Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Baouît

flèche chronologique de 400 à 1100 env.

Nom du site : Baouît باويط

Responsable: Gisèle Hadji-Minaglou (architecte-archéologue, IFAO).

Collaborations: Marie-Hélène Rutchowskaya (spécialiste des bois, musée du Louvre); Florence Calament (épigraphiste, musée du Louvre); Roberta Cortopassi (spécialiste des textiles, musée du Louvre); Maria Mossakowska-Gaubert (spécialiste du verre, IFAO); Cédric Meurice (chargé de la documentation et spécialiste de la sculpture, musée du Louvre); Ramez Boutros (architecte-archéologue, univ. de Toronto); Eleni E. Efthymiou (archéologue, ministère de la Culture, Grèce); Marie Legendre (archéologue, univ. de Paris-IV -Sorbonne, univ. de Leyde); Khaled Zaza (dessinateur, IFAO); Céramologues: Delphine Dixneuf (CEAlex); Anna Południkiewicz (univ. de Varsovie - PCMA); Alexandra Konstantinidou; Papyrologues: Jean-Luc Fournet et Isabelle Marthot (EPHE, Paris); Alain Delattre (univ. Libre de Bruxelles); Restaurateurs: Christophe Guilbaud; Bruno Szkotnicki; Laurence Blondaux; Ashraf Nagueh (CSA), Ebeid M. Hamed (IFAO).

 

Institutions partenaires:

Dates du chantier: avril-mai.

Le kôm de Baouît, qui couvre une surface de 40 ha, est situé à 80 km au nord d’Assiout, à proximité du village de Dashlout. Il abrite les ruines du monastère fondé par Saint Apollô à la fin du IVᵉ s. Les fouilles sur ce site relativement bien conservé permettent d’étudier les différents aspects d’un complexe monastique de Moyenne Égypte, tant pour ce qui concerne l’architecture monumentale représentée par les églises situées au centre du kôm, que pour les structures d’habitat et d’artisanat. La riche documentation écrite, ostraca, dipinti, papyrus et inscriptions, nous renseigne par ailleurs sur la vie quotidienne des moines et leurs échanges avec le monde extérieur.

Historique des fouilles

Jean Clédat, aquarelle de la peinture de la paroi est de la chapelle III (Mifao XII-1, planche XXI)
Jean Clédat, aquarelle de la peinture de la paroi est de la chapelle III (Mifao XII-1, planche XXI)

Jean Clédat se rend pour la première fois sur le site de Baouît, alors que, pensionnaire à l’IFAO, il travaille à Méir au relevé des tombes. Au début de 1901, une prospection du site et des alentours livre toutes les richesses de ce qui doit être pour lui un gigantesque monastère avec un cimetière. À la fin de la même année, commence une fouille officielle de l’institut et c’est dans les premiers mois de l’année 1902, aidé d’Émile Chassinat et de Charles Palanque, qu’il produit les découvertes les plus considérables. Clédat copie les scènes peintes des ermitages qu’il nomme « chapelles », tandis que le directeur de l’institut et son aide pensionnaire mettent au jour deux églises, dites sud et nord, dont les éléments sculptés en pierre et en bois offrent au futur Musée copte du Caire et au Louvre leurs plus belles pièces. En même temps que le savant anglais W. E. Crum, Clédat identifie le monastère avec celui d’apa Apollô. De 1903 à 1905, Clédat, grâce à de nouvelles formules de financement, poursuit son travail de copie à l’aquarelle et révèle au monde scientifique un nouvel art copte. À la reprise des fouilles en 1913, Jean Maspero découvre d’autres espaces, notamment une salle commune et relève un grand nombre d’inscriptions. En 1976, puis 1984 et 1985, l’Organisation des Antiquités (OAE) reprend les fouilles et d’autres exemples de peintures murales complètent les collections du Musée copte. En 1995, une convention est signée entre l’IFAO et le musée du Louvre, dans le dessein de poursuivre plus avant les recherches à Baouît, mais ce n’est qu’en 2001 que l’autorisation de fouille est donnée.

Église nord, vue des nefs (cliché Louvre)
Église nord, vue des nefs (cliché Louvre)

Après une brève mission d’une semaine en juin 2002, pendant laquelle une équipe réduite effectue une prospection afin d’évaluer le potentiel du site, les travaux de fouille commencent en septembre 2003, sous la responsabilité de Dominique Bénazeth (coptologue, musée du Louvre). Dès cette première campagne, l’église nord est localisée dans la partie centrale du kôm. L’église sud, découverte et fouillée en 1901-1902, est localisée en 2005 grâce à la prospection géophysique, à une trentaine de mètres au sud de la précédente. La partie inférieure de l’église sud, dont le décor sculpté qui ornait la partie supérieure de l’édifice avait été déposé en 1902, est bien conservée, avec des inscriptions et des peintures murales encore visibles.

