Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Mefkat, Kom Abou Billou

flèche chronologique de -2350 à 1200 env.

Nom du site: Kôm Abou Billou

Noms anciens: Mefkat, Térénouthis

Responsables: Sylvain Dhennin (égyptologue, IFAO)

Collaborations: Shady Abd-Elhady (doctorant, helléniste, univ. de ‘Ayn Shams); Didier Devauchelle (égyptologue, univ. Lille 3 / CNRS UMR 8164); Amir Fahmy (céramologue, CSA), Julie Marchand (doctorante, céramologue, univ. de Poitiers); Aude Simony (doctorante, céramologue, univ. de Poitiers); Camille De Visscher (égyptologue, univ. Lille 3 / CNRS UMR 8164); Ghislaine Widmer (égyptologue, univ. Lille 3 / CNRS UMR 8164).

Institutions partenaires:

Mécénat: Région Nord-Pas-de-Calais

Dates du chantier: février-mars

Vue générale du site, vers le nord-ouest © S. Dhennin/Ifao, 2013.
Vue générale du site, vers le nord-ouest © S. Dhennin/Ifao, 2013.

Kôm Abou Billou est situé en bordure du désert libyque, à proximité du village moderne de Tarrana. Le site actuel, entouré de bananiers et de mandariniers, correspond à l’ancienne ville pharaonique de Mefkat, la Térénouthis des Grecs. Cette dernière était idéalement placée entre les deux plus grandes villes de l’Égypte, Memphis et Alexandrie.

Aujourd’hui, Kôm Abou Billou est traversé par un canal qui fut creusé dans les années 1970 et qui divise le site en deux parties, de taille approximativement identique. Fait remarquable pour l’étude, les trois composantes d’une ville égyptienne ont été repérées: une zone urbaine, un temple et une nécropole, dont le nom actuel, Kôm Abou Billou, sert souvent, par commodité, à désigner l’ensemble du site.

Historique des fouilles

Le canal El-Nasseri © S. Dhennin/Ifao, 2013.
Le canal El-Nasseri © S. Dhennin/Ifao, 2013.

Les premiers travaux à Kôm Abou Billou ont été menés par l’Egypt Exploration Fund et Fr. Ll. Griffith entre 1887 et 1888, à l’occasion d’une campagne archéologique en Basse Égypte. L'équipe a mis au jour quelques blocs de temple dédiés à la déesse Hathor, ainsi que des tombes d’époque pharaonique et gréco-romaine.

Il faut attendre l’arrivée de E. Peterson (Kelsey Museum, université du Michigan) en 1935 pour que de nouvelles fouilles soient réalisées. Du 10 mars au 20 avril 1935, il ouvre plusieurs secteurs de la nécropole gréco-romaine et note l’important potentiel archéologique du site.

Les plus importantes opérations ont ensuite été menées par le Service des Antiquités de l’Égypte entre 1969 et 1975: il s’agissait de fouilles de sauvetage en raison du creusement du canal, portant pour l’essentiel sur la nécropole. En dépit de ces travaux, Kôm Abou Billou reste très mal connu.

L’aire du temple

L’enceinte ptolémaïque du temple, vers le nord-est © S. Dhennin/Ifao, 2013.
L’enceinte ptolémaïque du temple, vers le nord-est © S. Dhennin/Ifao, 2013.

Dans l’angle sud-ouest du site s’élèvent de larges murs, construits à l’aide de briques crues de grand module. Les photographies satellite montrent une structure rectangulaire, dont la taille exclut d’y voir un édifice privé. C’est à cet endroit que s’élevait un temple dédié à la déesse Hathor de Mefkat. D’après les courts rapports publiés par les premiers archéologues venus visiter Kôm Abou Billou à l’extrême fin du XIXᵉ siècle, c’est là que furent découvert des blocs de calcaire fin, représentant Ptolémée Ier et Ptolémée II faisant des offrandes à la déesse Hathor. L’étude de l’enceinte lors de la prospection de 2013 a confirmé une datation d’époque ptolémaïque et a montré également la présence, aux alentours, de structures plus anciennes datées par la céramique de l’époque saïte (VIIᵉ siècle avant notre ère).

