Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Coptos


flèche chronologique de -3100 à 650 env.
Plan topographique de la zone archéologique, levé 2010 (p. Rieth).
Plan topographique de la zone archéologique, levé 2010 (p. Rieth).

Nom du site: Qift, Quft قفط

Noms anciens: Gbtyw, Koptos, Coptos

Responsable: Laure Pantalacci (Univ. Lumière-Lyon2).

Collaborations 2002-2011: Georges Soukiassian (archéologue, IFAO), Caroline Sauvage (post-doctorante, HiSoMA UMR 5189), Céline Bon, Gersande Eschenbrenner-Diemer, Vincent Chollier (doctorants, univ. Lumière-Lyon 2/ HiSoMA UMR 5189), Frédéric Payraudeau (égyptologue), Cédric Gobeil (égyptologue, IFAO), Matthieu Ghilardi (géomorphologue, CEREGE UMR 6635), Delphine Dixneuf (céramologue, CEAlex), Pascal Rieth (topographe), Damien Laisney (topographe, MOM USR 3439), Jean-François Gout, Ihab M. Ibrahim (photographe, IFAO).

Institutions partenaires : MSA, Université Lumière-Lyon 2/ CNRS-UMR 5189 HiSoMA, Musée des Beaux-Arts de Lyon.

Dates du chantier : mi-octobre à mi-novembre.

Dès l’époque prédynastique, Coptos a été un des points d’implantation humaine les plus favorables de la Haute-Égypte. Doté d’un bassin agricole étendu, ce grand port fluvial a été établi au débouché de l’une des principales pistes reliant la Vallée du Nil à la mer Rouge, le Ouadi Hammamat, route qui permet également l’accès à des gisements minéraux très prisés des Anciens. Durant plus de quatre millénaires, la ville a donc été un pôle économique florissant, embelli de monuments par tous les pharaons majeurs. Le déclin de la ville est sensible dès le IXᵉ siècle, au profit de Qous qui prend le relais comme capitale régionale.

Historique des fouilles

Malgré son énorme potentiel archéologique, et la préservation de l’agglomération antique sur une surface de 1,5 ha, les missions archéologiques à Coptos ont été étonnamment rares: une longue campagne de Petrie en 1893-94 a identifié les grandes étapes du développement du temple de Min et Isis. En 1910-1911, Adolphe Reinach, secondé d’abord par R. Weill, puis par l’architecte Martinaud, ont mis au jour d’autres sanctuaires au sud du temple principal, et esquissé la topographie urbaine. Ensuite l’exploration de cet énorme site a été poursuivie sous forme de travaux ponctuels, américains (entre autres D. Dunham 1923, S. Herbert & A. Berlin avec l’université d’Assiout, 1987-92), égyptiens (Labib Habachi 1956, Rabi’ Hamdan 1979-1981), australiens (Gregory Gilbert 2000-02) En 2000, une grande exposition et un colloque international organisés au musée des Beaux-Arts de Lyon, qui abrite la principale collection française d’objets coptites, ont permis de faire le point des connaissances sur le site.

<strong>Fig.1</strong> Façade ouest du temple de Min et d’Isis, porte et mur sud du temple (axe de Min), et porte du <em>téménos</em>.
Fig.1 Façade ouest du temple de Min et d’Isis, porte et mur sud du temple (axe de Min), et porte du téménos.

En 2002, avec l’appui de l’Ifao, la mission archéologique française de Coptos, sous l’égide de l’université Lumière-Lyon 2 et de l’équipe HiSoMA (CNRS-UMR 5189), a repris l’exploration du site. Le Musée des Beaux-Arts de la ville de Lyon, l’université Marc-Bloch Strasbourg 2 ainsi que l’ENSAIS de Strasbourg ont apporté leur concours aux premières campagnes. La mission a renettoyé les principales structures explorées par Petrie et Reinach: «temple d’Osiris» (plutôt un reposoir de barque), églises de l’ouest avec leur baptistère, temple de Min et Isis. Une chapelle à portique, probablement dédiée au culte impérial, a été identifiée près de la porte est de l’enceinte.

<strong>Fig.2</strong> Les trois portes romaines en cours de remontage.
Fig.2 Les trois portes romaines en cours de remontage.

Les recherches se sont depuis lors focalisées dans la zone du temple de Min et Isis, dont la façade monumentale, au niveau des pylônes, a été entièrement redégagée (fig. 1). À partir de 2005, des nettoyages ont été entrepris à l’emplacement supposé de l’angle sud-est du téménos du grand temple. Ils ont livré quelques dizaines de blocs de calcaire coquillier appartenant appartenant aux encadrements de trois portes différentes. La corniche de linteau de la plus imposante de ces portes était inscrite au nom du célèbre Parthenios fils de Pamin, prostatès d’Isis, et datée du règne de Néron, an 9 (soit 63 de notre ère); le monument était consacré à Isis, «la Grande Déesse». Une inscription secondaire, sur l’un des montants, nomme l’empereur Antonin, confirmant ainsi que la porte était encore en usage au milieu du IIᵉ siècle. Les portes sont actuellement en cours d’anastylose (2012), non loin du lieu de leur découverte (fig. 2).

D’autre part, ces travaux (Georges Soukiassian, Cédric Gobeil) ont mis en évidence l’abandon du mur hellénistique du téménos dans sa partie est. Le mur a été arasé et recouvert par un bâtiment cultuel, postérieur au IIᵉ siècle, dont seules subsistent les fondations. Cette construction s’inscrit dans un ensemble de vastes structures romaines, peut-être des chapelles, qui bordent la rue longeant le mur sud du téménos principal. Cette information sur les aménagements autour de l’enclos ptolémaïque est venue compléter les données observées et cartographiées sur la vaste enceinte tardive, probablement due à Nectanébo II, et sur l’enclos hellénistique du grand temple (plan topographique).

