Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Taposiris Magna et Plinthine

deux villes grecques en Égypte

flèche chronologique de -350 à 700 env.

Nom du site: Abousir (Abūṣīr, Taposiris Magna, Ταποσιρις Μαγνὰ); Kom el-Nougous (Plinthine, Πλινθίνη)

Responsable: Marie-Françoise Boussac (helléniste, univ. Paris Ouest-Nanterre, ArScAn)

Plan d’ensemble des sites de Taposiris Magna et Plinthine, localisation des principaux ensembles architecturaux,
(©Th. Arnoux, Th. Fournet, O. Onézime, MFTM 2011).
Plan d’ensemble des sites de Taposiris Magna et Plinthine, localisation des principaux ensembles architecturaux, (©Th. Arnoux, Th. Fournet, O. Onézime, MFTM 2011).

Collaborations: Mourad el-Amouri (archéologue, Ipso-facto); Zulema Barahona Mendieta (céramologue); Olivier Callot (architecte, CNRS-MOM); Sylvain Dhennin (archéologue, IFAO); Pierre Excoffon (archéologue, Services du patrimoine de Fréjus); Thomas Faucher (numismate, IFAO); Clément Flaux (géomorphologue, doctorant, univ. Aix-Marseille); Thibaud Fournet (architecte, IFPO); Patrice Georges (paléoanthropologue, INRAP); Olivier Onézime (topographe, IFAO); Bérangère Redon (archéologue, CNRS-MOM); Christiane Römer-Strehl (céramologue); Aude Simony (céramologue, doctorante, univ. Poitiers); Hervé Tronchère (géomorphologue, post-doc, univ. Lyon 2) ; Mathieu Van Peene (architecte).

Institutions partenaires

Date du chantier avril-mai

Situées à 45 km à l’ouest d’Alexandrie, Taposiris Magna et Plinthine se développent sur la crête rocheuse, la Taenia des auteurs antiques, jusqu’aux rives du lac Maréotis. Leur abandon, au début de l’époque impériale (Plinthine) ou à la fin de l’Antiquité (Taposiris), a assuré la préservation de leurs vestiges qui illustrent l’urbanisme des bourgades de la chôra alexandrine de l’époque hellénistique à la fin du VIIᵉ s. apr. J.-C. Ces deux villes abritent des monuments souvent remarquables qui ont été décrits et illustrés par les rares expéditions qui ont suivi cette côte au XIXᵉ siècle. Éclipsées par la gloire d’Alexandrie, elles n’avaient pourtant pas reçu l’attention qu’elles méritaient.
Depuis 1998, la Mission française des fouilles de Taposiris Magna [Mfm] a repris l’étude de ces deux sites et de leur environnement.

Vue d’ensemble du site de Taposiris Magna, depuis le lac. Au fond le temple et la Tour des Arabes; 
au premier plan le pont romain (©MFTM 2008)
Vue d’ensemble du site de Taposiris Magna, depuis le lac. Au fond le temple et la Tour des Arabes; au premier plan le pont romain (©MFTM 2008)

Les deux villes présentent des vestiges impressionnants sur la crête, du temple d’Osiris à la tour des Arabes, que les quelques expéditions qui ont suivi cette côte au XIXᵉ siècle décrivent et illustrent volontiers: l’expédition d’Égypte dresse ainsi un plan de la région autour de Taposiris et offre plans et élévations de l’enceinte du temple d’Osiris et de la tour (Gratien le Père, État moderne, XVII/2, 1823, p. 29-57). Ev. Breccia est le premier à mener des fouilles dans l’enceinte du temple et dans la zone en contrebas (dite «terrasse Breccia») (1905-1906): nécropole d’animaux, bains souterrains, maisons, nécropole au pied de la tour sont ainsi dégagés. À la fin des années 1930, A. Adriani entreprend des travaux de restauration dans l’enceinte du temple et sur la tour; il s’intéresse au site hellénistique de Plinthine dont il explore brièvement la ville et fouille la nécropole, déclarant en 1937, à l’issue d'une première campagne, que «pour la première fois, dans l’histoire des recherches dans la Mariout, [on avait] trouvé une nécropole de la haute époque hellénistique, ayant toutes les caractéristiques des nécropoles grecques de la métropole». En 1975, une équipe du Brooklyn College effectue quelques sondages limités autour du temple de Taposiris et dans la zone proche du port; une équipe hongroise (dir. : G. Vörös) mène de 1998 à 2004 des travaux dans l’enceinte et sur le parvis du temple, remplacée depuis par une équipe du Supreme Council of Antiquities.

À l’instar des brèves descriptions faites par les voyageurs, Ev. Breccia, A. de Cosson, E.L. Ochsenschlager et M. Rodziewicz, parmi d’autres, ont signalé les particularités du port fermé de Taposiris, seul exemple, en plus d’Alexandrie, d’un système qui permet une gestion contrôlée du trafic sur le lac Maréotis.