Dès 2003, les efforts se portent sur l’église nord, qui est complètement dégagée en 2005 par Dominique Bénazeth, Jean-Luc Bovot, Cécile Giroire et Bernard Maurice. L’église nord mesure 20,10 x 12,20 m et son espace intérieur est divisé en deux parties inégales. À l’est, le sanctuaire est subdivisé en deux espaces séparés par une barrière en bois s’appuyant contre deux piliers cruciformes. Dans l’espace est, l’autel a disparu, mais son emplacement est indiqué par des bases de colonne, tandis que l’on peut reconnaître un khurus dans l’espace ouest. La présence d’un khurus indique que l’édifice est postérieur au VIIᵉ s. Le khurus, à l’origine fermé à l’ouest par une clôture installée entre deux colonnes et le mur délimitant l’espace, s’ouvre sur trois nefs. On accédait à l’église par deux portes donnant sur les nefs sud et nord. Les colonnes séparant les nefs, au nombre de quatre au total, se trouvent dans le même alignement que les colonnes du khurus et les piliers cruciformes du sanctuaire. Les éléments conservés permettent de restituer la hauteur des colonnes, avec leurs bases et leurs châpiteaux, à environ 6,80 m. Les murs de l’église sont en briques cuites et en briques crues et son pavement est fait de dalles de calcaire. Le décor architectural de l’église nord se composait aussi bien d’éléments en pierre que d’éléments en bois sculpté et peint. Les murs de l’édifice, mais aussi les colonnes et piliers étaient décorés de peintures, dont certaines sont encore visibles bien que très effacées. Les graffiti retrouvés dans l’église donnent à penser qu’elle était dédiée à l’archange Michel.

Bâtiment 1 vu de l'ouest (cliché G. Poncet, Louvre)
Bâtiment 1 vu de l'ouest (cliché G. Poncet, Louvre)

Dans la partie nord du kôm, l’équipe effectue trois sondages à proximité des structures fouillées par Jean Maspero et par l’OAE. Le troisième d’entre eux est élargi les années suivantes, dégageant progressivement une construction à usage d’habitation, le bâtiment 1. Le bâtiment 1, fouillé par Marie-Hélène Rutschowscaya et Ramez W. Boutros, compte plusieurs pièces disposées autour d’une cour. Sur le côté ouest, quatre pièces qui ne communiquent pas entre elles s’ouvrent sur la cour : la plus au sud contrôle l’accès au bâtiment, l’une des portes s’ouvrant sur l’extérieur, l’autre sur la cour. Sur le côté nord, deux pièces encadrent un couloir qui mène à une cuisine. Sur le côté est se trouve un ensemble de cinq salles voûtées. Les murs et la voûte de la plus grande d’entre elles (salle 7) sont décorés de peintures murales. Sur le côté nord de la pièce, les peintures de la voûte représentent les épisodes de la naissance du Christ : le songe de Joseph, le voyage à Bethléem, la Nativité avec le miracle de Salomé et les bergers, la présentation au Temple et l’adoration des mages. Dessous, sur la naissance de la voûte, court une frise géométrique. Sur le côté sud de la pièce, la voûte porte la représentation d’une série de personnages où l‘on peut reconnaître deux des fondateurs du monastère de Baouît et neufs prophètes qui tiennent chacun un rouleau inscrit d’un passage de leur prophétie. La naissance de la voûte est ornée d’une frise de méandres alternant avec des oiseaux. Le mur lui-même est décoré d’un réseau de losanges abritant chacun une feuille verte. Un autre réseau géométrique, tapissé de grandes fleurs épanouies, est peint sur le mur ouest de la pièce. Le mur est, dont seule la partie inférieure est conservée, comporte trois niches. Le décor de la plus grande, située au milieu du mur, a été retrouvé dans les gravats : il représente le Christ entouré de séraphins et des symboles des quatre évangélistes. Deux consoles en bois peint représentant les archanges Michel et Gabriel, également découvertes dans les gravats, était à l’origine encastrées de part et d’autre la niche.

Bâtiment 1, peintures du mur nord (cliché G. Poncet, Louvre)
Bâtiment 1, peintures du mur nord (cliché G. Poncet, Louvre)

Parallèlement aux fouilles, un levé topographique du site a été réalisé et mis à jour au fur et à mesure que les fouilles progressaient, par des élèves de l’École supérieure des géomètres topographes du Mans. Une prospection magnétique a été effectuée par Tomasz Herbich et son équipe. Cette prospection a non seulement permis de localiser la plupart des constructions fouillées par Clédat, Chassinat et Palanque et de les positionner sur le plan topographique à leur échelle exacte, mais elle a également mis en évidence la richesse du sous-sol, en offrant aux fouilleurs une image précise des ruines recouvertes par le sable. Enfin, une prospection de surface a été réalisée par Sylvie Marchand et Grégory Marouard sur l’ensemble du kôm et sur le plateau désertique qui le domine.

