Bahariya
Nom du site: Bahariya الواحات البحرية
Noms anciens: wḥȝ.t mḥy.t, Psôbthis.
Direction: Frédéric Colin (égyptologue, univ. de Strasbourg, CNRS-UMR 7044).
Collaborations: Frédéric Adam (archéoanthropologue, AIPRA, INRAP), Alain Delattre (coptisant, univ. libre de Bruxelles); Catherine Duvette (architecte archéologue, CNRS - UMR 7044); Bruno Gavazzi (géologue et archéologue, univ. de Strasbourg, CNRS - UMR 7044 et CNRS - UMR 7516); Françoise Labrique (égyptologue, univ. de Cologne); Sylvie Marchand (céramologue, IFAO); Marc Munschy (physicien des observatoires, univ. de Strasbourg, CNRS - UMR 7516); Olivier Onézime (topographe, IFAO); Gaël Pollin (photographe, IFAO); Khaled Zaza (dessinateur, IFAO).
Institutions partenaires :
- MSA;
- Institut d’égyptologie;
- Institut de physique du globe de l’université de Strasbourg, CNRS - UMR 7044 et UMR 7516, INRAP.
Dates du chantier : fin mars-début mai.
La mission de l’Ifao à Baḥariya s’attache à étudier, sur le temps long (de la fin de l’Ancien Empire au Xᵉ siècle de notre ère), l’histoire de la vaste dépression que les sources égyptiennes appelaient « l’oasis du nord » ; la géographie physique éloignait sa population du reste du monde en l’entourant d’un glacis aride dont le franchissement nécessitait du temps, des compétences et des moyens de transport spécifiques. Comment ces « insulaires du désert », dont l’environnement habitable était tributaire des possibilités limitées d’accès à l’eau, ont-ils occupé et développé le territoire oasien que les conditions naturelles mettaient à leur disposition ? Quelles configurations économiques, politiques et culturelles les habitants de Bahariya ont-ils adoptées localement et quels rapports entretenaient-ils avec les régions voisines (autres oasis, Égypte, Afrique septentrionale et méridionale) ? La concession demandée chaque année au Ministère d'État des Antiquités égyptiennes englobe l’ensemble de la dépression, mais les travaux se sont plus précisément orientés vers une zone archéologiquement « stratégique » du nord de l’oasis, où se situait vraisemblablement « Psôbthis », le chef-lieu de Baḥariya dans l’Antiquité.
Historique des fouilles
Qaret el-Toub
Le toponyme « Qaret el-Toub » est signalé sans commentaire sur un plan schématique publié par Ahmed Fakhry, mais le site n’avait jamais été mentionné ou étudié avant 1999, lorsque la mission de l’Ifao en a établi un plan topographique, avant d’en entreprendre la fouille en 2000. La nécropole fut utilisée de la fin de l’Ancien Empire/Première Période intermédiaire au Haut-Empire romain. La qualité de conservation des assemblages confère à ce vaste gisement funéraire le statut de site de référence pour l’étude diachronique des populations qui habitaient le chef-lieu ancien de l’oasis. Lorsque la technique de l’adduction d’eau par des tunnels de drainage fut introduite dans l’oasis, un réseau hydraulique d’aqueducs souterrains fut implanté dans tout le secteur d’El-Qasr/Bawiti pour alimenter la palmeraie qui s’étendait au nord en contrebas du plateau gréseux. Une partie du dispositif traversait la nécropole et fut vraisemblablement réemployée pour l’approvisionnement en eau du fort construit par les ingénieurs romains au milieu des tombes. Inauguré sous Dioclétien et Maximien, en 288, pour abriter une unité de cavalerie auxiliaire dans le cadre d’un vaste programme militaire touchant l’ensemble de l’Égypte, cette fortification de briques crues fut par la suite occupée, entretenue et restaurée sans discontinuer jusqu’au Xe siècle de notre ère.
Qasr ‘Allam

Qasr ‘Allam était jadis considéré comme un fort romain ou islamique, mais les travaux menés par l’Ifao ont montré que l’ensemble architectural construit sur le site devait appartenir à un grand domaine religieux d’époque pharaonique – probablement le «domaine d’Amon» (pr-ỉmn), en activité depuis l’époque libyenne jusqu’à l’époque éthiopienne, et peut-être jusqu’au début de la Basse Époque. D’après les résultats des campagnes 2010 et 2012, le développement de la partie préservée de l’espace bâti a connu deux périodes principales: la première commence dans le courant du IXᵉ siècle, avec la construction d’une enceinte qui entourait un temple ou un complexe abritant des activités de stockage et d’ateliers (peut-être un Trésor?). À ce noyau se sont agglutinés d’autres espaces de service et un habitat de fonction. La deuxième période, qui prend place au sein du VIIIᵉ/VIIᵉ siècle, se manifesterait par un changement d’échelle spectaculaire de la surface couverte par le domaine religieux. Le noyau initial du site est recouvert par une plate-forme à caissons de plus de 4 m d’élévation conservée, soubassement d’un édifice disparu qui ne constituait sans doute qu’une annexe d’un centre de gravité désormais déplacé vers l’ouest. D’après ce scénario, le ou les temples se situeraient à cette époque sous une vaste nappe de sable accumulée après l’abandon de l’habitat, dans une plaine dont la surface actuelle ne permet aucunement de détecter à vue ou par satellite la présence de bâtiments. Seules les méthodes de prospection géophysiques, complétées par des sondages ciblés, ont jusqu’à présent montré leur efficacité pour repérer des structures anthropiques dans ce terrain difficile.
