Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Guerres, cultures et sociétés au Proche-Orient médiéval (969-1517)

Responsable: Mathieu Eychenne (historien, chercheur associé UMR 8167 Islam Médiéval); Stéphane Pradines (archéologue, Aga Khan Univ., chercheur associé IFAO), Abbès Zouache (historien, chercheur associé CNRS-UMR 5648 CIHAM).

Collaborations: Historiens: Al-Amīn Abouseada (univ. Ṭanṭa); Anna Angermann (univ. de Bonn); Mehdi Berrah (univ. Paris 1 - Panthéon Sorbonne); David Bramoullé (docteur, univ. Paris 1 - Panthéon Sorbonne); Agnès Carayon (doctorante IREMAM); Sylvie Denoix (CNRS Orient Méditerranée UMR 8167); Tarek El-Morsi (chercheur associé IREMAM et CeAlex); ‘Abd al-‘Azīz Ramaḍān (univ. ‘Ayn Shams); Ali Tami (univ. de Bordeaux III); Mathieu Tillier (IFPO); Vanessa van Renterghem (IFPO et INALCO). Épigraphistes: Frédéric Bauden (univ. de Liège); Johannes den Heijer (univ. catholique de Louvain); Francesca Dotti (doctorante, EPHE). Historiens de l'art: Rihab Saïdi (univ. du Caire); Heba Yusuf (univ. de Helwan). Philosophe: Makram Abbès (ENS-LSH/TRIANGLES, Lyon). Archéologues: Ahmed El-Shoky (univ. ‘Ayn Shams, chercheur associé IFAO)); David Nicolle (Nottingham Univ.); Valérie Serdon (univ. de Nancy); Osama Talaat (univ. du Caire et d’Aden); Élodie Vigouroux (IFPO); Cyril Yovitchtich (IFPO). Topographe: Olivier Onézime (IFAO et INRAP).

Institutions partenaires:

De la conquête fatimide à la chute de l’empire mamelouk, le pouvoir politique se militarise et une aristocratie militaire s’impose à la tête de la société, légitimée par la lutte contre les croisés et les Mongols. Des cultures de guerre se diffusent à l’ensemble du corps social. Ce programme multidisciplinaire (histoire, archéologie, anthropologie) se propose d’identifier et d’analyser ces cultures de guerre, afin de mieux comprendre en quoi la guerre modèle alors en profondeur les sociétés du Proche-Orient.

1. Croisades, mémoires et furûsiyya: cultures de guerre au Proche-Orient

Responsable: A. Zouache

Pendant la période envisagée, de nouvelles cultures de guerre apparaissent, qui ne se limitent ni aux seuls combattants, ni aux seules activités strictement guerrières. La genèse même de ces cultures de guerre doit être interrogée. Certaines – telles celles qui se développent dans les ports sans cesse menacés – semblent être déterminées par une situation géographique et s’inscrire dans le temps long. D’autres paraissent liées à un événement soudain, comme les croisades ou les invasions mongoles.

Les croisades, les invasions mongoles et les incursions régulières des Européens sur les côtes syro-palestiniennes et égyptiennes créent un sentiment d’agression dont on évaluera dans quelle mesure et de quelle manière il marque la mémoire collective des peuples du Proche-Orient.

Par ailleurs, ces combats renforcent la légitimité des Mamelouks, qui font renaître et s’épanouir la furûsiyya, culture de guerre héritière de traditions diverses, centre-asiatique, persane, grecque, arabe, turque. De nombreux manuels de furûsiyya sont rédigés et mériteraient une étude à part entière. Confrontés à des sources narratives, médicales, archéologiques et iconographiques, ces textes peuvent également donner accès à l’expérience humaine de la guerre, et notamment à son expérience corporelle.

2. Armes et architectures de guerre

Responsable: St. Pradines

Parler de la guerre et de son étude du point de vue des cultures matérielles implique évidemment de se soucier des «outils de la guerre», les armes et les armures. Les armes et les manières de s'en servir sont des marqueurs culturels, d'ethnies comme de religions. En effet, on ne pratique pas la même guerre selon son origine et son appartenance ethnique ou sociale.

Par ailleurs, on peut se demander si le souci d’efficacité l’emporte dans la décision d’adopter ou non un progrès technique. On s’intéressera tout particulièrement aux armes de siège — trébuchets à contrepoids au tournant du XIIᵉ siècle et canons à la fin du XVᵉ siècle —, qui ont grandement influencé la poliorcétique et le développement des fortifications islamiques. Les fortifications médiévales au Proche-Orient et en Égypte ont évolué au gré des conflits entre Orient et Occident. L'impact des croisades et des populations d'Asie centrale a été déterminant dans cette course à l'armement et dans les innovations architecturales. Parfois, il est impossible de dire s'il s'agit d'une architecture militaire chrétienne ou islamique. C'est pourquoi les inscriptions apportent des informations fondamentales pour dater et comprendre les fortifications, qu'elles soient urbaines ou rurales, qu'il s'agisse de forts ou d'enceintes. Comment appréhender un territoire à travers l'étude de ses fortifications? C'est la question que nous nous poserons à travers l’analyse d’espaces géostratégiques et de zones de frontières, en Égypte et au Bilād al-Šām.

