Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Moines autour de la Méditerranée

Contacts, échanges, influences entre l’Orient et l’Occident de l’antiquité tardive au Moyen Âge (IVᵉ-XVᵉ siècle)

Responsables: Olivier Delouis (CNRS - UMR 8167: Orient et Méditerranée) ; Maria Mossakowska-Gaubert (chercheur associé, IFAO) ; Annick Peters-Custot, univ. de Lyon / univ. de Saint-Étienne, CNRS-UMR 8584: CERCOR-LEM, .

Partenariats institutionnels:

Les questions de la diffusion et de la transmission des idées, des influences réciproques et des échanges d’expérience entre milieux ascétiques étaient au cœur de l’étude sur «La vie quotidienne des moines en Orient et en Occident (IVᵉ-Xᵉ siècle)» dans le cadre du programme réalisé en 2008-2011, en collaboration entre l’Ifao, l’UMR 8167 et l’EfA. C’est pourquoi la thématique des échanges et des contacts dans le monde monastique méditerranéen a paru être une prolongation évidente de ce premier programme.

Si le moine bat en retraite (au sens premier de l’anachorèse) pour fuir le monde, ce mouvement originel donne naissance à une autre figure du monachisme, qui assure la fuite du monde en remplaçant la retraite individuelle (en réalité pratiquée souvent dans les communautés semi-anachorétiques) par une clôture en un lieu fixe, le monastère.

Pourtant, selon le témoignage des sources antiques et médiévales, le moine se contente rarement de cette immobilité. De fait, il est amené à voyager pour de nombreuses raisons : écouter la «parole» d’un Ancien, suivre un exemple ou, au contraire, conseiller ou réformer une communauté voisine, et aussi assurer sa vie matérielle et celle de sa communauté (voyages d’affaires, négociation de privilèges fiscaux). Le moine est également pèlerin, lorsqu'il pérégrine pour vénérer des reliques ou se rendre dans des sanctuaires guérisseurs. Il est encore évangélisateur, ambassadeur, diplomate, médiateur et négociateur dans les guerres civiles. Le moine peut également être contraint à certains déplacements: punitions, invasions, changement de monastère ou d’ordre, ou s’expatrier…

Le moine est en outre un lien social: figure de civilité auprès de communautés proches, figure de contrôle et d’inspection (des métochia-prieurés, des abbayes-filles). Plus largement, il est figure d’autorité pour la société: le saint homme – le plus souvent un saint moine – voit les foules venir à lui ou bien se déplace auprès d’individus qu’il dirige spirituellement. L’errance, par ailleurs, est une ascèse en soi: vie apostolique de sans-abri, mendicité, folie en Christ; mais de l’errance au vagabondage, voire à l’hétérodoxie et à l’apostasie, les chemins se croisent: comment savoir si le moine errant est orthodoxe ? Comment l’évêque peut-il s’y retrouver, le contrôler?

Enfin, se substituant au déplacement physique, l’échange épistolaire, trivial ou spirituel, joue un rôle important à l’échelle locale comme à longue distance: la lettre monastique est un genre à mieux connaître.

Le deuxième volet de ce programme rejoint plus précisément les préoccupations liées à celui sur la vie quotidienne: il s’agit du voyage des idées, des règles, des usages ou des gestes monastiques. Pour cela, les monachismes autour de la Méditerranée doivent être étudiés non tant spécifiquement que dans leurs relations et leurs interconnections. Les différents supports qui permettent aux idées de voyager doivent être abordés: production de manuscrits voués à l’exportation, traduction d’œuvres de référence ou de règles nouvelles.

Ce programme scientifique s’adresse aux historiens, historiens de l’art, philologues et archéologues qui travaillent sur le monachisme dans les différentes régions de la Méditerranée, tant en Orient qu’en Occident, et durant un long Moyen-Âge du IVᵉ au XVᵉ siècle.