Nécropole de Plinthine, fouille d’une sépulture de surface et matériel associé 
(tombe 57, ©P. Georges, MFTM)
Nécropole de Plinthine, fouille d’une sépulture de surface et matériel associé (tombe 57, ©P. Georges, MFTM)

Les travaux menés depuis 1998 à Taposiris et à Plinthine, sur la rive nord du lac Maréotis, ont mis en lumière l’importance des changements environnementaux dans cette zone.

Associés à une prospection géophysique et topographique, les sondages menés dans la zone portuaire et sur la ville haute de Taposiris, ainsi que l’exploration systématique de la nécropole de Plinthine, ont également permis de proposer un schéma d’ensemble de l’évolution de ces deux villes grecques et de formuler des hypothèses sur les raisons et le contexte de leur formation.

L’ampleur des aménagements liés à la création, à l’époque impériale, d’un port fermé a été l’un de nos résultats les plus marquants. Nos travaux ont également mis en lumière la richesse et l’intensité des contacts qui se sont noués dans l’arrière-pays alexandrin à l’époque hellénistique, dans le domaine culturel (pratique collective du bain), cultuel et funéraire.

 

Plan des bains hellénistiques 
de la ville haute de Taposiris Magna.
(©Th. Fournet, MFTM 2011)
Plan des bains hellénistiques de la ville haute de Taposiris Magna. (©Th. Fournet, MFTM 2011)

C’est dans cette même optique qu’un accent particulier a été mis ces dernières années sur les bains hellénistiques de la ville haute, particulièrement bien conservés. Leur étude, complétée depuis deux ans par celle d’un autre édifice thermal, romano-byzantin cette fois, nous a permis de reprendre le dossier des bains d’Égypte et de leur évolution tout au long de l’Antiquité.
Plusieurs membres de l'Ifao sont impliqués dans le programme: étude des bains grecs et du développement de la pratique du bain collectif dans la chôra alexandrine (B. Redon); recherches sur les traditions pharaoniques (S. Dhennin); étude des monnaies (Th. Faucher). La collaboration avec l’Ifao s’est faite tout d’abord dans le cadre de l’ANR Balnéorient; elle a été formalisée en 2012 par une convention.

La nouvelle phase que la mission entamera en 2012 aura pour but:

1 - L’achèvement et l’extension des travaux en cours sur la ville de Taposiris (fouille des bains hellénistiques et plus largement de la terrasse Breccia, dynamiques naturelles et humaines de la mise en place du port [carottages, analyses géomorphologiques], occupation byzantine de la ville moyenne) pour passer de l’analyse de secteurs isolés à celle d’une agglomération, et pour mieux cerner la dynamique des phases urbaines: lien avec le passé pharaonique, rôle des pouvoirs politiques dans le développement d’un noyau urbain autour d’un sanctuaire (Ptolémée IV ?) ou d’un rôle de porte (Empire romain).

 Les bains hellénistiques,
intérieur de la rotonde orientale creusée dans le rocher (©MFTM)
Les bains hellénistiques, intérieur de la rotonde orientale creusée dans le rocher (©MFTM)

2 - Le croisement systématique des données sur les deux villes: il s’agira ainsi de porter nos efforts sur la ville de Plinthine, dont nous pensons que le déclin est lié au développement de Taposiris et dont l’étude, pour cette raison, est indispensable pour comprendre les raisons et l’évolution des implantations urbaines dans cette région. L’une des questions qui reste également à résoudre est la date de création des deux villes: à Taposiris, les vestiges les plus anciens (IIIᵉ s. av. J.-C.) se situent dans la ville haute, sur la terrasse Breccia. L’achèvement des fouilles de l’établissement balnéaire et de son environnement permettra d’atteindre les niveaux les plus anciens et de déterminer la date des premières installations dans cette zone. Inversement, à Plinthine, certains indices suggèrent que la ville est plus ancienne (fin IVᵉ s. au moins) que ne le suggèrent les prospections de surface (faciès céramique du IIIᵉ/IIᵉ s. av. J.-C.) et soulèvent le problème de sa fonction primitive.

La jetée, dispositif oriental du port fermé de Taposiris Magna 
à l’époque romaine (©M. al-Amouri, MFTM)
La jetée, dispositif oriental du port fermé de Taposiris Magna à l’époque romaine (©M. al-Amouri, MFTM)

3 - Parallèlement, des recherches plus techniques seront poursuivies sur les carrières et sur les systèmes hydrauliques. À cette fin, un levé topographique au GPS différentiel est prévu pour dresser un MNT des deux sites, le croiser avec les donnés géomorphologiques et géophysiques et ainsi mettre en valeur les ressources naturelles et leur exploitation au fil du temps.