Console en bois peint provenant de la salle 7 du bâtiment 1 (cliché G. Poncet, Louvre)
Console en bois peint provenant de la salle 7 du bâtiment 1 (cliché G. Poncet, Louvre)
Bâtiment 1, mur nord : relevé de peinture (cliché G. Poncet, Louvre)
Bâtiment 1, mur nord : relevé de peinture (cliché G. Poncet, Louvre)

À partir de 2008, tandis que les fouilles continuent dans le bâtiment 1, la fouille d’une nouvelle construction est entreprise dans le secteur des églises. Dès 2005, la prospection magnétique permet de repérer au sud de l’église sud une grande basilique qui est vraisemblablement, par ses dimensions et sa situation au centre du kôm, l’église principale du monastère. Cette église a été provisoirement nommée église D, car une portion de sa nef nord, désignée par la lettre D, apparaît sur un plan publié par E. Chassinat en 1911 (MIFAO XIII, pl. VII).

L’église D, construite dans la première moitié du VIIᵉ s. est une basilique à trois nefs de dimensions générales 21 x 40 m. Le sanctuaire est divisé en trois sections — le bêma et deux pièces latérales — et les nefs comptaient à l’origine deux séries de huit colonnes. Victime de tremblements de terre, son plan a été modifié à plusieurs reprises : une grande partie du mur nord a été reconstruit avec des remplois et certaines colonnes des nefs ont été englobées dans des piliers. L’église est sans doute érigée sur un cimetière. Les murs de l’église sont construits en briques cuites avec un parement extérieur en blocs de calcaire. Contrairement aux blocs qui sont laissés nus, le parement intérieur en briques a reçu un enduit de chaux, ainsi qu’un badigeon qui a disparu presque partout. Aux endroits où il est conservé subsistent des traces de couleur ou d’inscriptions et le grand nombre de fragments trouvés dans le sable qui recouvraient les ruines montre que l’intérieur de l’édifice était orné de peintures. Le décor architectural sculpté, tant en bois qu’en pierre, devait être riche et varié, si l’on en juge par le grand nombre de fragments d’épistyles, de frises, de chapiteaux et de jambages trouvés dans le sable qui recouvrait l’édifice.

Perspectives

Il s’agit dans l’immédiat de mener à son terme la fouille de la salle 7 du bâtiment 1 et de déterminer sa fonction. Compte tenu de la fragilité des structures, il n’est pas envisagé d’étendre plus avant les fouilles dans ce secteur. Les efforts des années à venir se porteront sur le dégagement et l’étude de l’église D et de ses abords immédiats.

Église D, vue sud (cliché G. Poncet, Louvre)
Église D, vue sud (cliché G. Poncet, Louvre)

Bibliographie des fouilles

Publications anciennes

  • Jean Clédat, «Notes archéologiques et philologiques», BIFAO 1, 1901, p. 87-91.
  • Jean Clédat, «Recherches sur le kôm de Baouît», CRAIBL 30, 1902, p. 525-546.
  • Jean Clédat, Le monastère et la nécropole de Baouît, MIFAO XII, 1 et 2, 1904.
  • Jean Clédat, «Nouvelles recherches à Baouît (Haute-Égypte). Campagnes 1903-1904», CRAIBL, 32, 1904, p. 517-527.
  • Charles Palanque, «Rapport sur les recherches effectuées à Baouît en 1903», BIFAO 5, 1906, p. 1-21.
  • Émile Chassinat, Fouilles à Baouît, MIFAO XIII, 1911.
  • Jean Maspero, «Rapport de M. Jean Maspero sur les fouilles entreprises à Bâouit», CRAIBL, 1913, p. 287-301.
  • Jean Clédat, Le monastère et la nécropole de Baouît, MIFAO XXXIX, 1916.
  • Gustave Schlumberger, «Les fouilles de Jean Maspero à Baouit en 1913», CRAIBL 1919, p. 243-248.
  • Jean Maspero, Fouilles exécutées à Baouît , (notes mises en ordre et éditées par Étienne Drioton), MIFAO LIX, 1 et 2, 1931 et 1943.

Publications récentes

  • Marie-Hélène Rutschowscaya, «Le monastère de Baouit. État des publications», Divitiae Aegypti : Koptologische und verwandte Studien zu Ehren von Martin Krause, Wiesbaden, 1995, p. 279-288.
  • Jean Clédat, Le monastère et la nécropole de Baouit, MIFAO 111, 1999 (notes mises en œuvre et éditées par Dominique Bénazeth Marie-Hélène Rutschowscaya).
  • Dominique Bénazeth, Thomasz Herbich, «Le kôm de Baouît : étapes d’une cartographie», BIFAO 108, 2008.

Liens internet

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