Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Fustat - Istabl ‘Antar

Témoignages matériels d’une capitale arabo-musulmane



flèche chronologique de 642 à 1200 env.

Nom du site : Istabl ‘Antar - Fustat فسطاط اِسطبل عنتر.

Responsable : Roland-Pierre Gayraud (LAMM, Université de Provence).

Collaborations : Frédéric Bauden (papiers, Univ. de Liège), Éliane Béraud-Colomb (ADN ancien, INSERM), Sobhi Bouderbala (univ. Paris 1), Roberta Cortopassi (textiles, Musée du Louvre), Patricia Dal Pra (textiles, INP), Abdelhamid Fenina (numismatique, université de Tunis), Danièle Foy (verre, LAMM), Guergana Guionova (céramiques, LAMM), Damien Laisney (cartographie, IFAO), François Paris (anthropologie, UMR 6636, CNRS/univ. Provence/univ. Grenoble/Ministère Culture/IRD), Christiane Petit (vanneries), Valérie Pichot (métal, CEAlex, USR 3134 du CNRS), Elisabeth et Mieczieslaw Rodziewicz (décor et objets en os, Univ. Gdansk), (Marie-Hélène Rutschowskaya (décor et objets en bois, musée du Louvre), Jean-Christophe Tréglia (céramiques, LAMM), Lucy Vallauri (céramiques, LAMM), Alain Lecler, Mohammed Ibrahim (photographes, IFAO).

Institutions partenaires : CSA, Laboratoire d’Archéologie Médiévale (LAMM, UMR 6572 du CNRS, Aix-en-Provence).

Dates du chantier : Phase d'étude post-fouille.

Fustat a été fondée en 642 suite à la conquête arabe de l’Égypte par l’émir `Amr ibn al-`Âs. Elle est alors devenue la capitale de la province égyptienne et s’étendait des hauteurs surplombant le grand lac du birkat al-Habach au sud jusqu’aux zones actuelles de Sayyida Zaynab et Ibn Tûlûn au nord. Elle a précédé la ville du Caire, al-Qâhira, fondée plus au nord par les Fatimides après la conquête du pays en 969.

Historique des fouilles

Istabl ’Antar - Maison omeyyade détruite lors de l’incendie de 750
Maison omeyyade détruite lors de l’incendie de 750

Les fouilles entreprises depuis 1985 sur le plateau d’Istabl `Antar au sud du Caire ont été le premier projet d’archéologie islamique élaboré à l’IFAO et couvrent plus de 2 hectares. Elles sont actuellement suspendues pour permettre l’étude et la publication d’un matériel riche et divers.

La chronologie du site va de la fondation de la ville de Fustat (Misr al-Fustât) vers 642 au XIIe siècle. C’est sur ce site que des niveaux d’habitat de l’époque de la Conquête ont été mis au jour pour la première fois. Il s’agit d’un habitat construit par les Yéménites de la tribu des Ma‘âfir sur les hauteurs dominant le birkat al-Habach lors de la fondation de la ville, et sa découverte a totalement changé l’idée que nous nous faisions d’elle pour le VIIe siècle, tant en ce qui concerne la qualité de son bâti que son étendue. Les niveaux d’habitat peuvent être isolés en deux phases distinctes : la première, entre 642 et 690, est celle de la ville arabe et musulmane, la seconde, entre 690 et 750, celle de la ville mêlée, ouverte alors aux Égyptiens. En 750 un incendie, allumé par le dernier calife omeyyade, en fuite, ravagea l’ensemble de ce quartier méridional de Fustat.

Immédiatement après cet événement, un quartier d’habitation fut reconstruit dont nous avons quelques maisons en marge de la fouille. Mais c’est surtout une nécropole qui prit alors la place de l’habitat omeyyade. Cet ensemble funéraire a été bâti entre 750 et c.765, date de construction d’un grand aqueduc qui desservait les bâtiments. Il est vraisemblable que ces grandes tombes appartenaient aux familles de notables ma‘âfirî. Ce sont en fait les plus anciens mausolées musulmans connus actuellement en Égypte et sans doute dans l’ensemble du monde islamique. De même, la mosquée a conservé le plan le plus ancien qu’on connaisse en Égypte pour ce genre d’édifice. L’apport de la fouille est donc appréciable sur ce plan, d’autant plus que certains aspects architecturaux et décoratifs sont à même de changer notre approche de l’histoire de l’architecture islamique.

Istabl ’Antar - Mosquée construite entre 750 et c.765
Mosquée construite entre 750 et c.765

Ces mausolées ont été repris, restaurés et agrandis vers 973, à l’arrivée de la famille fatimide qui y donna une seconde sépulture aux morts ramenés d’Ifriqîya. Jusqu’à la fin du XIe siècle, la nécropole se développe en une petite cité organisée avec des ruelles dallées et des mausolées parés des attributs des maisons patriciennes de l’époque : jardins, bassins et même bains. Vers 1070, tout est détruit et pillé.

La chronologie des cinq aqueducs découverts lors de la fouille a conduit à dater l’assèchement progressif du birkat al-Habach et a également permis de reconsidérer l’évolution topographique de la ville de Fustat pour ces périodes.

Le matériel recueilli lors des fouilles d’Istabl ‘Antar constitue un apport documentaire exceptionnel. La céramique a tout d’abord permis d’établir des chronologies et typologies nouvelles, lesquelles avaient été entrevues dans les fouilles polonaises de Kôm al-Dikka. Il en est de même pour le verre. Pour des matériaux organiques tels que les textiles, le papyrus, le papier, le cuir, le bois ou l’os, deux niveaux de chiffonniers (début IXe et XIIe siècle) ont fourni une exceptionnelle documentation dont l’étude est très prometteuse.

ICéramiques émaillées égyptiennes, l’une à décor épigraphique vert et brun, l’autre imitant la porcelaine chinoise
Céramiques émaillées égyptiennes, l’une à décor épigraphique vert et brun, l’autre imitant la porcelaine chinoise blanche

Perspectives

La publication de la fouille donnera lieu à plusieurs volumes rédigés par divers spécialistes. Deux au moins seront dévolus à la fouille elle-même, un premier de synthèse où l’on trouvera une véritable cartographie historique de la ville de Fustât aux premiers siècles de l’Islam, un second qui comprendra la description et l’analyse des vestiges.

Dans l’immédiat, trois volumes seront consacrés à la céramique et conçus pour servir d’ancrage chronologique et typologique pour les publications suivantes. Dans l'ordre de parution, le premier concerne le dernier tiers du IXe et la première moitié du Xe, le deuxième le milieu du VIIe jusqu’au début du IXe siècle, et le dernier, enfin, la fin du Xe et le XIe siècle. On adjoindra par la suite d’autres volumes d’un matériel choisi par sa qualité et sa représentativité parmi une collection céramique particulièrement nombreuse.

Le verre, les papiers, les tissus, les os gravés ainsi que les bois fourniront chacun un volume particulier.