<strong>Fig.3</strong> Échantillon des produits céramiques du Kôm el-Ahmar. 1. Figurine d'Harpocrate. 2. Tête de figurine féminine. 3. Figurine féminine. 4. Lampe décrivant une grenouille. 5. Lampe ovoïde. 6. Gobelet. 7. Pot globulaire.
Fig.3 Échantillon des produits céramiques du Kôm el-Ahmar. 1. Figurine d'Harpocrate. 2. Tête de figurine féminine. 3. Figurine féminine. 4. Lampe décrivant une grenouille. 5. Lampe ovoïde. 6. Gobelet. 7. Pot globulaire.

En 2008-2009, une série de carottages répartis à travers le site (Mathieu Ghilardi, Yann Tristant) ont atteint, sous 3 à 4 m de couches d’occupation, les niveaux vierges d’argile jaune repérés par Petrie. L’ouest de la zone monumentale (secteur «des églises») aurait été occupé seulement à partir de l’époque hellénistique. Le profil du terrain semble avoir été originellement modelé, surtout par les apports des deux ouadis voisins (Qena et Hammamat).

Hors les murs, au sud-est du site, un sondage conduit par Delphine Dixneuf a été implanté sur le kôm el-Ahmar, la «butte rouge», identifié par Weill et Reinach comme un site de production céramique romain, et partiellement fouillé. La tranchée ouverte sur le flanc du kôm (2009-2011) a permis de trouver, en contexte stratigraphique clos, de nombreuses figurines et céramiques (fig. 3), semblables à celles rapportées à Lyon en grand nombre par les deux archéologues. Elles peuvent être datées dans une fourchette chronologique comprise entre la fin du Iᵉʳ et le premier quart du IIᵉ siècle.

Plusieurs saisons de travaux ont déjà porté sur la zone des «églises de l’ouest», d’où Reinach avait tiré une riche documentation épigraphique. En 2009, Peter Grossmann a relevé et étudié le baptistère copte, qui, d’après les données architecturales et les sources historiques indirectes, daterait du VIᵉ siècle. Les blocs de remploi constituant les fondations de ce baptistère ont été étudiés. Au sud du baptistère subsiste une structure quadrangulaire tardive, détruite dans sa partie ouest et réduite à la ligne de pierres délimitant ses fondations. Elle est faite de blocs au nom de Ptolémée VIII Évergète II, empruntés à un monument qui était encore debout au moment où il a servi de carrière. Le remploi des blocs en connexion permettra d’avoir un aperçu de l’architecture et du programme décoratif du sanctuaire démonté.

<strong>Fig.4</strong> Dallage et linteaux de la chapelle de Ptolémée IV.
Fig.4 Dallage et linteaux de la chapelle de Ptolémée IV.

En 2011 ont été identifiés les restes d’une petite chapelle hellénistique, décorée par Ptolémée IV. Implantée à l’intérieur du téménos de Min et Isis, elle est alignée sur l’axe processionnel qui vient de la nécropole sud (Kōm el-Kuffār, renommé récemment Kōm el-Mu’minīn) en traversant l’enclos des temples sud (Netjery Chemâ). Il en subsiste le dallage quasiment complet (fig. 4) et de nombreux blocs et fragments décorés et inscrits, évoquant la figure d’Harpocrate, l’enfant royal.

Perspectives

Un premier recueil de Varia Coptita est en préparation et s’achèvera avec les derniers travaux de relevé sur les enceintes. Les opérations de terrain prévues pour les prochaines campagnes sont la fin de l’anastylose des portes, la fouille de la chapelle de Ptolémée IV et l’étude des blocs de Ptolémée Évergète II remployés dans la structure d’époque chrétienne. L’inventaire systématique des éléments lapidaires épigraphes et architecturaux, conservés sur le site et dans les différents musées et réserves qui conservent des objets de Coptos, sera développé sous forme d’une base de données accessible au public.

Bibliographie

  • W.M. Flinders Petrie, Koptos. With a chapter (the classical inscriptions) by D.G. Hogarth, Londres, 1896.
  • R. Weill, « Koptos. Relation sommaire des travaux exécutés par MM. A. Reinach et R. Weill pour la Société française des Fouilles Archéologiques (campagne de 1910) », ASAE 11, 1911, p. 97-141.
  • R. Weill, Ad. Reinach, « Parthénios fils de Paminis, ‘Prostatès’ d’Isis à Koptos », ASAE 12, 1912, p. 1-24.
  • A. Reinach, Catalogue des Antiquités Egyptiennes recueillies dans les fouilles de Koptos en 1910 et 1911 exposées au musée Guimet de Lyon, Châlon-sur-Saône, 1913.
  • Cl. Traunecker, Coptos, hommes et dieux sur le parvis de Geb, OLA 43, 1992.
  • Coptos. L’Égypte antique aux portes du désert, Paris, 2000.
  • Autour de Coptos, Actes du colloque organisé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, 17-18 mars 2000, Topoi Supplement 3, Lyon, 2002.
  • S.C. Herbert, A. Berlin, Excavations at Koptos (Qift) in Upper Egypt, 1987-1992, JRA Supplement 53, 2003.
  • Rapport annuel du BIFAO depuis 2007.

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