Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Murailles du Caire

flèche chronologique de 969 à 1801 env.

Nom du site: Muraille du Caire أسوار القاهرة – Darassa دراسة – Bâb al-Tawfiq باب التوفيق – Burg al-Zafar برج الظفر

Responsable : (archéologue, AKU).

Collaborations: Archéologues: Maia Matkowski (INRAP); Jacub Ordutowski; Gwenael Herviaux (archéologue, INRAP); Rihāb Saïdi (univ. du Caire); Ahmed El-Shoky (univ. ‘Ayn Shams); Architectes: Pierre Blanchard; Pierre Tourvieille; Céramologue: Julie Monchamp (Paris IV-Sorbonne); Épigraphistes: Johannes den Heijer (univ. Louvain); Historiens: Ayman Fouad Sayyid (Ifao); Ossama Talaat (univ. du Caire et d’Aden); Numismate: Frédéric Bauden (univ. de Liège); Restaurateur: Hassan el-Amir (Ifao); Younis Ragab (Ifao); Topographe: Olivier Onezime (Ifao); Autres spécialistes: Maria Mossakowska-Gaubert (étude du verre, Ifao); Julie Marchand (doctorante, univ. Poitiers, petits objets

Institutions partenaires:

Dates du chantier: octobre-décembre.

Depuis l’an 2000, l’Ifao et la Fondation Aga Khan développent un programme d’étude des murailles du Caire médiéval, notamment par des fouilles archéologiques localisées sur quatre sites: le Parking Darassa, Bâb al-Tawfiq, Burg al-Zafar et Bâb al-Nasr. L’objectif principal de nos recherches est d’établir une histoire des fortifications du Caire, principalement des enceintes fatimides (969-1092) et des murailles ayyoubides (1171-1208). Pourtant en travaillant sur les enceintes urbaines, l’équipe s’est retrouvée face à un enjeu plus grand: redécouvrir le passé oublié du Caire, al-Qahira, «la victorieuse». Les fouilles archéologiques ont révélé un cimetière du XVᵉ siècle, ainsi que des habitats dont les plus anciens niveaux remontent à la fin du Xᵉ siècle. C’est pourquoi la mission originalement dévolue à l’architecture militaire a maintenant une vocation plus large qui va de l’anthropologie funéraire à l’architecture domestique, en passant par l’étude de l’aménagement des voiries et la compréhension de la fabrique urbaine sur une durée de près de 1000 ans (http://caire.hypotheses.org/le-caire-medieval-une-etude-urbaine).

Historique des fouilles

Le Site du Parking Darassa

Site du Parking Darassa
Site du Parking Darassa

En septembre 2001, grâce à la Fondation Aga Khan, la mission française a pris en charge une fouille de sauvetage sur un espace intra-muros jouxtant l’enceinte, à savoir le Parking Darassa ou Triangle archéologique (http://caire.hypotheses.org/le-parking-darassa). Cette zone a livré d’intéressants vestiges de la vie quotidienne au Caire, depuis les Fatimides jusqu’aux Mamelouks. Outre la découverte et l’étude de nouveaux tronçons de murailles fatimide (1087-1092) et ayyoubide (1174-1178), des éléments de l’histoire urbaine du Caire ont été mis au jour, tels un mausolée fatimide de la fin du Xᵉ siècle, des habitats mamelouks et des ateliers d’artisans du XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, ainsi qu’un cimetière du XIVᵉ et XVᵉ siècle.

La fouille a permis d’exhumer une tour quadrangulaire construite en briques crues carrées de grande taille et situé à près de 8 mètres derrière la muraille de Saladin. Cette structure est antérieure à la construction de la muraille de 1174-1178. Un mur en brique crue part de cette tour et file droit vers Bâb al-Tawfîq au nord. Les fondations de cette tour en brique crue recoupent une structure fatimide, dont la partie nord s’ouvrait sur une cour avec une fontaine dont les canalisations délimitaient un petit jardin. Ces installations fatimides rappellent celles trouvées sur le site de Fostât-Istabl Antar, des mausolées datés entre 980 et 1020. D’après sa position dans la ville fatimide, en dehors de l’enceinte de Gawhar, le bâtiment découvert pourrait être une villa funéraire, comme à Istabl ‘Antar. Le site a fait l’objet de travaux de conservation et d’aménagement par la Fondation Aga Khan et un parc archéologique a été ouvert au début de l’année 2013.

