Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Coptos


flèche chronologique de -3000 à 1200 env.


Plan topographique de la zone archéologique, levé 2003 (P. Rieth)
Plan topographique de la zone archéologique, levé 2003 (P. Rieth).

Nom du site : Qift, Quft قفط

Noms anciens : Gbtyw, Coptos

Responsable : Laure Pantalacci (égyptologue, IFAO/Université Lumière-Lyon2).

Collaborations : Georges Soukiassian (archéologue, IFAO) ; Caroline Sauvage (post-doctorante, HiSoMA UMR 5189) ; Céline Bon (doctorante, univ. Lumière-Lyon 2) ; Frédéric Payraudeau, Delphine Dixneuf, Yann Tristant (membres scientifiques, IFAO) ; Pascal Rieth (topographe).

Institutions partenaires : CSA, Université Lumière-Lyon 2/HiSoMA, CNRS-UMR 5189 ; Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Dates du chantier : octobre-novembre.



Dès l’époque prédynastique, Coptos a été un des points d’implantation humaine les plus favorables de la Haute-Égypte. Doté d’un bassin agricole étendu, ce grand port fluvial a été établi au débouché de l’une des principales pistes reliant la Vallée du Nil à la mer Rouge, le Ouadi Hammamat, route qui permet également l’accès à des gisements minéraux très prisés des Anciens. Durant plus de quatre millénaires, la ville a donc été un pôle économique florissant. Les règnes majeurs de l’antiquité égyptienne (notamment Sésostris Ier, Thoutmosis III, Ramsès II, Ptolémée II) y sont attestés par des monuments de très grande qualité. Le déclin de la ville à partir du XIe siècle, au profit de Qous qui prend le relais comme capitale régionale, est attribué principalement à des facteurs sociaux, religieux et politiques.

Historique des fouilles

Fig. 1. Façade ouest du temple de Min et d’Isis, la porte d’accès à l’axe de Min et le pylône.

Malgré son énorme potentiel archéologique, et la préservation de l’agglomération antique sur une surface de 1,5 ha, les missions archéologiques à Coptos ont été étonnamment rares : une longue campagne de Petrie en 1893-94 a permis d’identifier les grandes étapes du développement du temple de Min et Isis. En 1910-1911, deux longues saisons d’Adolphe Reinach, heureusement secondé pendant la première année par R. Weill, pendant la suivante par l’architecte lyonnais Martinaud, ont mis au jour d’autres sanctuaires au sud du temple principal, et précisé la topographie urbaine. Ensuite l’exploration de cet énorme site a été poursuivie ponctuellement sous forme de travaux américains (entre autres Dunham 1923), égyptiens (Labib Habachi 1956, Rabi’ Hamdan 1979-1981), australiens (Gregory Gilbert 2000-2002) d’ampleur limitée. En 2000, une grande exposition et un colloque international organisés à Lyon, au palais Saint-Pierre (Musée des Beaux-Arts), qui abrite une collection très importante d’objets coptites, ont permis de faire le point sur ce que nous savons du site tout au long de son histoire.

Fig. 2. Zone de l’angle sud-est du mur d’enceinte du temple de Min et Isis, blocs de portes en calcaire coquillier et fondations de la chapelle romaine.

En 2002, la mission archéologique française de Coptos, sous l’égide de l’université Lumière-Lyon 2 et de l’équipe HiSoMA (CNRS-UMR 5189) et avec l’appui de l’IFAO, a repris l’exploration du site. Le Musée des Beaux-Arts de la ville de Lyon, l’université Marc-Bloch Strasbourg 2 ainsi que l’ENSAIS de Strasbourg ont apporté leur concours aux premières campagnes. Tout en établissant la première carte topographique complète du site (2002-2003), la mission a renettoyé les principales structures identifiées par Petrie et Reinach : temple dit d’Osiris, églises de l’ouest avec leur baptistère, temple de Min. Une chapelle à portique, probablement dédiée au culte impérial, a été identifiée près de la porte est de l’enceinte. Les travaux se sont depuis focalisés dans la zone du temple de Min et Isis, dont la façade monumentale, au niveau des pylônes, a été entièrement redégagée (fig. 1). À partir de 2005, des nettoyages ont été entrepris à l’emplacement attendu de l’angle sud-est de l’enceinte du grand temple. Ils ont livré quelques dizaines de blocs de calcaire coquillier (fig.2) appartenant à plusieurs encadrements de portes monumentales. La corniche de linteau de l’une de ces portes était inscrite au nom du célèbre Parthenios fils de Pamin, prostatès d’Isis, et datée du règne de Néron ; le monument était consacré à Isis, « la Grande Déesse ». Le décor des linteaux et des montants évoque le panthéon, surtout féminin, du petit temple d’El-Qal’a et suggère un lien privilégié avec ce reposoir processionnel, situé en bordure de désert. Une inscription secondaire, sur l’un des montants, nomme l’empereur Antonin, confirmant ainsi que la porte était encore en usage au milieu du IIe siècle.

D’autre part, ces travaux ont fait apparaître les fondations de brique cuite et deux dalles d’un petit bâtiment en grès postérieur au IIe siècle, installé sur une portion du mur d’enceinte est et construit de blocs de remplois, en particulier des tambours de colonnes (fig.2). Divers éléments de mobilier cultuel (autel à cornes, fragments de statues, dont une d’Harpocrate) ont été mis au jour à proximité et peuvent avoir fait partie du mobilier cultuel de ce monument.

La mission s’attache également à maintenir la lisibilité du site, et effectue chaque saison des travaux ponctuels de restauration (en 2007, remontage de la paroi est de la chapelle oraculaire de Cléopâtre VII, à l’entrée du temenos de Geb : fig.3).

Fig. 3. Chapelle oraculaire de Cléopâtre après le remontage de la paroi est.

Perspectives

Les perspectives sont centrées sur l’étude architecturale des monuments ptolémaïques et romains, dans la zone du temple de Min et Isis : temple proprement dit et petites structures annexes. La connaissance du tissu urbain devrait s’enrichir d’une enquête sur l’environnement antique, qui prendra en compte en particulier l’étude des voies de terre et cours d’eau. Enfin, l’inventaire systématique des éléments lapidaires épigraphes et architecturaux, sur site et dans les musées et réserves, fournira une perception globale des monuments coptites.

Bibliographie

  • W.M. Flinders Petrie, Koptos. With a chapter (the classical inscriptions) by D.G. Hogarth, Londres, 1896.
  • R. Weill, « Koptos. Relation sommaire des travaux exécutés par MM. A. Reinach et R. Weill pour la Société française des Fouilles Archéologiques (campagne de 1910) », ASAE 1, 1911, p. 97-141.
  • R. Weill, Ad. Reinach, « Parthénios fils de Paminis, ‘Prostatès’ d’Isis à Koptos », ASAE 12, 1912, p. 1-24.
  • A. Reinach, Catalogue des Antiquités Egyptiennes recueillies dans les fouilles de Koptos en 1910 et 1911 exposées au musée Guimet de Lyon, Châlon-sur-Saône, 1913.
  • Cl. Traunecker, Coptos, hommes et dieux sur le parvis de Geb, OLA 43, 1992.
  • Coptos. L’Égypte antique aux portes du désert, Paris, 2000.
  • Autour de Coptos, Actes du colloque organisé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, 17-18 mars 2000, Topoi Supplement 3, Lyon, 2002.
  • S.C. Herbert, A. Berlin, Excavations at Koptos (Qift) in Upper Egypt, 1987-1992, JRA Supplement 53, 2003.

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