. Mais ensuite le site resta à la merci des sebakhin et des chercheurs d’antiquités. Ceux-ci y travaillèrent pendant trente ans, recueillant des centaines de papyrus, mais aussi détruisant ou bouleversant des quartiers entiers de l’agglomération. Ce n’est qu’en 1929 que les archéologues retournèrent à Umm-el-Breigât. E. Breccia y fouilla tout d’abord; puis, à partir de 1930, la Mission de C. Anti y travailla. Sous la direction d’Anti, et ensuite de G. Bagnani, la mission mit au jour le sanctuaire ptolémaïque du dieu Soknebtynis, la voie processionnelle qui y mène, quelques îlots d’habitations romaines, deux églises et un couvent. En 1935, les archéologues italiens arrêtèrent leur travail et le kôm resta de nouveau aux mains des sebakhin qui, en quelques dizaines d’années, rasèrent jusqu’au sol plus d’un tiers des ruines.
Un demi-siècle plus tard s’est constituée la mission conjointe de l’Ifao et de l’université de Milan, qui a repris les travaux sur la colline des ruines en octobre 1988. Les campagnes de fouille effectuées depuis lors se sont pour l’essentiel tenues dans le secteur sud du kôm, près du temple de Soknebtynis. Néanmoins, de 1991 à 2000, l’équipe est également intervenue ponctuellement dans la partie nord du kôm, où des ruines de l’époque arabe ont survécu; de 2004 à 2008, des fouilles extensives ont été menées dans le secteur est, où des vestiges de l’époque byzantine sont conservés.
Les premières investigations ont été effectuées au nord-est du sanctuaire de Soknebtynis: une chapelle dédiée à la déesse Isis-Thermouthis, dont la phase principale appartient au Iᵉʳ siècle av. et au Iᵉʳ siècle apr. J.-C., et trois maisons ont été mises au jour. La chapelle et deux des maisons sont établies le long du dromos du temple du dieu dénommé Tefresudj(ty?), qui a été identifié en 1991 (cf. Tebtynis I). Au sud de cette voie et à l’est du temple de Soknebtynis, tout un quartier d’habitations, qui s’est développé du début du IIIᵉ siècle av. à la fin du IIᵉ siècle apr. J.-C., a ensuite été dégagé (cf. Tebtynis III). Plus au sud a été découvert, à la limite de l’agglomération, un grand enclos établi dès l’époque hellénistique, que les textes ont permis d’identifier comme étant un poste des eremophylakes, c’est-à-dire de la police du désert. Parallèlement, des sondages ont été effectués à l’intérieur du téménos du temple de Soknebtynis et les deux kiosques en pierre construits sur son dromos ont été nettoyés et relevés, afin d’en permettre la publication, qui a été réalisée avec Tebtynis II.
En 1996, les travaux ont été déplacés à l’ouest du dromos du sanctuaire de Soknebtynis. Le long de la voie, trois deipneteria, une grande habitation avec une cour à péristyle de type grec et les façades des maisons fouillées dans les années trente ont été nettoyés et étudiés, et deux nouveaux deipneteria ont été mis au jour. À l’ouest de ces constructions, un bain public construit au IIIᵉ siècle av. J.-C., un établissement thermal remontant au IIᵉ siècle av. J.-C., un grand thesauros daté de la même époque, ainsi que diverses habitations romaines ont été découverts. En même temps, les travaux menés sur le dromos ont mis au jour un kiosque en briques crues datant du début du IIIᵉ siècle av. J.-C. et fondé dans le sable vierge. Cette découverte a permis de constater que le secteur a été urbanisé pour la première fois au tout début de la période hellénistique. À cette époque le dromos avait une largeur totale de 33 m, avec une allée centrale d’un peu plus de 6 m et des bas-côtés d’une largeur moyenne de 13 m. Ce n’est qu’à la fin du Ier s. apr. J.-C. que le dromos s’est trouvé réduit à la voie dallée, large d’environ 6 m et bordée par un mur.