Murailles du Caire
Murailles du Caire

Site de Bâb al-Tawfîq

En 2004 et 2005, des fouilles ont été engagées sur le site de Bâb al-Tawfiq "Porte de la réussite" qui se trouve de l’autre côté de la rue d’al-Azhar, à quelques dizaines de mètres au nord du parking Darassa.

Bâb al-Tawfiq est la seule entrée orientale connue de l’enceinte fatimide (http://caire.hypotheses.org/bab-al-tawfiq). Appelée aussi Bâb al-Barqiyya, cette porte est datée par une inscription en marbre blanc, d’une longueur de 3 mètres et d’une hauteur de 40 centimètres, insérée au sommet de l’arc principal. Elle indique que la porte fut construite sous le règne du calife al-Mustansir (1036-1094) et que les travaux ont été dirigés par son vizir Badr al-Gamâlî en 1090. Bâb al-Tawfiq est contemporaine des trois autres portes monumentales du Caire, Bâb al-Futûh, Bâb al-Nasr et Bâb Zuweyla, construites entre 1087 et 1092.

La fouille à l’entrée de la porte a révélé la présence d’un glacis fait de blocs pharaoniques en réemploi. Des textes mentionnent le même type de dallage devant Bâb Zuweyla. De chaque côté de la porte, au sud et au nord, de grosses briques crues carrées constituent les vestiges de tours quadrangulaires encadrant l’entrée. Du côté sud, cette enceinte en briques crues est parfaitement chaînée à l’appareil en pierre et possède la même semelle de fondation que le dallage : elle en est donc à coup sûr contemporaine.

Site de Burg al-Zafar
Site de Burg al-Zafar

Site de Burg al-Zafar

Depuis février 2007, les fouilles portent sur l’angle nord-est du Caire fatimide; ce secteur regroupe des éléments architecturaux très importants pour la compréhension de la chronologie des enceintes de la ville (http://caire.hypotheses.org/burg-al-zafar).

L’angle de la muraille est protégé par une tour maîtresse circulaire, la tour du triomphe ou Burg al-Zafar. Ce monument est proche par son style architectural des murailles fatimides nord, de Bâb al-Nasr à Bâb al-Futûh. L’intégration de Burg al-Zafar dans le tracé de la muraille de Saladin a incité de nombreux chercheurs à la considérer comme ayyoubide. Néanmoins, un certain nombre d’indices architecturaux, stratigraphiques et topographiques permettent d’affirmer qu'elle remonte à l’extrême fin de la période fatimide, au moment où Saladin était le vizir des derniers fatimides (1169-1171). Toujours sur le même site, une aire de fouille a été ouverte au revers de la porte ayyoubide de Bâb al-Gedid, «la porte neuve». Datée de 1174-1178, cette porte correspond à la grande entrée nord-est de la cité. Les fouilles ont permis également d’exhumer plus de 70 mètres de courtines et de tours fatimides. Il s’agit là encore de l’enceinte en briques crues de Badr al-Gamali, située au revers de la muraille de Saladin. Enfin, le secteur derrière Bâb al-Gedid a révélé de nombreuses traces d’habitations mameloukes associées à un très riche mobilier archéologique, comprenant beaucoup de vestiges en matériaux périssables (bois, papier, textiles, cuir et vannerie). http://caire.hypotheses.org/cultures-materielles-xe-xve-siecles

En 2011, un énigmatique mur en pisé parallèle à l’enceinte en briques crues de Badr al-Gamali et antérieur à cette dernière a été mis au jour. Il pourrait correspondre à la première fortification du Caire : l’enceinte de Gawhar al-Siqilli. Le mur serait alors daté de 969-971. Si cette hypothèse est validée, elle soulève plus de questions que de réponses. En effet, le mur en pisé est situé au-devant de l’enceinte de Badr al-Gamali et derrière la muraille de Saladin, précisément entre les deux enceintes, celle de la fin du XIe siècle et celle de la fin du XIIe siècle. Dès lors comment expliquer que Badr al-Gamali ait choisi de construire son mur intra-muros, derrière celui de Gawhar ? Cette découverte archéologique perturberait fortement les idées reçues que l’on avait sur la première enceinte fatimide, notamment sur sa localisation. Cependant, cette enceinte est très mal connue, même par les textes.

