Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Paysages sonores et espaces urbains de la Méditerranée ancienne

Responsables: Sibylle Emerit (égyptologue, IFAO) ; Sylvain Perrot (helléniste, EFA) ; Alexandre Vincent (histoire romaine, EFR) .

Principaux collaborateurs: Séverine Gabry-Thienpont (ethnomusicologue, IFAO); Anita Quilès (archéomètre, IFAO); Basma Zerouali (ethnomusicologue, EFA); Christophe Vendries (histoire romaine, univ. Rennes 2 / EFR); Nele Ziegler (assyriologue, CNRS UMR 7192); Ariane Thomas (assyriologue, musée du Louvre); Violaine Jeammet (helléniste, musée du Louvre); Hélène Guichard (égyptologue, musée du Louvre); Daniel Polz (archéologue, DAIK); Ricardo Eichmann (archéologue, DAI – Orient Abteilung); Benoît Mille (archéomètre, C2RMF); René Caussé (acousticien, IRCAM).

Institutions partenaires:

  • Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO)
  • École Française d’Athènes (EFA)
  • École Française de Rome (EFR)

Institutions en collaboration:

  • Deutsche Archäologische Institut (DAI)
  • Musée du Louvre
  • Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF)
  • Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

L’historiographie du monde musical antique est fragmentée. La compréhension est parfois difficile entre musicologues, archéologues, archéo-musicologues, ethnomusicologues et historiens des sociétés anciennes, spécialistes que leurs connaissances techniques et chronologiques séparent autant qu’elles les rassemblent. Un colloque, récemment publié aux presses de l’Ifao, consacré au Statut du musicien dans la Méditerranée ancienne: Égypte, Mésopotamie, Grèce, Rome (BiEtud 159, 2013), a cependant montré l’intérêt d’un dialogue entre les différents chercheurs, ainsi que d’une perspective diachronique ample.

Harpiste et chanteurs de la tombe de Meryrê à Amarna (18ᵉ dyn.), cliché S. Emerit.
Harpiste et chanteurs de la tombe de Meryrê à Amarna (18ᵉ dyn.), cliché S. Emerit.
Scène de procession, relief, Casa de Pilatos (Iᵉʳ siècle av. J-C.), cliché A. Bertrand.
Scène de procession, relief, Casa de Pilatos (Iᵉʳ siècle av. J-C.), cliché A. Bertrand.
Graffite représentant une lyre sur la base de Philopoemen à Delphes , accompagnant un décret honorifique pour deux musiciens d'Aigeira (160 av. J-C.), cliché S. Perrot.
Graffite représentant une lyre sur la base de Philopoemen à Delphes , accompagnant un décret honorifique pour deux musiciens d'Aigeira (160 av. J-C.), cliché S. Perrot.

L’ambition de ce programme est double. Il s’agit d’une part de développer le dialogue entre spécialistes de différentes cultures de l’Antiquité autour d’un thème commun, celui de la perception du son, de sa production et de son usage dans les sociétés anciennes. D’autre part, il vise à engager des réflexions méthodologiques à partir de terrains plus récents, étudiés par des ethnomusicologues. Ce programme s’inscrit, à ce titre, dans la continuité des travaux menés à l’Ifao de 2008 à 2011 sur la Musique égyptienne ancienne et sa postérité dans l’Égypte moderne.

L’historicité de la perception auditive est une donnée qui n’est aujourd’hui plus contestable : le son est un objet de culture et il est acquis qu’un groupe d’individus a un certain rapport au son, qui le distingue des autres. Étonnamment, les sources de l’Antiquité sur le son ont peu été interrogées dans une perspective anthropologique et jamais dans une optique comparative. Le renouveau ces dernières années des travaux en histoire ancienne dans le domaine de la musique rend possible une telle démarche qui demande le concours d’historiens, de philologues et d’archéologues capables d’interpréter les sources de l’Antiquité en fonction d’interrogations qui intéressent également l’ethnomusicologie.

