Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Douch


flèche chronologique de -5000 à -2500 et de -475 à 2000 env.

Nom du site : Douch دوش.

Noms anciens : Kesh (égyptien), Kysis (grec).

Responsable : Michel Wuttmann (archéologue, resp. du laboratoire de restauration et de C14, IFAO).

Collaborations : Yann Béliez (archéologue), François Briois (préhistorien, EHESS), Michel Chauveau (égyptologue, EPHE), Arnault Gigante (archéologue), Thierry Gonon (archéologue, OAmed), Joséphine Lesur (archéo-zoologue, MNHN), Sylvie Marchand (céramologue, IFAO), Béatrix Midant-Reynes (directrice de l’IFAO), Marie-Dominique Nenna (HiSoMA), Claire Newton (archéo-botaniste), Ihab M. Ibrahim (photographe, IFAO).

Institution partenaire : CSA.

Dates du chantier : mi-octobre à mi-janvier.

ʿAyn-Manâwir: le temple et l'agglomération d'époque perse (470-370 av. J.-C.). À l'arrière plan : maison romaine. Vue vers le nord-ouest.
ʿAyn-Manâwir: le temple et l'agglomération d'époque perse (470-370 av. J.-C.). À l'arrière plan : maison romaine. Vue vers le nord-ouest.

Les travaux initiés par S. Sauneron en 1976 sur le tell Douch ont porté essentiellement sur l’exploration du temple, de l’agglomération et des nécropoles d’époque romaine. Les fouilles et sondages conduits depuis 1995, surtout à ʿAyn-Manâwir mais aussi à ʿAyn-Ziyâda et tell Douch, ont permis de définir l’occupation de ce territoire du Ve s. av. J.-C. au début de l’Empire Romain. La prospection systématique de l’oasis à partir de 2001 depuis ses confins sud nous permet de construire une carte archéologique diachronique qui illustre les moyens techniques mis en œuvre par les habitants pour maîtriser la collecte de l’eau depuis la transition aride du néolithique final jusqu’aux projets nassériens.

Tell Douch

Le trésor de Douch - couronne en or - Le Caire, Musée égyptien, JE 98535
Le trésor de Douch : couronne en or. Le Caire, Musée égyptien, JE 98535.

À la suite du dégagement et des fouilles dans le temple en pierre et ses avant-cours, dans l’enceinte fortifiée et dans l’agglomération qui l’entoure, plusieurs campagnes d’étude et de restauration ont permis la publication de ces travaux et l’anastylose de la porte de Trajan. Ce projet a permis d’établir la chronologie relative des structures monumentales et d’explorer l’agglomération du Bas Empire romain. C’est au cours de ces fouilles qu’a été mis au jour, caché dans une jarre, l’ensemble connu sous le nom de « trésor de Douch ». Les nécropoles romaines situées au nord et à l’est du tell ont fait l’objet de fouilles étendues et ont constitué le premier volume de la publication du site. L’étude épigraphique et architecturale du temple en pierre, daté du 1er s. de notre ère, est en cours de publication. Des vestiges d’occupations antérieures à ces monuments ont été reconnus : campements prédynastiques, habitat du Ve s. et fermes des IVe et IIIe siècles avant notre ère.

Étude des systèmes hydrauliques

Ayn-Manâwir : la qanât 5 après restauration des regards et du débouché de la galerie drainante dans le fossé à ciel ouvert. Vue vers le sud.
Ayn-Manâwir : la qanât 5 après restauration des regards et du débouché de la galerie drainante dans le fossé à ciel ouvert. Vue vers le sud.

Le sud de la dépression qui abrite l’oasis de Kharga est traversé par trois alignements parallèles de collines, orientés est-ouest : le gebel Bayyân, vestige d’un mouvement tectonique qui a affecté tout le continent africain ; les tells ʿAyn-Ziyâda, Douch et ʿAyn-Manâwir en constituent la ligne septentrionale. Les strates gréseuses de ces collines qui se sont chargées d’eau pendant les épisodes climatiques humides ont formé des réservoirs naturels dominant de vastes étendues cultivables. Ces réserves ont été abondamment exploitées, jusqu’à leur épuisement. C’est à ʿAyn-Manâwir que nous avons choisi d’étudier les dispositifs de collecte et de distribution d’eau. Le plus remarquable d’entre eux est la qanât, galerie drainante creusée à flanc de colline et équipée de regards à intervalles réguliers, Elle est prolongée par une conduite posée dans un fossé qui aboutit dans un bassin. De là, l’eau est distribuée à ses divers ayants droit qui irriguent jardins, palmeraies et champs. Vingt-deux qanâts ont été reconnues à ʿAyn-Manâwir, près d’une centaine sur l’ensemble des collines. Nous avons privilégié la fouille des fossés à ciel ouvert, des bassins et des parties terminales des réseaux, car c’est là que l’on peut étudier et dater les transformations qu’ils ont subies. Deux galeries ont été dégagées et leurs regards restaurés. La plupart de ces ouvrages ont été creusés au cours du 1er quart du Ve siècle avant notre ère, pendant la première domination perse en Égypte, prolongés et approfondis pendant les deux premiers siècles de notre ère et finalement abandonnés au début du IIIe.

