Bahariya
Nom du site : Bahariya الواحات البحرية
Noms anciens : wḥȝ.t mḥy.t, Psôbthis.
Direction : Frédéric Colin (Univ. Strasbourg II — UMR 7044 - Étude des civilisations de l'Antiquité).
Collaborations : Frédéric Adam (archéoanthropologue, AIPRA - Association Internationale pour la Promotion et la Recherche en Archéologie, INRAP), Fabrice Charlier (archéologue, Univ. Besançon), Elias Constas (céramologue, Univ. libre de Bruxelles), Alain Delattre (coptisant, FNRS), Catherine Duvette (architecte archéologue, CNRS, UMR 8167), Julie Gasc (céramologue, Univ. Paris X), Victor Ghica (coptisant, IFAO), Tomasz Herbich (prospection géophysique, Polish Academy of Sciences), Françoise Labrique (égyptologue, univ. Cologne), Damien Laisney (topographe, IFAO), Sylvie Marchand (céramologue, IFAO), Maria Mossakowska-Gaubert (spécialiste du verre, IFAO), Lionel Schmitt (égyptologue, univ. Strasbourg II — UMR 7044), Agnès Tricoche (archéologue, Univ. Paris X — UMR 7041 - ArScAN), Khaled Zaza (dessinateur, IFAO), Mohammed Ibrahim (photographe, IFAO), Johan Van Heesch (numismate, Cabinet des médailles de la KBR).
Institutions partenaires : CSA, Institut d’égyptologie de Strasbourg (CNRS UMR 7044), Institut d’égyptologie de Cologne.
Dates du chantier : fin mars-début mai.
La mission de l’IFAO à Bahariya s’attache depuis 1999 à étudier, sur le temps long (de la fin de l’Ancien Empire au Xe siècle de notre ère), l’histoire de la vaste dépression que les sources égyptiennes appelaient « l’oasis du nord » ; la géographie physique éloignait sa population du reste du monde en l’entourant d’un glacis aride dont le franchissement nécessitait du temps, des compétences et des moyens de transport spécifiques. Comment ces « insulaires du désert », dont l’environnement habitable était tributaire des possibilités limitées d’accès à l’eau, ont-ils occupé et développé le territoire oasien que les conditions naturelles mettaient à leur disposition ? Quelles configurations économiques, politiques et culturelles les habitants de Bahariya ont-ils adoptées localement et quels rapports entretenaient-ils avec les régions voisines (autres oasis, Égypte, Afrique septentrionale et méridionale) ? La concession demandée chaque année depuis 2000 au Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes englobe l’ensemble de la dépression, mais les travaux se sont plus précisément orientés vers une zone archéologiquement « stratégique » du nord de l’oasis, où se situait vraisemblablement « Psôbthis », le chef-lieu de Bahariya dans l’Antiquité.
Historique des fouilles
Qaret el-Toub
Le toponyme « Qaret el-Toub » est signalé sans commentaire sur un plan schématique publié par Ahmed Fakhry, mais le site n’avait jamais été mentionné ou étudié avant 1999, lorsque la mission de l’IFAO en a établi un plan topographique, avant d’en entreprendre la fouille en 2000. La nécropole fut utilisée de la fin de l’Ancien Empire/Première Période intermédiaire au Haut Empire romain. Lorsque la technique de l’adduction d’eau par des tunnels de drainage fut introduite dans l’oasis, un réseau hydraulique d’aqueducs souterrains fut implanté dans tout le secteur d’El-Qasr/Bawiti pour alimenter la palmeraie qui s’étendait au nord en contrebas du plateau gréseux. Une partie du dispositif traversait la nécropole et fut vraisemblablement réemployée pour l’approvisionnement en eau du fort construit par les ingénieurs romains au milieu des tombes. Inauguré sous Dioclétien et Maximien, en 288, pour abriter une unité de cavalerie auxiliaire dans le cadre d’un vaste programme militaire touchant l’ensemble de l’Égypte, cette fortification de briques crues fut par la suite occupée, entretenue et restaurée sans discontinuer jusqu’au Xe siècle de notre ère.