La situation actuelle de l’édifice ne reflète pas sa localisation ancienne. Il devait occuper une position plus centrale, mais les zones occidentales du site ont été depuis longtemps rendues à l’agriculture. Le plan des bâtiments qui se trouvaient à l’intérieur de l’enceinte n’est plus visible aujourd’hui.

Les fouilles de la nécropole pharaonique

Vase en calcite, Nouvel Empire © Musée du Caire, 2012.
Vase en calcite, Nouvel Empire © Musée du Caire, 2012.

Les inhumations les plus anciennes découvertes à Kôm Abou Billou, lors des fouilles de 1969-1970, remontent à la VIᵉ dynastie et couvrent toute l’époque pharaonique, depuis l’Ancien Empire jusqu’à la fin de la Basse Époque. Ces tombes ont été découvertes à l’ouest de l’aire du temple, dans une zone aujourd’hui rendue à l’agriculture. La majeure partie des sépultures était assez simple, reflétant la population d’une ville provinciale. À l’inverse des tombes de Thèbes, fréquemment creusées dans la montage puis décorées, la topographie du Delta du Nil a conduit les habitants du lieu à développer des inhumations sous forme de fosses, parementées de briques crues et comportant des sarcophages en terre cuite. Les modèles construits adoptent des formes variées, comme le seront plus tard ceux de l’époque romaine.






Les fouilles de la nécropole gréco-romaine

Tombe romaine de forme pyramidale. Restitution Thibaud Fournet © Th. Fournet/Ifao, 2012.
Tombe romaine de forme pyramidale. Restitution Thibaud Fournet © Th. Fournet/Ifao, 2012.

Située dans la partie la plus occidentale de Kôm Abou Billou, la nécropole d’époque gréco-romaine était l’une des plus vastes de Basse Égypte. De nombreux secteurs ont fait l’objet de fouilles au XXᵉ siècle, parce qu’ils se trouvaient sur le tracé du canal El-Nasseri ou parce qu'ils allaient être rendus à l’agriculture.

Ces fouilles anciennes ont montré la densité de l’occupation de la nécropole, qui constituait l’immense cimetière de la ville voisine de Térénouthis. Les tombes, au nombre de 1500 rien que pour la partie sud du site, étaient placées les unes à côté des autres, sans ordre apparent, laissant peu de place pour la circulation. Elles réservaient, en revanche, un espace au sein duquel se déroulaient les rites funéraires. Jamais réoccupée en surface, la nécropole présente, pour les parties qui n’ont pas été mises en culture, un état de conservation exceptionnel. Certaines tombes ont été découvertes inachevées, accompagnées encore des outils ayant servi à leur construction: bacs pour la fabrication de l’enduit et vases contenant de la peinture pour la décoration. Plus ou moins riches, celles-ci pouvaient en effet être recouvertes d’enduits peints présentant des scènes mythologiques faisant appel au répertoire iconographique égyptien comme grec.

Stèle funéraire de Kôm Abou Billou (collection particulière) © Ifao, 1976.
Stèle funéraire de Kôm Abou Billou (collection particulière) © Ifao, 1976.
Vase en céramique provenant de la nécropole, époque romaine © S. Dhennin/Ifao 2013.
Vase en céramique provenant de la nécropole, époque romaine © S. Dhennin/Ifao 2013.

De manière générale, les tombes étaient construites en brique crue et pouvaient revêtir différentes formes, dont certaines sont pour le moment connues uniquement à Kôm Abou Billou. À côté du plan rectangulaire ou à couverture en berceau, de nombreuses tombes reprenaient l’aspect très égyptien de la pyramide, ou de manière plus surprenante des formes circulaires ou octogonales. Toutes comportaient une façade, devant laquelle était aménagée une table d’offrande, en brique crue ou exceptionnellement en calcaire, sur laquelle se tenaient libations et encensements. Au-dessus de celle-ci, une petite niche recevait une stèle funéraire, présentant un ou plusieurs défunts accompagnés de leurs noms et de la date de leur mort.

