Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

ʿAyn-Soukhna


flèche chronologique de -2500 à -2400 et de -2000 à -1800 env.

Nom du site : ʿAyn-Soukhna العين السٌخنة

Responsables : Mahmoud Abd el-Raziq (université du Canal, Ismaïlia), Georges Castel (architecte, archéologue, IFAO), Pierre Tallet (égyptologue, Univ. Paris IV-Sorbonne).

Collaborations : Grégory Marouard (archéologue, université de Poitiers), Virpi Perunka (céramologue, université de Liverpool), Philippe Fluzin (archéométallurgiste, UMR 5060), Patrice Pomey (CNRS, Centre Camille Jullian), Alain Lecler, Ihab M. Ibrahim (photographes, IFAO).

Institutions partenaires : CSA, Université du Canal – Ismaïlia ; UMR 8152 Univ. Paris IV/CNRS/Collège de France ; CNRS UMR 5060.

Sponsors : Électricité de France (2003-2007), Total-Égypte (2001-2008), Air Liquide (2005-2008), Gaz de France (2007-2008), Société du métro du Caire – ligne 3 (2008).

Dates du chantier : septembre-octobre.

ʿAyn-Soukhna - plan masse du site
ʿAyn-Soukhna - plan masse du site.

ʿAyn-Soukhna se trouve sur la côte ouest du golfe de Suez, à une distance d’environ 120 km de la région du Caire. Le nom du site signifie en arabe « source chaude » et désigne des résurgences d’eau sulfureuse qui se trouvent à proximité des vestiges archéologiques. Une implantation d’époque pharaonique y a été découverte en 1999 grâce à la présence de très nombreuses inscriptions hiéroglyphiques, gravées sur les rochers à cet endroit, qui signalaient une occupation importante au deuxième millénaire av. J.-C. Des fouilles archéologiques, engagées sur le terrain depuis 2001, ont progressivement permis de mieux comprendre quelles étaient, dans l’Antiquité, les différentes utilisations de cette implantation. Exploité, sans doute à une époque très ancienne, pour des gisements de cuivre relativement modestes, il semble en effet que ce site ait par la suite régulièrement été occupé par des expéditions se dirigeant vers des objectifs plus lointains, notamment vers la péninsule du Sinaï dont les Égyptiens exploitaient les ressources en cuivre et en turquoise. Le développement actuel des travaux à cet endroit met en valeur l’existence d’un centre logistique important, aux fonctions multiples. En raison des nombreuses menaces qui pèsent sur le site (aménagement touristique et industriel de la région), il faut souligner que les travaux menés à ʿAyn-Soukhna ont clairement le caractère d’une fouille de sauvetage.

Historique des fouilles

ʿAyn-Soukhna - le bâtiment adossé
Fig. 1. Le bâtiment adossé.

Les fouilles sur le site d’ʿAyn-Soukhna ont été entreprises en 2001, notamment dans le petit cirque naturel qui est surplombé par les inscriptions pharaoniques. Elles ont rapidement mis en évidence la présence de neuf galeries, creusées dans une couche de schiste assez tendre. La forme qu’observent ces cavités – qui ont été taillées de façon identique, ont la même extension (une vingtaine de mètres) et sont strictement parallèles les unes aux autres –, semble indiquer qu’elles ont dès l’origine été conçues comme un système élaboré d’entrepôts de grande taille. De cet ensemble se détachent trois boyaux [G4, G5 et G7] dont les entrées ont à l’origine été entourées d’un bâtiment rectangulaire de 15 x 5 m, délimitant ainsi une pièce équipée d’un toit, soutenu par des poteaux [fig. 1]. Une unique entrée, relativement étroite et s’ouvrant du côté est, permettait d’accéder à l’ensemble de ce complexe. De nombreuses empreintes de sceaux, faisant apparaître les noms de rois des IVe et Ve dynasties, démontrent l’ancienneté de cette installation.

ʿAyn-Soukhna - Galerie 2 avec restes d’un bateau carbonisé
Fig. 2.Galerie 2 avec restes d’un bateau carbonisé.