Ces techniques contribuent également à éclairer la hiérarchie du dispositif hydraulique ancien caractérisant le paysage de Qasr ‘Allam, qui est parcouru par un formidable réseau de structures fossiles de captation et d’adduction d’eau, puits, tunnels de drainage et de transport, chenaux et canalisations divers. Les premiers indices d’un fonctionnement d’une partie de cet ensemble parallèlement au domaine religieux invitent à s’interroger sur l’ancienneté du système d’irrigation et sur le rôle joué par le réservoir d’eau naturel dans l’implantation initiale de l’habitat : les propriétés hydrogéologiques de la zone nommée El-‘Ayun « Les sources » dans la toponymie locale sont-elles à l’origine de l’installation du plus grand complexe cultuel actuellement identifié à Baḥariya?
Dans les ruines de l’habitat, enfin, les campagnes 2009 et 2010 ont révélé la présence d’un cimetière abritant des sépultures collectives où s’observent des associations de canidés et d’humains, en particulier des enfants, dans des conditions et à une échelle totalement inédites. L’étude de ce gisement inhabituel pose de nombreuses questions, aussi bien épistémologiques qu’historiques: l’originalité apparente de ces pratiques funéraires en contexte égyptien est-elle réelle ou ce phénomène n’a-t-il jamais été observé auparavant parce que les éventuels contextes analogues n’ont pas été fouillés au moyen de méthodes adéquates? Grâce au croisement des données égyptologiques, papyrologiques, classiques, archéozoologiques et archéoanthropologiques, quelle contribution l’étude du gisement de Qasr ‘Allam apportera-t-elle à l’anthropozoologie de l’Égypte ancienne?
ʿAyn el-Mouftella
Nous devons à Ahmed Fakhry le dégagement de quatre monuments d’époque saïte à ʿAyn el-Mouftella, numérotés dans l’ordre de leur découverte. Son manque de moyens en 1939 ne lui a cependant pas permis de travailler longtemps sur place ni d’en faire le relevé exhaustif, de sorte que la fonction de chaque pièce restait à définir. Les parois se sont ensuite fort dégradées sous l’action des vents et le MSA les a surmontées de toits et a procédé à des réparations en 2000.
Les parties décorées méritaient un réexamen approfondi, car elles apportent de riches informations historiques et religieuses sur les cultes de Bahariya à l’époque du roi Amasis, que l’on peut aujourd’hui replacer dans un contexte de plus en plus large, notamment dans ses rapports avec la Vallée du Nil et avec l’oasis de Siwa. Alain Lecler et Mohamed Ibrahim Mohamed en ont assuré la couverture photographique en 2004. Le relevé épigraphique, que Françoise Labrique (égyptologue) et Khaled Zaza (dessinateur) ont commencé en 2003, est en voie d’achèvement.
Perspectives
Le projet du quinquennal 2012-2016 consistera à étudier l’histoire de Psôbthis, chef-lieu antique de l’oasis de Baḥariya, et les caractéristiques humaines et culturelles de sa population en se concentrant sur trois thèmes:
- Les particularités des pratiques funéraires de cette population excentrée, mais néanmoins en contact avec les autres oasis et la vallée du Nil. L'approche sera renouvelée en confrontant l’image «idéale» issue des sources classiquement étudiées par les égyptologues aux données produites par les méthodes actuelles de l’archéo-anthropologie. Points forts:
- la mise en évidence de pratiques funéraires originales dans le cimetière de Qasr ‘Allam, qui n’avaient jamais été observées en Égypte, ni quantitativement, ni qualitativement (tombes collectives d’humains immatures et de canidés);
- la comparaison des faciès funéraires locaux avec les données issues de sites contemporains (ex. la fin de l’Ancien Empire à Qaret el-Toub, Balat, Éléphantine).
