Recherche comparatiste sur les mystiques juive, chrétienne et musulmane, dans le Proche-Orient médiéval, VIIIe-XVIe siècles
Référents scientifiques du projet : Alberto Ventura, Paul B. Fenton, Antonio Rigo
Responsables scientifiques :
- Samuela Pagani (Univ. de Lecce) pour la mystique musulmane ;
- Mireille Loubet (CPAF–CNRS–UMR 6125) pour la mystique juive ;
- Antonio Rigo (Univ. De Venise) pour la mystique chrétienne
Coordinateur scientifique : Giuseppe Cecere (Univ. de Pise)
Partenariats :
- Le Centre Paul Albert Février et l’IREMAM (CNRS–UMR 6125 Et UMR 6568) dans le cadre de leur programme transversal sur « Une approche comparatiste des trois monotheismes » ;
- Les universités de Pise, Lecce et Naples (Universita di Napoli L’Orientale, Uno) ;
- L’Institut Français du Proche-Orient à Damas ;
- L’université de Venise ;
- L’Institut Français d’Études Anatoliennes à Istanbul (IFEA)
Objet et cadre spatio-temporel de la recherche
Ce programme de recherche vise à une étude comparée des spiritualités juives, chrétiennes et musulmanes, fondée sur des thèmes qui leur sont communs, dans le cadre spatial et temporel de l’Égypte et du Bilâd al-Shâm, durant l’époque particulièrement féconde du développement des courants mystiques en cette région, de l’apparition de l’islam jusqu’au début de l’époque ottomane.
La démarche comparatiste induit une exigence de cohérence et de diversité. Le choix spatio-temporel proposé, répond à ce double impératif et place en outre notre objet, les mystiques, dans un contexte multiculturel et plurilinguistique, en situation de domination pour l’une (l’islam), de minorité pour les deux autres (le judaïsme et le christianisme). Dans cette perspective, il conviendra de considérer les corpus en arabe, syriaque, grec, copte, hébreu, judéo-arabe…
Champ de la recherche : la mystique produit d’une expérience individuelle et d’un contexte socio-historique
La mystique, en tant que recherche et expérience d’une relation directe et personnelle avec le divin, est un phénomène complexe à la fois intime et partagé, atemporel et historiquement déterminé.
Cette complexité relève d’une part de la dimension intime de l’expérience vécue, inexprimable et inaccessible à l’investigation historique et, d’autre part, de sa dimension publique lorsqu’elle est livrée par celui qui la vit. Celui-ci, pour la formuler, doit se tourner vers les représentations du monde développées dans sa communauté, selon la tradition religieuse et linguistique qui lui est propre. Mais, par l’influence qu’elle exerce sur ce complexe d’idées religieuses et cette vision du monde, l’expérience vécue, qu’elle soit individuelle ou collective, se trouve confrontée aux croyances héritées, confrontation d’autant plus forte que se manifeste le besoin, voire le devoir, d’en faire part à autrui. En outre, elle peut venir s’ajouter à des tendances religieuses déjà existantes et structurées, produits d’expériences antérieures. Ainsi, la mystique devient un facteur potentiel, parfois puissant, de rénovation d’une tradition culturelle et d’une société, tant en ce qui concerne les idées religieuses et morales, que les pratiques cultuelles, le langage, les relations sociales.
Si les expériences de relation personnelle et directe avec le divin sont observables à toute époque et en toute latitude, elles sont néanmoins déterminées historiquement et sociologiquement dans leur interprétation et formes d’expression. L’expérience mystique n’émerge pas hors contexte, elle prend place au cœur d’un groupe religieux, pourvu de courants diversement élaborés et dans une société où coexistent des traditions spécifiques à d’autres communautés.
Ces multiples aspects rendent manifeste l’intérêt d’une recherche sur les expériences et mouvements mystiques apparus dans les trois monothéismes et sur les situations de contact entre les individus et communautés religieuses d’une société plurielle que peuvent révéler les sources documentaires.
Cadre méthodologique de la recherche : la démarche comparatiste
Nous proposons une comparaison, dans un cadre spatio-temporel défini et sur un objet commun aux trois monothéisme, à savoir les phénomènes mystiques, des expériences personnelles et des pratiques sociales, des éléments doctrinaux et des institutions, des productions textuelles des acteurs et des milieux touchés par ce phénomène.
Cette démarche comparatiste permet d’une part de dégager les modalités d’existence de l’objet concerné, ici le fait mystique, dans les différentes communautés d’une même société, et cela à plusieurs niveaux d’analyse : le rapport entre la mystique et la religion officielle d’un groupe, les relations intercommunautaires, la perception des évènements historiques communs, etc.
D’autre part, cette démarche comparatiste permet de mettre en lumière les modalités de la pluralité caractéristique de la société étudiée, en particulier les phénomènes de croisements culturels dans les situations de contact.
Les perspectives comparatistes porteront soit sur des thèmes précis, soit sur des axes transversaux impliquant plusieurs thèmes (exemple, le thème du « fou de Dieu » peut relever d’une analyse typologique, mais aussi de l’expérience du divin et, dans certains cas, de la relation au pouvoir politique). Une attention particulière sera portée aux situations de contact entre les deux ou trois monothéismes dans un temps et lieu donné. L’étude de ces situations pourra elle-même appeler à des comparaisons.
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