S’il est vraisemblable que la technique de la qanât ait son origine dans le plateau iranien et qu’elle ait été diffusée par la conquête achéménide, il reste que les ouvrages de ʿAyn-Manâwir sont les seuls qui aient pu être effectivement datés de cette période.

L’examen physique des galeries, conduits, bassins, jardins et champs ainsi que l’étude des macro-restes végétaux viennent illustrer et éclairer les nombreuses mentions relevées dans les contrats rédigés en démotique sur les ostraca mis au jour dans l’habitat et les annexes du temple.

L’époque perse : temple et habitat à 'Ayn-Manâwir

La colonisation de la partie sud de l’oasis au début du Ve siècle avant notre ère se traduit par la construction de petites agglomérations sur les flancs de toutes les collines. Ainsi, à 'Ayn-Manâwir, deux groupes de maisons flanquent, au nord et au sud, un temple en brique crue. La fouille du temple nous a permis de suivre son agrandissement progressif par adjonction de cours et d’espaces latéraux. C’est le temple qui abrite les silos de stockage du grain. Un bâtiment accolé à son flanc sud abrite le “bureau” du prêtre-scribe-notaire, rédacteur des contrats conclus entre les membres de la communauté agricole. Le mobilier abandonné vers 370 av. J.-C. dans la chapelle nord du temple montre l’importance du culte osirien dans un monument dédié officiellement à la triade thébaine, comme le démontrent les vestiges de décors peints qui encadraient l’accès au sanctuaire.

ʿAyn-Manâwir : mobilier du temple (470-370 av. J.-C.) : la statuaire en bronze.
ʿAyn-Manâwir : mobilier du temple (470-370 av. J.-C.) : la statuaire en bronze.

Les maisons, au nombre d’une dizaine, s’agrandissent par agglutination de dépendances, appentis et cours jusqu’à occuper tout l’espace résiduel disponible. Un écoulement d’eau accidentel, éventuelle conséquence d’une pluie exceptionnelle, détruit une partie des maisons vers la fin du règne de Darius II. La reconstruction est l’occasion d’agrandir les demeures, de bâtir des maisons au plan orthogonal, avec des murs plus épais. L’abandon semble rapide, sans phase de déclin, vers le premier quart du IVe siècle, soit à peine plus d’un siècle après l’installation.

Le site KS043 (néolithique final). Foyers et cuvettes tapissées d'argile. Habitat saisonnier en cours de fouille (novembre 2007).
Le site KS043 (néolithique final). Foyers et cuvettes tapissées d'argile. Habitat saisonnier en cours de fouille (novembre 2007).

Le néolithique dans le sud de l’oasis

Les premières prospections ont révélé l’existence d’un certain nombre de sites étendus, non perturbés, présentant des concentrations d’outillage lithique, d’ossements animaux et de céramique, attribuables au néolithique et encadrés de tertres artésiens.

Les sondages préliminaires ont démontré l’intérêt de ces sites. Ainsi, le site 043, situé à environ 10 km au sud-ouest de Douch a fait l’objet de fouilles étendues en 2007. Des mesures radiocarbone datent la fin de son occupation vers 4000 BC.

La fouille de la concentration de caractère épipaléolithique “ML1”, située sur le flanc est de ʿAyn-Manâwir est en cours de publication.

La prospection archéologique

L’exceptionnelle conservation des vestiges des aménagements agricoles antiques nous a encouragés à bâtir une carte archéologique de l’oasis. Cette entreprise présentait également un certain caractère d’urgence devant la multiplication des travaux d’aménagement et des menaces de tous ordres. Les observations de terrain sont confrontées aux précieuses données des cartes à l’échelle 1/10 000 réalisées vers 1930. Enfin, une couverture complète de l’oasis en images satellitaires géo-référencées acquise avec le soutien d’une subvention du CNES sert de fond au SIG qui réunit toutes ces données et en autorise l’analyse spatiale.

À l’issue de la campagne de l’automne 2007, 217 sites ont été reconnus dans les quelque 1500 km2 prospectés. Des ateliers de taille ou des concentrations d’outillage sur les terrasses du piémont émergent du “bruit de fond” paléolithique qui caractérise la plaine. Les ensembles épipaléolithiques reconnus sont déjà proches des sources artésiennes. L’aridification est perceptible : tous les vestiges néolithiques, constitués en sites d’habitat au moins semi-permanents ou encore en groupes de “Steinplätze”, feux de camp occasionnels tapissés de galets, sont entourés de sources artésiennes. C’est sur les pentes des collines que l’on observe les poches cendreuses et les rubéfactions dans les dépôts éoliens d’argilites plaqués par le vent sur la surface humide autour des sources, vestiges des camps des voyageurs des époques prédynastique ou d’Ancien Empire. Ensuite, le bassin sud de l’oasis semble inhabité pendant les 2000 ans qui séparent les IVe et XXVIIe dynasties.