La problématique retenue porte sur les éléments constitutifs du paysage sonore dans les espaces urbains de la Méditerranée ancienne. Les sonorités propres à une civilisation s’inscrivent dans une chaîne d’acteurs et de pratiques qui s’offrent comme autant de sujets pour notre étude. Par exemple, une prestation musicale ne naît pas au moment de sa performance: de l’artisan qui a réalisé l’instrument au public auquel sont destinées ses sonorités en passant par le musicien qui les produit, nombreux sont les individus, les gestes, les savoirs, qui permettent son aboutissement et ce, aussi bien dans l’Égypte pharaonique, la Mésopotamie ancienne que dans la Grèce classique ou la Rome impériale. Ce sont ces femmes et ces hommes, les techniques qu'ils maîtrisaient et les lieux qu’ils occupaient qui sont au cœur de notre réflexion, l’ancrant ainsi au carrefour de l’histoire des techniques, de l'histoire de l'art, de l’histoire urbaine et de l’histoire sociale.

Trois angles d’approches sont privilégiés:

  1. La lexicographie: l’analyse du vocabulaire permet d’appréhender la manière dont les anciens percevaient et interprétaient les phénomènes sonores;
  2. La facture instrumentale: il s’agit de comprendre quelles étaient les connaissances techniques, d’identifier les matériaux utilisés et leurs provenances géographiques;
  3. Le son en contexte: l’objectif est de mener une réflexion de l’usage des sons dans la ville en privilégiant l’étude des espaces riches en évènements sonores ainsi que l’insertion des musiciens dans la topographie urbaine.

Une première table ronde internationale, en cours de publication, a été organisée à l’École française de Rome le 7 janvier 2013 sur «La notion de paysage sonore: bilan historiographique et perspectives pour l’étude des civilisations antiques». L’objectif de cette rencontre était d’engager une réflexion méthodologique sur l’usage de cette notion en sciences sociales. Elle a rassemblé anthropologues, musicologues, ethnomusicologues, historiens de toutes périodes, et spécialistes de littérature.

Une deuxième table ronde internationale, intitulée «De la cacophonie à la musique: la perception du son dans les sociétés anciennes» s'est tenue du 12 au 14 juin 2014 à l’École française d'Athènes.

Actions et publications prévues:

  • échanges lors de trois journées d’études organisées chacune par l’une des 3 EFE partenaires;
  • missions sur le terrain ou dans les musées pour étudier une documentation inédite (travail sur les realia, épigraphie, iconographie);
  • constitution d’outils communs pour la recherche;
  • réalisation d’une exposition consacrée à la musique dans l’Antiquité, suivie d’un colloque international.

Soundscapes and urban spaces in the ancient Mediterranean

Supervisors: Sibylle Emerit (egyptologist, IFAO) ; Sylvain Perrot (Hellenist, EFA) ; Alexandre Vincent (Roman history, EFR) .

Principal collaborators: Séverine Gabry-Thienpont (ethnomusicologist, IFAO); Anita Quilès (archéomètre, IFAO); Basma Zerouali (ethnomusicologist, EFA); Christophe Vendries (Roman history, univ. Rennes 2 / EFR); Nele Ziegler (Assyriologist, CNRS UMR 7192); Ariane Thomas (Assyriologist, musée du Louvre); Violaine Jeammet (Hellenist, musée du Louvre); Hélène Guichard (egyptologist, musée du Louvre); Daniel Polz (archaeologist, DAIK); Ricardo Eichmann (archaeologist, DAI – Orient Abteilung); Benoît Mille (archéomètre, C2RMF); René Caussé (acousticien, IRCAM).

Principal institutions:

  • Institut Français d'Archéologie Orientale (IFAO)
  • École Française d’Athènes (EFA)
  • École Française de Rome (EFR)

Collaborating institutions:

  • Deutsche Archäologische Institut (DAI)
  • Musée du Louvre
  • Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF)
  • Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM)

The historiography of the ancient musical world is fragmented. Understanding is sometimes difficult between musicologists, archaeologists, archaeomusicologists, ethnomusicologists and historians of ancient societies. The technical and chronological knowledge of these specialists can separate as much as it can unite. Nevertheless, a conference entitled Statut du musicien dans la Méditerranée ancienne: Égypte, Mésopotamie, Grèce, Rome, the acts of which were recently published by the IFAO (BiEtud 159, 2013), demonstrated the interest that exists among the different scholars in establishing a dialogue, as well as the existence of an ample diachronic vision.