Il est possible que deux autres galeries (G 9 et G 2) aient été dès l’origine destinées à un autre usage, celui d’entreposer des bateaux qui, entre deux expéditions, pouvaient être laissés en attente sur le site. Cette fonction est en tout cas bien attestée pour l’époque suivante, le Moyen Empire. En effet, au cours des campagnes de 2006 à 2008, ont été dégagés les vestiges d’une embarcation d’une quinzaine de mètres qui avait été démontée puis rangée soigneusement dans la galerie G2 [fig. 2]. L’incendie probablement volontaire de cette structure a paradoxalement permis sa conservation partielle jusqu’à nos jours : l’intensité du feu ayant fait tomber sur ces vestiges la voûte de la galerie qui, interrompant la combustion, a également scellé ce contexte archéologique. Au cours de la campagne de 2008, d’autres vestiges d’embarcation ont également été découverts dans la galerie adjacente (G9).



Les installations du kôm 14
Fig. 3. Les installations du kôm 14.

D’autres installations importantes en relation avec les expéditions se trouvent en contrebas du site, sur un promontoire naturel proche de la mer. À cet endroit ont été dégagés les vestiges de plusieurs bâtiments successifs, dont le plus important remonte à l’Ancien Empire [photo 3]. Autour d’un bâtiment carré, qui semble constituer le noyau initial du complexe, une dizaine de salles et de corridors se sont progressivement ajoutés. L’ensemble devait, dans son dernier état, revêtir l’aspect d’une installation en terrasse, s’adaptant au relief du terrain et couvrant une surface de 600 m2 environ. En contrebas de cette éminence, à un niveau se rapprochant de celui de la mer, deux descenderies, en cours de dégagement, sont probablement des installations portuaires.

ʿAyn-Soukhna a également été occupé, à une époque bien circonscrite de son histoire, par un ensemble spectaculaire d’ateliers métallurgiques [fig. 4 et 5]. Ces installations se retrouvent sur la quasi-totalité du site, aussi bien au pied de la montagne, sur des versants exposés au vent, que dans la partie basse du site, à proximité de la côte : plus de 50 bas fourneaux fonctionnant grâce à une ventilation naturelle ont à l’heure actuelle été étudiés. Leur état de préservation exceptionnel permet de mieux comprendre quelles étaient les techniques utilisées au Moyen Empire pour obtenir du cuivre à partir de la malachite. Il est vraisemblable que ce minerai était, à cette époque, importé de la péninsule du Sinaï. Parallèlement à la fouille archéologique, des expériences ont été menées au moyen de répliques de ces fours pour restituer l’ensemble du déroulement de la chaîne opératoire du cuivre.

Atelier métallurgique du ouadi 2 - est
Fig. 4. Atelier métallurgique du ouadi 2 - est.
Ateliers et habitat, secteur S 25
Fig. 5. Ateliers et habitat, secteur S 25.

Perspectives

Les prochaines années de fouilles sur le site ont pour objectif :

  • La poursuite du dégagement de la partie haute du site, avec notamment la fouille des dernières galeries qui s’y trouvent (G1, G6 et G9) ;
  • La fouille d’un important complexe artisanal du Moyen Empire dans la partie basse du site. Les activités métallurgiques semblent en effet y être imbriquées avec celles de la vie quotidienne dans le cadre d’un village qui s’étend sur près d’un hectare.
  • La poursuite de la fouille au pied du kôm 14, où semblent se trouver d’importantes installations portuaires clairement datées par leur contexte archéologique de l’Ancien Empire.
  • La poursuite des expériences de restitution des techniques métallurgiques anciennes.

Bibliographie

  • M. Abd el-Raziq, G. Castel, P. Tallet, V. Ghica, Les inscriptions d’Ayn Soukhna, MIFAO 122, Le Caire, 2002.
  • M. Abd el-Raziq, G. Castel, P. Tallet, « Dans le golfe de Suez, les mines de cuivre d’Ayn Soukhna », Archéologia 414, 2004, p. 10-21.
  • M. Abd el-Raziq, G. Castel, P. Tallet, « Ayn Soukhna et la mer Rouge », Égypte, Afrique et Orient 41, 2006, p. 3-6.
  • M. Abd el-Raziq, G. Castel, P. Tallet, « L’exploration archéologique du site d’Ayn Soukhna (2001-2004), dans J.-Cl. Goyon, Chr. Cardin (éd.), Proceedings of the Ninth International Congress of Egyptologists, OLA 150, Louvain, 2007, p. 61-68.
  • M. Abd el-Raziq, G. Castel, P. Tallet, G. Marouard, Ph. Fluzin, « Le cuivre des pharaons », La Recherche 413, novembre 2007, p. 46-50.