Actions et publications prévues:

Deux colloques (Rome, Le Caire), une table ronde (St. Étienne) et un séminaire de formation doctorale (Athènes) sont prévus. Le premier sera consacré aux échanges et aux contacts à l’échelle locale et régionale, tandis que le second aura pour objet la longue distance et le dépaysement monastique (xeniteia). La table ronde pourra être dédiée à l’un des aspects émergents de la recherche à mener qui nécessiterait une réflexion collective plus approfondie, par exemple, la «circulation des règles». Enfin, le thème proposé du séminaire de formation doctorale est «L’architecture et la culture matérielle du monachisme oriental: l’exemple byzantin».

Les actes des colloques et de la table ronde seront publiés en collaboration avec les institutions partenaires.

Monks around the Mediterranean

Contacts, exchange, and influences between East and West from Late Antiquity to the Middle Ages (4th to 15th centuries)

Supervisors: Olivier Delouis (CNRS - UMR 8167: Orient et Méditerranée) ; Maria Mossakowska-Gaubert (research associate, IFAO) ; Annick Peters-Custot, univ. de Lyon / univ. de Saint-Étienne, CNRS-UMR 8584: CERCOR-LEM, .

Partner institutions:

Questions concerning the spread and transmission of ideas, reciprocal influences and exchanges of experience within the world of ascetics were at the heart of the study “The daily life of monks in the East and the West (4th to 10th century)”, a collaborative project involving the IFAO, the UMR 8167 and the EfA that ran from 2008-2011. Thus, the theme of exchange and contact in the Mediterranean monastic world appears as an obvious extension of this initial programme.

While the monk should retreat from the world (in the true sense of anachoresis), this novel movement gave rise to another notion of monasticism, which ensured a flight from the world by replacing individual retreat (in reality often practised within only semi-anachoretic communities) with a walled space - the monastery.

Nevertheless, according to ancient and medieval sources, the monk rarely accepted this immobility. In fact, he might travel for any number of reasons: to listen to the “word” of a venerable elder, to follow an example, or, on the other hand, advise or reform a neighbouring community, and even to ensure the material needs of both himself and his community, for example, through business trips or the negotiating of tax privileges. The monk can be a pilgrim by travelling to venerate relics or to visit healing sanctuaries. He can also be an evangeliser, ambassador, diplomat, mediator and negotiator in civil wars. The monk might also be forced into certain trips as a result of punishment, invasion, changing monastery or order, or by emigration.

In addition, the monk plays a social role: he is a figure of culture for nearby communities, and a figure of control and inspection for dependant priories and daughter abbeys. More generally, he is a figure of authority for society. The holy man – more often a holy monk – attracts the masses, or else the masses are attracted to individuals that he directs spiritually. Moreover, the wandering life was a form of asceticism in itself: the apostolic life without shelter, the life of the mendicant, or of the holy fool. But it is a thin line between the wandering life and vagrancy, even heterodoxy and apostasy. How can one know if the errant monk remains orthodox and how can the bishop bring him back under control?

And lastly, there is also that substitute for physical movement, the writing of letters. Whether trivial or spiritual, this exchange played an important role both on the local level and over the long distance. The monastic letter is a medium that merits greater study.

The second strand of our programme is more closely in line with those matters attached to daily life. The concern here is with the movement of ideas, of monastic rules, customs and acts. In this regard, monasticism around the Mediterranean needs to be studied, not in its specificities, but rather as a function of relations and interconnections. The different media that allowed ideas to travel should be looked at: manuscript production for export, translation of reference works or new rules.

This programme addresses historians, art historians, philologists and archaeologists working on monasticism in the different regions of the Mediterranean, both east and west, over a long Middle Age from the 4th to the 15th century.

Proposed activities and publications:

Two conferences (Rome and Cairo), a round table (St. Étienne) and a doctoral seminar (Athens) are planned. The first conference will be dedicated to local and regional exchanges and contacts, while the second will look at long distance relations and the xeniteia: being a stranger or foreigner. The round table may concentrate upon an aspect that emerges from the research underway which requires deeper collective consideration, for example, “The circulation of rules”. Lastly, the proposed theme of the doctoral seminar is “The architecture and material culture of eastern monasticism: the Byzantine example”.

Papers from the conferences and round table will be published in collaboration with the partner institutions.