Harpist and singers from the tomb of Meryre at Amarna (18th dynasty.), photo S. Emerit.), cliché S. Emerit.
Harpist and singers from the tomb of Meryre at Amarna (18th dynasty.), photo S. Emerit.), cliché S. Emerit.
Processional scene, relief, Casa de Pilatos (1st century BC), photo A. Bertrand.
Processional scene, relief, Casa de Pilatos (1st century BC), photo A. Bertrand.
Graffito of a lyre on the Philopoemen base at Delphi, accompanying an honorific decree for two musicians from Aigeira (160 BC), photo S. Perrot.
Graffito of a lyre on the Philopoemen base at Delphi, accompanying an honorific decree for two musicians from Aigeira (160 BC), photo S. Perrot.

There are twin aims to this programme. On the one hand, we hope to develop dialogue between specialists of different cultures of Antiquity around a common theme, that of sound perception, of its production and of its use in ancient societies. On the other hand, we aim engage in methodological thinking that has sprung from more recent terrain studied by ethnomusicologists. This programme thus sets itself as a continuation of work conducted by the IFAO from 2008 to 2011 on Musique égyptienne ancienne et sa postérité dans l’Égypte moderne / Ancient Egyptian music and its descendants in modern Egypt..

The historicity of aural perception is a given that is no longer contested. Sound is an object of culture and it is recognised that a group of individuals has a certain relationship with sound that distinguishes it from other groups. Surprisingly, the sources from Antiquity concerning sound have been fleetingly examined from an anthropological perspective and never in comparative terms. In recent years there has been a revival of work in ancient history touching on the field of music and this makes it possible to begin a process that requires the involvement of historians, philologists and archaeologists capable of interpreting the sources from Antiquity in a manner that will also interest ethnomusicologists.

The theme to be examined concerns the constituent elements of the soundscape in urban spaces of the ancient Mediterranean. The sounds belonging to a civilisation are part of a chain of actors and of practices that exist as so many subjects for our study. For example, a musical event does not begin with the performance: from the craftsman who makes the instrument, via the musician who plays it, to the public that receives the sounds it emits, there are numerous individuals, actions and experiences that create the end product. And this is just as true for Pharaonic Egypt and ancient Mesopotamia as it is for Classical Greece and Imperial Rome. It is the women and the men, the techniques that they mastered and the places that they occupied which are at the heart of our thinking. Our reflections are aimed at the point where urban history and social history intersect with the history of technology and the history of art.

Three angles of approach to be emphasised:

  1. Lexicography: analysis of the vocabulary will aid the understanding of the way in which the ancients perceived and interpreted sound phenomena;
  2. Instrument making: understanding the technological know-how, identifying the materials used and their geographical provenance;
  3. The sound in context: reflecting upon the use of sound in the town and prioritising the examination of areas that were rich in sound events as well as the insertion of musicians into the urban topography.

An initial international round table, to be published, was held at École française de Rome on 7 January 2013 on " The notion of soundscape: a historiographical assessment and perspectives for the study of ancient civilisations”. The aim of the meeting was to engage in a methodological reflection as to the use of this notion in the social sciences. It brought together anthropologists, musicologists, ethnomusicologists, historians of all eras and literature specialists.

A second international round table, entitled "From cacophony to music: sound perception in ancient societies" was held at École française de d'Athènes on 12 to 14 June 2014.

Planned activities and publications:

  • interaction during the three study days organised by each of the three EFE partners;
  • missions on site or in museums to study unpublished sources (work on realia, epigraphy, iconography);
  • creation of common research tools;
  • mounting an exhibition dedicated to music in Antiquity followed by an international conference.