De 2005 à 2008, les fouilles se sont déroulées 300 m au nord-est du temple de Soknebtynis, dans une zone habitée de la fin de l’époque hellénistique au VIIᵉ siècle apr. J.-C. Les vestiges les mieux conservés sont ceux d’un quartier des IVᵉ et Vᵉ siècles. Cinq maisons et deux grandes boulangeries remontant à cette époque ont été dégagées. En même temps, les travaux ont permis d’atteindre un rempart érigé au VIIᵉ siècle pour protéger du sable apporté par les vents la partie du village encore habitée, les constructions situées au sud étant, à cette époque, déjà ensablées. Après que l’îlot byzantin fut dégagé en 2009, la fouille a été reprise au nord-ouest du temple de Soknebtynis, dans le but d’étendre la connaissance du contexte urbain dans lequel les bains et le thesauros hellénistiques sont installés. Un entrepôt pour céréales daté du IIIᵉ siècle av. J.-C., un magasin remontant à la fin de l’époque ptolémaïque et plusieurs maisons bâties entre le IIIᵉ siècle av. J.-C. et le Iᵉʳ siècle apr. ont été déjà mis au jour, de sorte qu’un nouveau quartier commence à se dessiner. Pendant que les travaux se développaient dans les bâtiments du village, la fouille de l’énorme dépotoir repéré en 1994 à l’est du sanctuaire de Soknebtynis n’a jamais été interrompue. Ainsi des milliers de papyrus, ostraca et dipinti sur amphores, écrits en hiéroglyphe, hiératique, démotique et grec, sont venus s’ajouter à la masse de textes récupérés au début du siècle passé, à laquelle Tebtynis doit sa renommée.
Perspectives
La Mission a pour but de tirer profit des conditions particulières d’Umm-el-Breigât, qui peuvent être résumées ainsi:
- Le kôm présente plusieurs secteurs intacts ou partiellement fouillés;
- Le site a livré énormément de textes et il peut en produire encore;
- Certains quartiers de l’agglomération sont déjà connus en partie, mais les résultats obtenus avec les travaux anciens ne sont pas entièrement publiés.
Par conséquent, à Umm-el-Breigât on peut joindre les informations offertes par les fouilles actuelles, celles fournies par les travaux du siècle dernier et celles données par les textes; ainsi, le développement urbain, l’histoire et la vie quotidienne du village peuvent être restitués mieux qu’ailleurs. De 1988 à 2004, la mission a mis au jour des quartiers d’époque hellénistique, qui étaient complètement inconnus, et de 2005 à 2008 elle a dégagé le premier îlot byzantin. Actuellement les travaux sont concentrés à nouveau sur les vestiges ptolémaïques et romains, pour acquérir une meilleure connaissance de la partie ouest de l’agglomération. Mais, dans les années qui viennent, la fouille visera à identifier des ruines remontant à la période pharaonique, pour colmater un autre vide de l’histoire du village. Parallèlement, la dépose systématique du dépotoir à l’est du temple de Soknebtynis sera poursuivie et livrera sûrement encore des centaines de textes, qui donneront d’autres renseignements sur la vie de l’agglomération.
Bibliographie
- B. Grenfell, A. Hunt, « A Large Find of Ptolemaic Papyri », APF1, 1901, p. 376-378.
- Cl. Gallazzi, « Carlo Anti e Tebtynis : il lavoro svolto e le prospettive aperte », dans Carlo Anti. Giornate di studio nel centenario della nascita, Trieste, 1992, p. 129-147.
- Cl. Gallazzi, G. Hadji-Minaglou, Tebtynis I. La reprise des fouilles et le quartier de la chapelle d’Isis-Thermouthis, FIFAO 42, Le Caire, 2000.
- Cl. Gallazzi, « La ricerca archeologica a Umm-el-Breigât (Tebtynis) », dans Cento anni in Egitto. Percorsi dell’archeologia italiana, Milan, 2001, p. 170-183.
- V. Rondot, Tebtynis II. Le temple de Soknebtynis et son dromos, FIFAO 50, Le Caire, 2004.
- S. Lippert, M. Schentuleit (éd.), Tebtynis und Soknopaiu Nesos, Wiesbaden 2005.
- G. Hadji-Minaglou, Tebtynis IV. Les habitations à l’est du temple de Soknebtynis, FIFAO 56, 2007.
- N. Litinas, Tebtynis III. Vessels' Notations from Tebtynis, FIFAO 55, Le Caire 2008.
- G. Hadji-Minaglou, «L’établissement thermal de Tebtynis (Fayoum)», in M.-Fr. Boussac, Th. Fournet, B. Redon (éd.), Le bain collectif en Égypte, EtudUr 7, Le Caire, p. 2009, p. 181-190.
- Cl. Gallazzi, «Umm-el-Breigât (Tebtynis) 2004-2008: gli scavi nel settore bizantino», RIL 144, 2010, p. 183-208.
- P. Ballet - A. Południkiewicz, Tebtynis V. La céramique des époques hellénistique et impériale, FIFAO 68, Le Caire, 2012.
- Cl. Gallazzi, «Le 300 nuove domande oracolari di Tebtynis», in Mélanges Grenier, Montpellier, 2012 (en cours de publication).
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