Travaux sur l’espace urbain: la ville de Térénouthis

Du côté est du canal El-Nasseri s’étend un espace urbain de 17 hectares, composé de bâtiments en briques crues, formant les restes de la ville de Térénouthis. Elle est connue par les papyrus romains à partir du IIᵉ siècle de notre ère. Ces textes écrits en grec dépeignent une ville prospère, dans laquelle l’artisanat et l’économie jouaient un rôle important. L’on y apprend que Térénouthis se situait dans le nome Prosôpite, qu’elle se trouvait à l’ouest de la branche Canopique du Nil, mais aussi à proximité d’une route désertique menant à Alexandrie et placée sous la garde de policiers montés sur des chameaux.

Vue générale de la ville romano-byzantine, vers l’est © S. Dhennin/Ifao, 2013.
Vue générale de la ville romano-byzantine, vers l’est © S. Dhennin/Ifao, 2013.
Fragment de statuette en terre cuite © S. Dhennin/Ifao, 2013.
Fragment de statuette en terre cuite © S. Dhennin/Ifao, 2013.

Quelques éléments indiquent l’importance que devait revêtir le lieu. Outre sa taille, aujourd’hui largement réduite par l’extension des cultures, la ville possédait des bâtiments publics, soulignant l’intérêt du pouvoir impérial romain. L’archéologie a, quant à elle livré, de beaux blocs de marbre appartenant à un édifice public décoré d’un ordre corinthien, des bustes de citoyens romains et aujourd’hui encore, les fragments de colonnes sont nombreux en surface.

Il reste plusieurs points d’interrogation quant au développement et à l’évolution de la ville. Les vestiges actuels représentent la phase la plus tardive de son occupation, avec des secteurs romains, byzantins ou encore médiévaux, jusqu’au XIIe siècle de notre ère (Tarrana el-Agûz). L’exploration du sous-sol permettra, dans les prochaines années, de remonter le fil de la chronologie, de mettre au jour la ville plus ancienne et de comprendre son organisation interne aux différentes périodes.

Perspectives

Les travaux engagés par l’Ifao et l’université Lille 3 depuis 2012 ont pour objectif de combler les différentes lacunes, en reprenant le dossier de ce site remarquable. La fouille s’envisage à la fois comme une fouille programmée et de sauvetage, car les terrains cultivés situés en bordure du site rongent peu à peu la zone archéologique. Il convient donc d’intervenir rapidement, afin de sauver de la destruction les nombreux vestiges présents.

L’étape préliminaire consiste à mener une étude de surface du terrain, appuyée sur une prospection pédestre et géophysique. Il s’agit de déterminer les différents espaces du site, chronologiques et fonctionnels (zones d’habitats, d’ateliers, de nécropole) afin d’obtenir une vision globale de son histoire et d’en étudier l’urbanisme.

Pour les prochaines campagnes, l’accent sera mis plus précisément sur les zones de nécropole, particulièrement exposées à la destruction, et sur la localisation de la ville pharaonique et hellénistique.

Bibliographie

  • Fr. Ll. Griffith, The Antiquities of Tell el Yahûdîyeh and Miscellaneous Work in Lower Egypt During the Years 1887-1888, MEEF 7, Londres: Kegan Paul, 1890.
  • Sh. Farid, «Preliminary Report on the Excavations of the Antiquities Department at Kôm Abû Billo», ASAE 61, 1973, p. 21-26.
  • Z. Hawass, «Preliminary Report on the Excavations at Kom Abou Bellou», SAK 7, 1979, p. 75-87.
  • A. Abd el-Aal, «The Excavations of Abu Bellou’s Mound, Started, January 1979», ASAE 65, 1983, p. 73-78.
  • S. Dhennin, « Térénouthis – Kôm Abou Billou : une ville et sa nécropole », BIFAO 111, 2011, p. 105-127.
  • S. Dhennin, «Une stèle de Mefkat (Montgeron 2007.1)», RdE 63, 2012, p. 67-78.
  • S. Dhennin, D. Devauchelle, C. De Visscher, Gh. Widmer, «Kôm Abou Billou: sur la route de Memphis», Pour la Science 80, 2013, p. 72-76 (article de vulgarisation).
  • S. Dhennin, S. Marchand, J. Marchand, A. Simony, «Prospection archéologique de Kôm Abou Billou/Térénouthis (Delta) - 2013», BCE 24, 2014, p. 51-68.