En 2011, un énigmatique mur en pisé parallèle à l’enceinte en briques crues de Badr al-Gamali et antérieur à cette dernière a été mis au jour. Il pourrait correspondre à la première fortification du Caire : l’enceinte de Gawhar al-Siqilli. Le mur serait alors daté de 969-971. Si cette hypothèse est validée, elle soulève plus de questions que de réponses. En effet, le mur en pisé est situé au-devant de l’enceinte de Badr al-Gamali et derrière la muraille de Saladin, précisément entre les deux enceintes, celle de la fin du XIe siècle et celle de la fin du XIIe siècle. Dès lors comment expliquer que Badr al-Gamali ait choisi de construire son mur intra-muros, derrière celui de Gawhar ? Cette découverte archéologique perturberait fortement les idées reçues que l’on avait sur la première enceinte fatimide, notamment sur sa localisation. Cependant, cette enceinte est très mal connue, même par les textes.

Site de Bâb al-Nasr

Depuis 2012, les recherches ont porté sur les murailles entre Bab al-Nasr, la rue d’al-Utuf et la mosquée al-Bakri. Des vestiges exhumés entre 2006 et 2007 par l’Association de protection du Caire fatimide, le ministère du logement et la société privée Aswan, risquaient d’être détruits par des promoteurs alors qu’ils n’avaient jamais été étudiés.

Ce site comprend plusieurs enceintes non datées et trois réseaux défensifs. En remontant dans le temps, nous pouvons distinguer d’abord, l’enceinte de Saladin, plus récente que la tour de Burg al-Zafar (datée de 1169-1171), mais qui possède des caractéristiques atypiques et archaïques datant vraisemblablement de 1171-1173. Cette portion de muraille est antérieure à l’enceinte orientale de Saladin, de Bab al-Gedid jusqu’à Burg al-Mahruq (1173/74 – 1177-78). Puis, l’enceinte de Badr al-Gamali et la porte de Bab al-Nasr qui sont datées de 1087. Cette enceinte part de Bab al-Nasr vers le sud, fait un brutal coude vers l’estn et semble obturer une porte plus ancienne. L’enceinte de Badr al-Gamali passe alors d’un gros appareil en pierre calcaire à un petit appareil en briques crues. Cette enceinte vient s’adosser contre une autre plus ancienne et dont elle double l’épaisseur. Cette fortification est constituée de tours quadrangulaires très rapprochées l’une de l’autre, d’un petit parement, de colonnes en boutisses formant un motif géométrique, et d’une seule tour semi-circulaire. Cette dernière semble être associée à une entrée qui aurait été recoupée et obturée par la muraille de Badr al-Gamali. Nos observations permettent d’expliquer pourquoi la muraille de Badr al-Gamali part vers le sud, depuis Bab al-Nasr. Creswell avait déjà évoqué cette hypothèse et bien compris que les ingénieurs du célèbre Vizir avaient voulu connecter leur fortification à un tracé préexistant. Notre hypothèse actuelle est que le correspondrait à l’enceinte de Gawhar et daterait de 969-971.

Les résultats de la fouille auront une grande importance pour la compréhension du Caire fatimide et de ses limites. Si les hypothèses sont confirmées, cela voudrait dire que la mosquée d’al-Hakim a été construite à cheval sur l’enceinte de Gawhar. La partie nord-est de cette dernière a dû être recouverte par la mosquée. Enfin, nous continuerons à travailler sur l’enceinte en pisé découverte à Burg al-Zafar afin de déterminer s’il pourrait s’agir de la continuité de l’enceinte de Gawhar. Cette zone apparaît vraiment comme prometteuse et permettra de répondre à de nombreuses questions, tant sur l’histoire des murailles que sur l’histoire de la ville du Caire.

Perspectives

Activités de terrain:

  • Poursuite des recherches archéologiques dans le Caire fatimide, sur les murailles nord, de Burg al-Zafar jusqu’à Bab al-Nasr.
  • Poursuite des fouilles archéologiques intra-muros sur les niveaux d’habitats ottomans, mamluks et fatimides.
  • Étude du matériel archéologique et publications.