Qasr ‘Allam
Qasr ‘Allam, dont une photographie avait été publiée par Ahmed Fakhry, sans que le site ait fait l’objet d’une investigation archéologique, était jadis considéré comme un fort romain ou islamique et, malgré les données nouvelles révélées par les fouilles entreprises depuis 2002 par l’IFAO, le site dépend toujours de la section « islamique et copte » du CSA. Il est rapidement apparu que l’ensemble architectural devait appartenir à un grand domaine, qui drainait vraisemblablement une partie des activités économiques du nord de l’oasis. Les espaces fouillés et identifiés jusqu’à présent abritaient, au VIIIe/VIIe siècle, un habitat de fonction et des activités de production et de stockage. Au regard de ces caractéristiques, ainsi que de l’organisation, du nombre, des dimensions et de la qualité des constructions – qui supposent, dans cet environnement provincial, le patronage d’une puissante institution – il est vraisemblable que l’ensemble mis au jour constituait la cellule économique et logistique d’un important centre religieux. Mais le(s) temple(s) hypothétique(s) pour le fonctionnement desquels ces équipements étaient conçus ont disparu ou n’ont pas encore été identifiés : pour éclairer la nature du site, l’équipe de l’IFAO entre en quelque sorte par la porte de service, en étudiant les « cuisines » et les « communs » du domaine religieux, dont un important ensemble a échappé aux destructions largement causées par l’exploitation hydraulique intensive du secteur dans l’Antiquité. Les bâtiments sont en effet entourés d’un formidable réseau de structures fossiles de captation et d’adduction d’eau, puits, tunnels de drainage et de transport, chenaux et canalisations divers, qui exploitait jadis sur près de 90 hectares les réserves phréatiques contenues dans le substrat rocheux. Le système entretenu pendant des siècles a formé un véritable palimpseste d’aménagements hydrauliques qui se coupent, se succèdent, se reprennent. L’interprétation de ce paysage – dont l’origine remonte peut-être à la Troisième Période intermédiaire – pourrait poser des jalons importants pour l’histoire du développement agricole antique d’une région oasienne qui n’était pas dépendante du régime annuel de la crue du Nil et fut plus tôt que dans la vallée le terrain expérimental d’une agriculture fondée sur des dispositifs d’irrigation permanents.
ʿAyn el-Mouftella
Nous devons à Ahmed Fakhry le dégagement de quatre monuments d’époque saïte à ʿAyn el-Mouftella, numérotés dans l’ordre de leur découverte. Son manque de moyens en 1939 ne lui a cependant pas permis de travailler longtemps sur place ni d’en faire le relevé exhaustif, de sorte que la fonction de chaque pièce restait à définir. Les parois se sont ensuite fort dégradées sous l’action des vents et le CSA les a surmontées de toits et a procédé à des réparations en 2000.
Les parties décorées méritent un réexamen approfondi, car elles apportent de riches informations historiques et religieuses sur les cultes de Bahariya à l’époque du roi Amasis, que l’on peut aujourd’hui replacer dans un contexte de plus en plus large, notamment dans ses rapports avec la Vallée du Nil et avec l’oasis de Siwa. Alain Lecler et Mohamed Ibrahim Mohamed en ont assuré la couverture photographique en 2004. Une équipe IFAO constituée de Françoise Labrique (égyptologue) et de Khaled Zaza (dessinateur) en prépare le relevé épigraphique depuis 2003.
L’ensemble architectural ne se limite pas aux quatre « chapelles » de grès publiées par Fakhry. Deux d’entre elles, qui s’intègrent sur un même axe, constituent en réalité un seul complexe. Autour d’elles se développent des espaces circonscrits par des murs de briques crues ; on y trouve aussi des structures contemporaines du fort de Qaret el-Toub, témoignant d’une réoccupation romaine du site. Un relevé architectural complété par un relevé topographique rend compte de la disposition du bâti.
Les parois internes des chapelles étaient décorées de bas-reliefs peints sur au moins deux registres, mais il n’en reste le plus souvent qu’une partie du registre inférieur. Le commanditaire des travaux était le gouverneur de l’oasis Djedkhonsouiouefânkh, représenté plusieurs fois seul ou dans la suite d’Amasis, un notable qui a laissé de nombreuses traces de ses activités dans l’oasis et dont la tombe a été retrouvée récemment par le CSA, avec un matériel funéraire intact. Selon les hypothèses actuelles, l’aire s’appelait Oubekhet et avait les dieux Mahès et Bastet pour patrons. Les salles C 129 - C 130 rassemblent les familles divines objets de culte dans les alentours, les associant ainsi à la protection d’Osiris. Ces familles sont la marque de relations étroites avec Thèbes, Hérakléopolis, Bubastis. C 123 évoque le retour de la Déesse Lointaine. Entre C 129 - C 130, C 125 - C 126 avait sans doute une fonction mammisiaque. B 121 est un Château-de-l’Or, dans lequel on célèbre notamment le réveil d’Osiris.