C’est donc dans le cadre d’une véritable colonisation que la région est habitée et cultivée dès 480 avant notre ère grâce à la maîtrise de la nouvelle technique de la galerie drainante, ou qanât, réputée être d’origine perse. Il est donc logique de voir ces implantations réparties autour des pentes des différentes collines. Elles sont entretenues pendant plus de quatre siècles avant qu’un nouvel élan colonisateur, au début de l’époque romaine, conduise à l’extension maximale des réseaux de qanâts et à la mise en culture des plaines grâce au creusement de nombreux puits et à l’établissement de longs aqueducs qui conduisent l’eau à tous les terrains potentiellement cultivables. L’analyse des photos satellitaires nous autorise à produire une restitution exhaustive de l’aménagement de toute la plaine au sud de Douch (environ 200 km2) à cette époque.

Il devient clair que c’est la surexploitation de l’eau qui conduit à l’abandon de ces domaines avant le IVe siècle ap. J.-C.. Seul Douch, centre administratif, subsiste à l’est. L’activité agricole est alors regroupée dans un nombre plus réduit de domaines mitoyens plus vastes, situés en frange ouest de l’oasis. Une grande partie de leur organisation nous échappe car ils sont recouverts aujourd’hui par le vaste champ de dunes qui clôt l’oasis à l’ouest. Un net déclin s’amorce au Ve siècle, mais une activité résiduelle se poursuit, sans jamais s’interrompre jusqu’à l’arrivée de nouveaux moyens techniques au XXe siècle et surtout, jusqu’à une nouvelle rupture, celle de la "Nouvelle Vallée" nassérienne, vers 1960.

Bibliographie sélective

  • Comptes rendus annuels dans les « Rapports du directeur » publiés chaque année dans le BIFAO.

Monographies sur le site et sa documentation.

  • Fr. Dunand et al., Douch I. La nécropole. Exploration archéologique. Monographie des tombes 1 à 72. Structures sociales, économiques, religieuses de l’Egypte romaine, DFIFAO 26, Le Caire, 1992.
  • N. Baum, Douch II. La végétation antique : une approche macrobotanique, DFIFAO 27, 1992.
  • M. Reddé, Douch III. Kysis. Fouilles de l'Ifao à Douch Oasis de Kharga (1985-1990), DFIFAO 42, Le Caire, 2004.
  • M. Reddé, Douch IV. Le trésor. Inventaire des objets et essai d’interprétation, DFIFAO 28, Le Caire, 1992.
  • B. Bousquet, Tell-Douch et sa région : Géographie d’une limite de milieu à une frontière d’Empire, DFIFAO 31, Le Caire, 1996.
  • Fr. Dunand et al., Douch V. La nécropole de Douch. Exploration archéologique. Monographie des tombes 73 à 92. Structures sociales, économiques, religieuses de l’Egypte romaine, DFIFAO 45, Le Caire, 2005.
  • H. Cuvigny, G. Wagner, Les ostraca grecs de Douch (O. Douch) I-III, DFIFAO 24.1, DFIFAO 24.2, DFIFAO 24.3, Le Caire, 1986, 1988, 1992.
  • G. Wagner, Les ostraca grecs de Douch (O. Douch) IV-V, DFIFAO 24.4, DFIFAO 24.5, Le Caire, 1999, 2001.
  • H. Cuvigny, A. Hussein, G. Wagner, Oasis de Kharga, Les ostraca grecs d'Aïn Waqfa, DFIFAO 30, Le Caire, 1993.

Sélection d'articles.

  • Cl. Newton, Th. Gonon et M. Wuttmann, « Un jardin d'oasis d'époque romaine à 'Ayn-Manâwir (Kharga, Egypte) », BIFAO 105, 2005, p. 167-195.
  • S. Marchand, « Les conteneurs de transport et de stockage de l’oasis de Kharga. De la Basse Époque (XXVIIe-XXXe dynasties) à l’époque ptolémaïque », dans S. Marchand, A. Marangou (éd.), Amphores d’Égypte de la Basse Époque à l’époque arabe, CCE 8, Le Caire, 2007, p. 489-502.
  • M. Wuttmann, L. Coulon et Fl. Gombert, « An Assemblage of Bronze Statuettes in a Cult Context », dans M. Hill (éd.), Gifts for the Gods. Images from Egyptian Temples, New York, 2007, p. 167-173.

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