3. Villes en guerre

Responsable: M. Eychenne

Dans les villes, les élites militaires exogènes polarisent en grande partie l’organisation sociale, administrative et économique. Ces élites mettent régulièrement en scène leur puissance; elles font de la ville une scène où se tiennent des rituels de guerre (mobilisation des troupes, revues militaires, manifestations lors du retour victorieux des armées, exposition de trophées, processions funéraires, etc.).

C’est plus encore le cas pendant les sièges, dont le nombre croît, durant les croisades. Les rumeurs les plus folles se répandent, puis la guerre se déroule au cœur même de la ville. Cette dernière en devient un acteur à part entière, ses bâtiments, éventrés par les combats et détournés de leur fonction première, en portent les stigmates. Ses habitants en sont des témoins privilégiés, pouvant y participer de façon décisive.

Ainsi, au-delà du cycle construction/destruction/reconstruction, un lien structurant unit la guerre à la ville, qui vit par et pour la guerre et dont les aménagements peuvent en grande partie être perçus comme le reflet des cultures de guerre que l’on se propose d’étudier. Hippodromes, portes, fortifications, marchés, maisons, bordels ou tavernes constituent autant de jalons qui marquent l’espace urbain et modèlent certains quartiers en fonction de la guerre.

Actions et publications prévues:

Journées d’études

  • Le Caire: «Armes et armures du Proche-Orient médiéval».
  • Le Caire: «Les croisades en Égypte : histoire et mémoire».
  • Beyrouth: «Villes et sociétés en guerre».

Colloque

  • Le Caire: «Guerre et cultures au Proche-Orient médiéval, du XIᵉ au XVᵉ siècle».

Publications

  • Base de données et SIG: Fortiforient.
  • Monographies:
    • Catalogue raisonné des manuels de furūsiyya
    • Les données épigraphiques des fortifications d’époque islamique dans le bassin de la Méditerranée orientale du XIᵉ au XIVᵉ siècle.
    • Monographie : La furûsiyya chez les Mamlûks. Une élite sociale à cheval.
    • Guerre et cultures au Proche-Orient médiéval, du XIᵉ au XIᵉ siècle.
  • Publication et étude d’armes médiévales et ottomanes.
  • Édition de textes:
    • Furûsiyya? Le Kitāb manāhiǧ al-surūr de ‘Abd al-Qâdir al-Fâkihî (m. 982/1574).
    • Kitāb la‘b al-dabbūs anonyme (éd. et trad.).

War, culture and society in the medieval Near East (969-1517)

Supervisor: Mathieu Eychenne (historian, associate researcher UMR 8167 Islam Médiéval); Stéphane Pradines (archaeologist, Aga Khan Univ., associate researcher IFAO), Abbès Zouache (historian, associate researcher CNRS-UMR 5648 CIHAM).

Collaborators: Historians: Al-Amīn Abouseada (Univ. of Ṭanṭa); Anna Angermann (Univ. of Bonn); Mehdi Berrah (univ. Paris 1 - Panthéon Sorbonne); David Bramoullé (PhD, univ. Paris 1 - Panthéon Sorbonne); Agnès Carayon (PhD student IREMAM); Sylvie Denoix (CNRS Orient Méditerranée UMR 8167); Tarek El-Morsi (associate researcher IREMAM and CeAlex); ‘Abd al-‘Azīz Ramaḍān (Univ. of Ain Shams); Ali Tami (univ. de Bordeaux III); Mathieu Tillier (IFPO); Vanessa van Renterghem (IFPO and INALCO). Epigraphists: Frédéric Bauden (univ. de Liège); Johannes den Heijer (univ. catholique de Louvain); Francesca Dotti (PhD student, EPHE). Art historians: Rihab Saïdi (Univ. of Cairo); Heba Yusuf (Univ. of Helwan). Philosopher: Makram Abbès (ENS-LSH/TRIANGLES, Lyon). Archaeologists: Ahmed El-Shoky (Univ. of Ain Shams, associate researcher IFAO)); David Nicolle (Nottingham Univ.); Valérie Serdon (univ. de Nancy); Osama Talaat (Univ. of Cairo and of Aden); Élodie Vigouroux (IFPO); Cyril Yovitchtich (IFPO). Topographer: Olivier Onézime (IFAO and INRAP).