 

Programmes scientifiques

  • Étude de l’architecture militaire du Caire entre le XIᵉ et le XIIᵉ siècle.
  • Étude des niveaux d’habitat datés du XIIIᵉ à la fin du XVᵉ siècle.
  • Étude du mobilier archéologique du Xᵉ à la fin du XVIIIᵉ siècle.

Ouvrage en préparation

  • St. Pradines et M. Matkowski (dir.), Darassa. Archéologie urbaine dans le Caire des Mamlouks (Ifao-AKTC).
  • J. Monchamp, Les céramiques médiévales des murailles du Caire, (Ifao).
  • St. Pradines, Les murailles médiévales du Caire, (Ifao).

Formation: Continuation de la coopération et de la formation scientifiques sur le chantier école des murailles du Caire, réalisées en collaboration avec le MSA, l’université de Ain Shams et l’université du Caire.

Bibliographie sélective

  • St.Pradines, «Les murailles de Creswell. Approche historiographique des fortifications du Caire», Mishkah 5, Egyptian Journal of Islamic Archaeology, 2012-2013.
  • St.Pradines, «Les murailles du Caire, de Saladin à Napoléon», dans Comptes rendus de l’Académie, CRAI 2012-II, Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, Paris, Dec. 2013, p. 1027-1063.
  • St.Pradines, «The Fortifications of Cairo: The wall of Gawhar, Egypt, Mission Report 2012»,, dans Nyame Akuma, n°79, University of Alberta, June 2013, p. 4-12.
  • St.Pradines, «Les fortifications fatimides, Xᵉ- XIIᵉ siècle (Ifriqiyya, Misr et Bilâd al-Šam)», Historiographie de la guerre dans le Proche-Orient médiéval (xe-xve siècle). Actes du colloque de Damas, 2010, Le Caire - Damas (co-édition Ifao-Ifpo, sous presse)
  • St. Pradines, «Saladin, le bâtisseur», Histoire Antique & Médiévale 25, 2010, p. 50-57.
  • St. Pradines, «À la découverte du Caire médiéval: une métropole arabe hors normes», Histoire et Images médiévales, nº 35, 2010, p. 56-65.
  • St. Pradines et alii, «Excavations of the Archæological Triangle. 10 years of Archaeological excavations in Fatimid Cairo (2000 to 2009)», Mishkah 4, Le Caire, 2009, p. 177-219.
  • J. Den Heijer, St. Pradines , «Bâb al-Tawfîq: une porte du Caire fatimide oubliée par l’histoire», Le Muséon 121, 2008, p. 143-170.
  • St. Pradines et O. Talaat, «Les fortifications fatimides du Caire: Bâb al-Tawfiq et l’enceinte en briques crues de Badr al-Gamâlî», AnIsl 41, 2007.
  • St. Pradines, « Bâb el-Tawfiq », dans 25 ans de découvertes archéologiques sur les chantiers de l’Ifao. 1981-2006. Catalogue d’exposition au Musée égyptien, Le Caire, 9 septembre - 13 octobre 2007, BiGen 31 Le Caire, 2007, p. 22-27.
  • St. Pradines, «Les murailles du Caire : des califes fatimides aux sultans mamelouks», Archéologia 418, 2005, p. 60-73.
  • M. Barrucand et St. Pradines, « La muraille de Saladin, Le Caire », dans Archéologies. 20 ans de recherches françaises dans le monde, Paris, 2004, p. 364–366.
  • St. Pradines, «Note préliminaire sur un atelier de pipes ottomanes à l’est du Caire», CCE 7, 2004, p. 281-291.
  • St. Pradines, «La muraille de Saladin au Caire», L’Archéologue 64, 2003, p. 30-31.
  • St. Pradines, B. Michaudel, J. Monchamp, «La muraille ayyoubide du Caire: les fouilles archéologiques de Bab el Barqiyya à Bab el Mahrouq», AnIsl 36, 2002, p. 287-337.
  • St. Pradines, «L’enceinte urbaine du Caire ayyoubide: résultats préliminaires de la mission 2000», Archéologie islamique 11, 2001, p. 195-200.