Perspectives
La zone explorée, que l’on peut définir comme le « territoire de Psôbthis et ses satellites », constitue un ensemble géographique et historique cohérent, que la mission Bahariya étudie en croisant des perspectives « thématiques » (études par domaine d’activité, par périodes) et « topographiques » (monographies de site, archéologie du paysage dans sa globalité). Les structures en cours de dégagement livrent des contextes stratifiés de la fin de l’Ancien Empire/Première Période intermédiaire au Xe siècle de notre ère, et fournissent des données dans des domaines variés (pratiques funéraires, institutions religieuses, architecture domestique et militaire, production artisanale, exploitation des ressources naturelles, mise en valeur agricole du territoire). Les résultats de ces travaux contribueront à éclairer l’histoire de Bahariya, qui demeurait parmi les oasis les moins bien connues du désert occidental en raison de la rareté des recherches qui y ont été menées sur le terrain dans le courant du XXe siècle.
Bibliographie
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- Fr. Colin, « Un ex-voto de pèlerinage auprès d’Ammon dans le temple dit “d’Alexandre”, à Bahariya (désert Libyque) », BIFAO 97, 1997, p. 91-96.
- Fr. Colin, Les peuples libyens de la Cyrénaïque à l’Égypte d’après les sources de l’Antiquité classique, Mémoire de la classe des Lettres, Académie royale de Belgique 25 Bruxelles, 2000.
- Fr. Colin, « Un fort romain dans le désert d’Égypte », Pour la Science 295, 2002, p. 76-82.
- Fr. Colin, « Un temple en activité sous Domitien au Kôm al-Cheikh Ahmad (Bahariya) d’après une inscription grecque récemment découverte », BIFAO 104, 2004, p. 103-133.
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- Fr. Colin, compte rendu de J. Willeitner, Die ägyptischen Oasen. Städte, Tempel und Gräber in der Libyschen Wüste, Mainz, 2002, dans De Kêmi à Birît Nâri. Revue Internationale de l’Orient Ancien 2, 2004-2005, p. 204-206.
- Fr. Colin, « Kamose et les Hyksos dans l’oasis de Djesdjes », BIFAO 105, 2005, p. 35-47.
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- Fr. Colin, « Bahariya », dans L. Pantalacci, S. Denoix (éd.), « Travaux de l’Institut français d’archéologie orientale en 2005-2006 », BIFAO 106, 2006, p. 404-409.
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- Fr. Colin, Fr. Labrique, « “Semenekh Oudjat” dans l’oasis de Bahariya », dans Fr. Labrique (éd.), Religions méditerranéennes et orientales de l’Antiquité. Actes du colloque des 23-24 avril 1999, BiEtud, 135, Le Caire, 2002, p. 45-78.
- Fr. Colin, Fr. Labrique, « Recherches archéologiques dans l’oasis de Bahariya (2003) », Dialogues d’Histoire Ancienne 29/2, 2003, p.
- Fr. Colin, D. Laisney, S. Marchand, « Qaret el-Toub : un fort romain et une nécropole pharaonique. Prospection archéologique dans l’oasis de Bahariya 1999 », BIFAO 100, 2000, p. 145-192.
- Fr. Labrique, « Le catalogue divin de ‘Ayn el-Mouftella : jeux de miroir autour de “celui qui est dans ce temple” », BIFAO 104, 2004, p. 327-357.
- Fr. Labrique, « Ayn el Mouftella : Osiris dans le Château de l’Or (Mission IFAO à Bahariya, 2002-2004) », dans Chr. Cardin, J.-Cl. Goyon (éd.), Actes du Neuvième Congrès Internantional des égyptologues, 6-12 sept. Grenoble 2004, OLA 150, 2007, p. 1061-1070.
- A. Fakhry, Bahria Oasis, Le Caire, 1942 et 1950.