4 - Enfin, il s’agit d’inscrire l’histoire de ces deux villes dans une optique régionale: évolution des villes au nord du lac Mariout entre Alexandrie et les frontières occidentales de la chôra. En particulier, il s’agit d’analyser le rôle de porte de l’Égypte joué par Taposiris. Nous avons consacré plusieurs campagnes à l’étude du port fermé d’époque impériale lors du précédent quadriennal. Il reste à étudier le lien entre cette phase urbaine et la mise en place du mur des Barbares qui ferme la ville à l’ouest.

Bibliographie

  • H. Tronchère, C. Flaux, M. el-Amouri, M.-C. Petitpa, «Archaeological and geomorphological evidence for harbour structures at Taposiris, Lake Mareotis, NW Nile delta», dans Y. Tristant, M. Ghilardi Archéologie du paysage. L’Égypte et le monde méditerranéen, Le Caire 19-21 septembre 2010 (à paraître, Ifao, Le Caire).
  • M.-Fr. Boussac, O. Callot, P. Georges, C. Harlaut, «Approche pluridisciplinaire de la nécropole hellénistique de Plinthine (Égypte): l’exemple de la tombe 3», dans P. Ballet (éd.), Grecs et Romains en Égypte. Territoires, espaces de la vie et de la mort, objets de prestige et du quotidien, Actes du colloque de la SFAC (à paraître, Ifao, Le Caire).
  • P. Georges, «Où sont les enfants de la nécropole hellénistique de Plinthine ?», dans J.-Y. Empereur, M.-D. Nenna (éd.), Types de tombes et traitement des enfants dans l’Antiquité gréco-romaine, Actes du colloque de l’ANR EMA (Alexandrie, novembre 2009) (à paraître).
  • Th. Fournet, «Trois curiosités architecturales des bains de Taposiris Magna (Égypte) : voûte à crossettes, radiateur et dalle clavée», RA 2011/2, p. 323-347.
  • P. Georges, Ph. Charlier, «Localisation préférentielle de Cecilioides acicula (O.F. Müller, 1774) dans deux tombes hellénistiques de Plinthine (Égypte)», MaLaCo 6, nov. 2010, p. 298-302.
  • M.-Fr. Boussac, M. El-Amouri, «The lake structures at Taposiris», dans L. Blue, E. Khalil (éd.), Lake Mareotis Conference: reconstructing the past, Universities of Southampton and Alexandria (5th-6th April 2008), BAR IntS 2113, 2010, p. 87-105.
  • M.-Fr. Boussac, P. Georges, «La démarche archéo-anthropologique dans la nécropole hellénistique de Plinthine (Égypte)», Archéologie sans frontières, hors série d’Archéopages, octobre 2010, p. 109-113.
  • M.-Fr. Boussac, «À propos des divinités de Taposiris Magna à l’époque hellénistique», dans P. Carlier, Ch. Lerouge-Cohen (éd.), Paysage et religion en Grèce antique, Paris, 2010, p. 69-74.
  • P. Georges, «Un cas de ‘reconstitution’ anatomique dans la nécropole hellénistique de Plinthine: analyse de la sépulture 3.5A2», dans I. Cartron et al. (éd.), De corps en corps. Traitement et devenir du cadavre, Actes des séminaires de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine (mars-juin 2008), Bordeaux, 2010, p. 85-113.
  • M.-Fr. Boussac, «Taposiris Magna: la création du port fermé», dans Fr. Dumasy, Fr. Queyrel (éd.), Archéologie et environnement dans la Méditerranée antique, 2009, p. 123-142.
  • M.-Fr. Boussac, «Recherches récentes à Taposiris Magna et Plinthine, Égypte (1998-2006)», CRAI 2007 (2009), p. 445-47.
  • Th. Fournet, B. Redon, «Les bains de Taposiris Magna et les bains de tradition hellénique en Égypte», dans M.-Fr. Boussac, Th. Fournet, B. Redon (éd.), Le bain collectif en Égypte. EtudUrb 7, 2009, p. 113-137.
  • S. Dhennin, «An Egyptian animal necropolis in a Greek town», Egyptian Archaeology 33 Autumn 2008, p. 12-14.
  • P. Georges, «La pratique funéraire dans la nécropole hellénistique de Plinthine: résultats préliminaires», dans A. Charron (dir.), La mort n’est pas une fin. Pratiques funéraires en Égypte d’Alexandre à Cléopâtre, Catalogue d’exposition, 28 septembre 2002 - 5 janvier 2003, Musée de l’Arles antique, 2002, p. 72-74.
  • M.-Fr. Boussac, «Deux villes de Maréotide: Taposiris et Plinthine», BSFE 150, 2001, p. 42-72.
  • O. Callot, «La nécropole de Plinthine», Bulletin de la SFAC, RA, 1998/1, p. 187-188.

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