Partner institutions:

From the Fatamid conquest until the fall of the Mamluke empire, political power became militarised and a military aristocracy set itself at the head of society, gaining legitimacy through the struggle against the Crusaders and the Mongols. Cultures of war spread throughout the entirety of the social body. This multidisciplinary programme, involving history, archaeology and anthropology, intends to identify and analyse these cultures of war in order to understand better how war at that time profoundly shaped the societies of the Near East.

1. Crusades, memories and furusiyya: cultures of war in the Near East

Supervisor: A. Zouache

During the period in question, new cultures of war appeared that were not solely limited to combatants nor strictly to warlike activities. The very birth of these cultures of war needs to be questioned. Certainly, those that developed in ports that were constantly under threat, seemed to have been determined by a geographic situation and were part of a long term. Others appear to be connected to a sudden event, such as the crusades or the Mongol invasions.

The crusades, the Mongol invasions and regular European incursions along the Syro-Palestinian and Egyptian coasts created a feeling of aggression, and we shall evaluate in what measure and manner this has marked the collective memory of the peoples of the Near East.

In addition, these conflicts reinforced the legitimacy of the Mamlukes, who revived and spread the warrior culture of the furûsiyya, itself a descendent of various traditions from Central Asia, Persia, Greece, the Arab world and Turkey. Numerous manuals concerning furûsiyya were written and they deserve to be studied in the own right. However, when juxtaposed with narrative, medical, archaeological and iconographical sources, these texts can also provide access to the human experience of war and particularly the physical experience.

2. The arms and architecture of war

Supervisor: St. Pradines

When talking of war and the study of it from the point of view of material culture, one is obviously concerned with the "tools of war", that is the arms and armour. The arms and the ways of using them are indictors of cultures and ethnicities, just as religions are. Indeed, one practices war according to ones origins and ethnic or social belonging.

Moreover, one might ask whether the desire for efficacy always prevails in the decision to adopt or not technical progress. Here, we are particularly interested in siege arms - the counterweight trebuchet at the turn of the 12th century and cannon at the end of the 15th century - which greatly influenced siege warfare and the development of Islamic fortifications. Medieval fortifications in the Near East and Egypt evolved in step with the conflicts between East and West. The impact of the crusades and of the populations of Central Asia were decisive in this arms race and in architectural innovations. Sometimes it is impossible to say whether one is dealing with Christian or Muslim military architecture. This is why inscriptions provide such fundamental information for dating and understanding fortifications, whether urban or rural, forts or defensive walls. How to understand a territory through the study of its fortifications? We shall be asking ourselves this question through the analysis of geostrategic areas and frontier zones in Egypt and Bilād al-Šām.

3. Towns at war

Supervisor: M. Eychenne

Within towns, external military elites polarised to a great extent the social, administrative and economic organisation. These elites regularly expressed their power; they transformed the town into a stage for their warlike rituals (mobilisation of troops, military reviews, victory parades, displays of trophies, funeral processions etc.).

This was even more the case during sieges, which increased in number during the crusades. The craziest of rumours would spread and then the war would unfold within the very heart of the town. This latter would then become an actor in its own right, and its buildings, gutted by fighting and no longer serving their intended purpose, would bear the scars. The inhabitants would become first-hand witnesses and might participate in a decisive fashion.

Thus, beyond the cycle of construction/destruction/reconstruction, a structural link united war and town, which lived by and for war and whose layout and development could be viewed largely as a reflection of the cultures of war that we are proposing to study. Hippodromes, gateways, fortifications, markets, houses, brothels and taverns represent markers within the urban space and shape certain districts as a function of war.

Planned activities and publications:

Stuy days

  • Cairo: "Arms and armour of the medieval Near East".
  • Cairo: "The crusades in Egypt: history and memory".
  • Damascus Beirut: "Towns and societies at war".

Conference

  • Le Caire: «War and cultures of the medieval Near East, from 11th to 15th century».

Publications

  • Database and GIS: Fortiforient.
  • Monographs:
    • Annotated catalogue of the furūsiyya manuals.
    • Epigraphic data from Islamic era fortifications in the eastern Mediterranean from 11th to 14th century.
    • Monograph: The furûsiyya of the Mamlukes. Une élite sociale à cheval.
    • War and cultures in the medieval Near East, from the 11th to 11th century.
  • Study and publication of medieval and Ottoman arms.
  • Publication of:
    • Furûsiyya? Le Kitāb manāhiǧ al-surūr by ‘Abd al-Qâdir al-Fâkihî (m. 982/1574).
    • Kitāb la‘b al-dabbūs anonyme (éd. et trad.).