Institut français
d’archéologie orientale du Caire

IFAO

Opérations scientifiques en cours

liste des opérations


24121

BIAHMU



lien IdRef 🔗 Ministère du Tourisme et des Antiquités (MoTA)


lien IdRef Simon ConnorMembre Scientifique, ChercheurIFAO
lien IdRef Mohamed GabertopographeIFAO
lien IdRef Valentina Gasperiniarchéologue, CéramologueIFAO
lien IdRef Tomasz HerbichgéophysicienIAEPAN
Eid Rezk Nagy MertahRestauration, Boursier doctorantMinistère du Tourisme et des Antiquités ; Musée égyptien du Caire
Ashraf SobhyChef inspecteur des antiquités pharaoniques et gréco-romaines du Fayoum, Co-directeur de la mission BiahmuMinistère du Tourisme et des Antiquités
lien IdRef Hourig SourouzianDeutsches Archäologisches Institut

Cette mission archéologique franco-égyptienne sur le site de Biahmu, dans la région du Fayoum, codirigée par Simon Connor et Ashraf Sobhy (Administration générale des antiquités égyptiennes et gréco-romaines du Fayoum), a pour objectif d’engager une approche globale associant conservation, documentation et réévaluation scientifique du site.
Conformément aux directives du Comité permanent, les travaux de terrain portent sur l’identification et la cartographie des risques affectant le site, l’élaboration de stratégies de conservation et de recherche, ainsi que le lancement des premières opérations de nettoyage, de conservation et de documentation des deux bases monumentales. Ces actions s’inscrivent dans une relecture critique des études antérieures, notamment celles menées par W. M. F. Petrie à la fin du XIXᵉ siècle et par L. Habachi au milieu du XXᵉ siècle.

Situé à 7 km au nord de Médinet el-Fayoum, le site de Biahmu conserve les vestiges d’un ensemble architectural exceptionnel, dont l’utilisation s’étend du règne d’Amenemhat III (vers 1800 av. J.-C.) à l’époque ptolémaïque. À l’origine, deux statues colossales du souverain, hautes d’environ 12 m, étaient installées sur de vastes podiums en blocs de calcaire atteignant 7 à 8 m de hauteur. Les sources antiques, notamment Hérodote, Diodore de Sicile et Pline l’Ancien, décrivent ces statues comme se dressant "sur des pyramides" et "au milieu du lac", suggérant une interaction étroite entre le monument et le paysage lacustre ancien, alors que le lac Qarun occupait une superficie bien plus étendue qu’aujourd’hui. Des sources médiévales attestent que les statues étaient encore visibles au XIIIᵉ siècle, avant leur destruction progressive, tandis que leurs socles monumentaux sont demeurés en place.

Les investigations anciennes ont permis la découverte de fragments statuaires et architecturaux, principalement en quartzite et en granit, dont une partie aurait été réenfouie sur le site. Les observations préliminaires de la mission actuelle remettent en question certaines restitutions proposées par Petrie, notamment l’organisation des enceintes et des circulations autour des podiums.

Face aux menaces contemporaines — extension du village moderne, irrigation intensive et instabilité des structures — la mission a défini trois objectifs majeurs : assurer la préservation du site, restituer autant que possible son organisation originelle à l’époque d’Amenemhat III, et retracer l’évolution du monument sur le long terme.

Dans cette perspective, plusieurs interventions sont proposées : la restauration architecturale par le remontage des blocs de calcaire dont la position d’origine peut être déterminée avec certitude, sous la supervision d’un architecte-restaurateur spécialisé ; et la mise en œuvre de fouilles archéologiques ciblées afin de dégager, documenter et étudier les blocs partiellement enfouis, ainsi que de localiser les fragments réenterrés lors des campagnes anciennes. Ces opérations permettront d’évaluer les modalités de conservation des blocs, soit en magasin, soit sur le site, en vue d’une éventuelle restitution future des monuments.
Les résultats contribueront également à préciser le rôle éventuel des statues colossales dans le processus de divinisation posthume d’Amenemhat III à l’époque ptolémaïque.
Enfin, les données environnementales recueillies joueront un rôle déterminant dans la compréhension de la fonction originelle du site, replacé dans son contexte paysager et hydrologique.