Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Karnak


flèche chronologique de -780 à -525 env.


Noms du site : Karnak (Louxor) الكرنك – chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-Djefaou, chapelle d’Osiris Neb-Neheh et chapelle d’Osiris Neb-ânkh/pa-ousheb-iad

Responsable : Laurent Coulon (égyptologue, IFAO)

ʿKarnak - situation des chapelles osiriennes

Collaborations : Catherine Defernez (archéologue, céramologue, UMR 8152 CNRS/Paris Sorbonne/Collège de France), Jean Bruant (archéologue, INRAP), Elsa Frangin (archéologue, INRAP), Laurent Vallières (topographe, INRAP), Soline Delcros (architecte), Frédéric Payraudeau (égyptologue, IFAO), Hassan el-Amir (restaurateur, Ifao), Rachid Migalla (dessinateur, CFEETK), Khaled Zaza (dessinateur, IFAO).

Institutions partenaires : CSA, CFEETK, CNRS.

Dates du chantier : Fin janvier à début mars


La voie dallée et les chapelles osiriennes nord de Karnak
La voie dallée et les chapelles osiriennes nord de Karnak (cl. L. Coulon).

Les trois chapelles situées le long de la voie menant de la grande salle hypostyle au temple de Ptah font partie d’un ensemble plus vaste de temples osiriens qui ont été édifiés tout au long du Ier millénaire avant J.-C. en périphérie du temple d’Amon. Depuis 2000, les fouilles sont menées pour mieux comprendre la structure des édifices, leurs théologies spécifiques et leur fonctionnement cultuel, ainsi que le réseau viaire qui les relie.

Historique des fouilles

La zone située au nord de Karnak, entre le grand temple d’Amon et la partie nord de l’enceinte de Nectanébo, n’avait que peu été explorée au cours des XIXe et XXe siècles. Pour ce qui concerne les chapelles osiriennes de ce secteur, les principales interventions furent celles de K. Lepsius, qui copia les inscriptions des deux chapelles saïtes (1844-1845), d’A.C. Harris, qui dégagea le naos de la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-Djefaou (1846-1847), d’A. Mariette, qui fit déblayer les édifices (1859), et de G. Legrain, qui mit au jour fortuitement la chapelle d’Osiris Neb-ânkh / pa-ousheb-iad (1900) et déblaya la voie dite « de Ptah » (1911). En 1973, l’architecte P. De Boysson effectua, dans le cadre du CFEETK, un nettoyage de surface et un relevé architectural de la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-Djefaou.

La chapelle d’Osiris Ounnefer Neb Djefaou en 2007
La chapelle d’Osiris Ounnefer Neb Djefaou en 2007 (Cl. J.-Fr. Gout/IFAO-CFEETK).

Le chantier IFAO-CFEETK, initié par une campagne épigraphique en 1999 sur la chapelle d’Osiris Ounnefer Neb Djefaou, s’est attaché à partir de 2000 à la fouille de cet édifice. À partir de 2005, les interventions archéologiques ont aussi concerné la voie dite « de Ptah » et les chapelles adjacentes, la chapelle d’Osiris Neb-neheh et la chapelle d’Osiris Neb-ânkh / pa-ousheb-iad.

Karnak - Blocs provenant du linteau de la première porte de la chapelle
Blocs provenant du linteau de la première porte de la chapelle (Cl. G. Pollin/IFAO-CFEETK)

La chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-Djefaou (« maître des aliments »), décorée au nom du roi Amasis et de la divine adoratrice Ankhnesneferibrê au VIe siècle av. J.-C., présente la particularité, au sein de l’ensemble des édifices osiriens de Karnak, d’être conçue comme un conservatoire du « fétiche abydénien ». Sur la façade du naos sont représentés huit dieux-gardiens chargés de la protection de ce reliquaire de la tête d’Osiris. Basée sur des relevés complets et la collecte des parallèles, notamment, à Abydos ou à Hibis, l’étude épigraphique de la chapelle, en cours de publication, a démontré le lien étroit que ce lieu de culte entretient avec la théologie osirienne d’Abydos, qui abrite notamment un « château des aliments » associé à la relique de la tête. Parallèlement, l’étude archéologique entreprise depuis 2000 a permis de mieux comprendre la structure de l’édifice, notamment l’enceinte de briques crues qui la délimite et les pièces annexes qu’elle enserre, mais surtout sa relation avec la voie processionnelle dallée qui la dessert et se poursuit vers le temple de Ptah et probablement vers les chapelles osiriennes de Karnak-Nord. Par l’étude stratigraphique et céramologique, la voie a été datée de l’époque saïte ; elle participe d’un programme architectural d’ampleur visant à créer un réseau viaire reliant plusieurs chapelles conçues comme autant de stations.