- Les traces matérielles des lieux de culte et de leurs dépendances. Des indices commencent à suggérer que les secteurs actuellement fouillés à Qasr ‘Allam ne constitueraient qu’un segment périphérique d’un ensemble cultuel beaucoup plus vaste, comparable à certains centres religieux de chefs-lieux provinciaux de la vallée du Nil. On cherchera à confirmer ou infirmer cette hypothèse en combinant fouille des espaces conservés en élévation, prospection géophysique et sondages d’interprétation des anomalies magnétiques. En outre, les relevés architecturaux de Mouftella seront complétés en vue de la publication du temple, dont l’étude épigraphique est achevée.
- Les réseaux hydrauliques fossiles et leurs interactions avec les autres systèmes fonctionnels occupant les mêmes espaces (habitats, cimetières). La combinaison de prospections géophysiques et de sondages ciblés permettra de préciser la chronologie de réseaux dont l’imagerie satellitale révèle par ailleurs la structure sur de grandes surfaces, afin de contribuer à l’histoire de l’agriculture irriguée dans l’Égypte pharaonique.
Bibliographie
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- G. Castel, P. Tallet, «Les inscriptions d’El-Harra, oasis de Bahareya », BIFAO 101, 2001, p. 99-136.
- Fr. Colin, «Un ex-voto de pèlerinage auprès d’Ammon dans le temple dit “d’Alexandre”, à Bahariya (désert Libyque)», BIFAO 97, 1997, p. 91-96.
- Fr. Colin, Les peuples libyens de la Cyrénaïque à l’Égypte d’après les sources de l’Antiquité classique, Mémoire de la classe des Lettres, Académie royale de Belgique 25 Bruxelles, 2000.
- Fr. Colin, «Un fort romain dans le désert d’Égypte», Pour la Science 295, 2002, p. 76-82.
- Fr. Colin, «Un temple en activité sous Domitien au Kôm al-Cheikh Ahmad (Bahariya) d’après une inscription grecque récemment découverte», BIFAO 104, 2004, p. 103-133.
- Fr. Colin, «Qasr‘Allam : a Twenty-Sixth Dynasty settlement», Egyptian Archaeology 24, 2004, p. 30-33.
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- Fr. Colin (dir.), F. Charlier, Fr. Colin, L. Delvaux, L. Hapiot, J.-L. Heim, S. Marchand, M. Mossakowska-Gaubert, J. Van Heesch, avec la collaboration de C. Duvette, Baḥariya I. Le fort romain de Qaret el-Toub I, FIFAO 62, Le Caire, 2012.
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- Fr. Colin, Fr. Labrique, «“Semenekh Oudjat” dans l’oasis de Baḥariya», dans Fr. Labrique (éd.), Religions méditerranéennes et orientales de l’Antiquité. Actes du colloque des 23-24 avril 1999, BiEtud, 135, Le Caire, 2002, p. 45-78.
- Fr. Colin, Fr. Labrique, «Recherches archéologiques dans l’oasis de Bahariya (2003)», Dialogues d’Histoire Ancienne 29/2, 2003, p. 165-185.
- Fr. Colin, D. Laisney, S. Marchand, «Qaret el-Toub : un fort romain et une nécropole pharaonique. Prospection archéologique dans l’oasis de Bahariya 1999», BIFAO 100, 2000, p. 145-192.
- Fr. Labrique, «Le catalogue divin de ‘Ayn el-Mouftella: jeux de miroir autour de “celui qui est dans ce temple”», BIFAO 104, 2004, p. 327-357.
- Fr. Labrique, «Ayn el Mouftella : Osiris dans le Château de l’Or (Mission IFAO à Bahariya, 2002-2004)», dans Chr. Cardin, J.-Cl. Goyon (éd.), Actes du Neuvième Congrès Internantional des égyptologues, 6-12 sept. Grenoble 2004, OLA 150, 2007, p. 1061-1070.
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- Fr. Labrique, «Les divinités thébaines dans les chapelles saïtes d'Ayn el-Mouftella», dans A. Delattre, P. Heilporn (éd.), «Et maintenant, ce ne sont plus que des villages…». Thèbes et sa région aux époques hellénistique, romaine et byzantine, Actes du Colloque tenu à Bruxelles les 2 et 3 décembre 2005, Papyrologica Bruxellensia 34, Bruxelles 2008, p. 3-16, pl. I-III.
- Fr. Labrique, «La salle aux Bès géants à Mouftella: une lecture de pieds», dans D. Devauchelle (éd.), La XXVIᵉ dynastie continuités et ruptures. Actes du Colloque international organisé les 26 et 27 novembre 2004 à l'Université Charles-de-Gaulle – Lille 3. Promenade saïte avec Jean Yoyotte, Paris, 2011, p. 185-186.
- A. Rougeulle, S. Marchand, «Des siga sur la côte du Hadramawt (Yémen), témoins d’une attaque navale?», CCE 9, 2011, p. 437-460 (contribution de S. Marchand sur les siga égyptiennes, en particulier à Qasr ‘Allam).
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