Karnak - Statuette d’Isis allaitant fouilles du naos de la chapelle d’Osiris Neb-neheh
Statuette d’Isis allaitant fouilles du naos de la chapelle d’Osiris Neb-neheh (cl. JFG).

Ce chemin processionnel dessert de la même façon les chapelles adjacentes à la chapelle d’Osiris Ounnefer maître des aliments. La plus récente, la chapelle d’Osiris Neb-neheh, également édifiée par la divine adoratrice Ankhnesneferibrê, a fait l’objet en 2007 d’un premier nettoyage de surface, visant à sauvegarder les blocs épars et à permettre un relevé architectural. Cette opération a amené la découverte d’une quantité importante d’Osiris en bronze et d’éléments statuaires du même type. Quant à la petite chapelle kouchite dédiée à Osiris Neb ânkh / pa-ousheb-iad, la restauration en a été effectuée en collaboration avec une équipe du CFEETK. L’opération a permis de dégager un certain nombre de remplois, mis en place lors d’une réfection postérieure de la chapelle, notamment un linteau de Néchao II.

À l’ouest de la zone des chapelles, la surplombant de plusieurs mètres, un vaste bâtiment en briques crues a été mis au jour. Sa fonction est encore inconnue, mais son orientation s’accorde avec l’enceinte entourant la chapelle d’Osiris Neb Djefaou. Le dernier état du bâtiment, témoignant d’une réoccupation au Ve-IVe siècle av. J.-C., est construit sur une épaisse couche rubéfiée, vestige probable de l’incendie qui ravagea Thèbes lors de l’invasion perse en 525 av. J.-C.

Perspectives

Les perspectives de recherches futures concernent principalement la publication épigraphique des chapelles nord, l’analyse archéologique des relations de celles-ci entre elles, la recherche de vestiges d’une éventuelle quatrième chapelle entre la chapelle d’Osiris Neb-ânkh et le temple de Ptah, ainsi que la poursuite des travaux sur le bâtiment ouest et de la constitution d’une chrono-typologie fine pour la céramique thébaine de la Basse Époque.

Bibliographie

Bibliographie des fouilles et travaux

  • L. Coulon, « Un aspect du culte osirien à Thèbes à l’époque saïte. La chapelle d’Osiris Ounnefer “maître des aliments“ », Égypte. Afrique et Orient 28, février 2003, p. 47-60.
  • L. Coulon, C. Defernez, « La chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-Djefaou à Karnak. Rapport préliminaire des fouilles et travaux 2000-2004 », Bulletin de l’Institut Français d’Archéologie Orientale 104, 2004, p. 135-190.
  • L. Coulon, « Les uraei gardiens du fétiche abydénien. Un motif osirien et sa diffusion à l’époque saïte », dans D. Devauchelle (éd.), La XXVIe dynastie. Continuité ou rupture. Actes du colloque de l’Université de Lille-III. 26-27 novembre 2004, sous presse.
  • C. Defernez, « La chapelle d’Osiris Ounnefer Neb-Djefaou », BCE 22, 2004, p. 35-47
  • Comptes rendus annuels dans le Rapport sur les travaux de l’IFAO, dans le BIFAO, depuis 2000.

Bibliographie du site

  • P. de Boysson, dans J. Lauffray, « Les travaux du Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak, de 1972 à 1977 », Karnak VI, 1980, p. 58, § 27.
  • J. Leclant, « Osiris pȝ-wšb-jȝd », dans O. Firchow (éd.), Ägyptologische Studien, Berlin, 1955, p. 197-204.
  • J. Leclant, Recherches sur les monuments thébains, BdE 36, Le Caire, 1965, § 9, avec la bibliographie p. 24-25.
  • G. Legrain, « Le temple et les chapelles d’Osiris à Karnak, III. La chapelle d’Osiris maître de la vie », Recueil de Travaux XXIV, 1902, p. 208-214
  • Cl. Traunecker, « La chapelle d’Osiris “seigneur de l’éternité-neheh” à Karnak », dans L. Coulon (éd.), Le culte d’Osiris au Ier millénaire av. J.-C., BdE, IFAO, à paraître.