Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Actualités

Actualités générales

Actualités scientifiques

Voir également les manifestations.

Appel à contributions — Call for papers Annales islamologiques 50 : Architecture, cosmopolitisme et construction nationale en Égypte moderne

Les Annales Islamologiques, revue annuelle à comité de lecture international publiée par l’Institut français d’archéologie orientale au Caire, lancent un appel à contributions pour un dossier consacré à l’histoire de l’architecture et de la construction dans l’Égypte moderne.

Bien que la construction architecturale et la mise en valeur foncière, par l’échelle et la nature des opérations conduites dans les villes comme dans les campagnes depuis les années 1830, aient largement contribué à la formation de l’Égypte moderne, leur étude historique demeure embryonnaire. La nostalgie pour l’architecture “Belle Epoque” ne cesse de progresser depuis la fin des années 1980 à l’instigation d’un faisceau de raisons sociales et politiques (Volait 2013), mais sa connaissance et son analyse éclairées par des sources primaires demeurent comparativement peu développées. Une documentation visuelle accrue est désormais accessible, mais les desseins, la signification et l’impact (qu’ils soient d’ordre social, culturel, idéologique, technique, esthétique, etc.) de la très grande majorité de l’architecture produite au cours des deux siècles écoulés demandent à être élucidés à la lumière des sources historiques, qu’elles proviennent d’archives publiques ou privées, conservées en Égypte ou à l’étranger. Trois thématiques sont proposées aux contributeurs :

La commande : la contribution de groupes spécifiques à la formation architecturale de l’Égypte moderne est connue, tel le rôle joué par la colonie italienne dans la formulation d’un style « méditerranéen » (Godoli & Giacomelli, 2008). D’autres types de commandes ou de commanditaires méritent attention. L’architecture publique produite par les administrations gouvernementales depuis les années 1850 (qu’elles soient en charge de biens waqfs, des Bâtiments de l’État, de construction municipale ou de logement social) a été peu étudiée. Nombre de grands domaines fonciers gérés par des intendances familiales (Daïras), qu’il s’agisse ou pas de biens de mainmorte, ont largement investi dans la construction au XIXe siècle, et ainsi laissé une empreinte significative sur les paysages urbains (voire ruraux, à travers la construction de hameaux domaniaux et de villages-modèles). Le boom de la promotion immobilière après 1900 (Owen 1972) offre l’opportunité d’étudier l’architecture résidentielle mise en œuvre par une large gamme de propriétaires particuliers et de promoteurs. La commande industrielle a produit, de son côté, de nouveaux espaces de travail et de logement ouvrier sur tout le territoire au cours du XXe siècle. Les intentions, comme les contingences, qui ont façonné de telles productions méritent d’être restituées et interrogées ; il en va de même des récurrences repérables à travers les types et les genres produits, et enfin des circulations d’un ensemble à l’autre, telle l’influence de l’architecture cultuelle sur la construction résidentielle par exemple.

Concevoir la modernité : de multiples modernismes ont coexisté en Égypte moderne, à l’image de la composition multiculturelle de sa structure sociale. Bien que la modernité architecturale en contexte extra-européen soit généralement attribuée à l’initiative coloniale, son développement et sa domestication en Égypte s’inscrivent dans un processus endogène de modernisation, marqué par le cosmopolitisme tardo-ottoman et enclin à toutes sortes de métissages. Des monographies de bâtiments, de types architecturaux, ou de carrières professionnelles (Ormos 2009) devraient permettre de mieux saisir les processus de transfert et de naturalisation dans le substrat local de techniques et d’esthétiques d’origine externe, entendue au sens le plus large (de l’Europe orientale à l’Asie du sud-est), de même que des formes spécifiques d’innovation locale.

La fabrique de la tradition : l’historicisme représente, comme ailleurs, un thème récurrent de l’histoire architecturale de l’Égypte moderne, qui la relie en outre à des périodes antérieures, comme c’est le cas du goût mamelouk, un genre d’ores et déjà vivace à l’époque ottomane. Le remploi dans l’architecture moderne (Volait 2012) est une autre forme de connexion avec le passé. L’architecture historiciste est indissociable de la montée de l’idéal patrimonial moderne. Les efforts faits à partir des années 1870 pour protéger et conserver l’architecture islamique en Égypte ont multiplié les travaux de restauration, qui ont transformé en retour, parfois de manière radicale, les monuments et tissus historiques tout en fournissant inspiration et répertoires à la création architecturale et à l’artisanat.

La revue invite des contributions substantielles offrant des éclairages sur ces questions, que ce soit à partir d’études de cas ou d’analyses transversales, pourvu que l’interprétation soit fondée sur des sources inédites.

Les auteurs intéressés sont invités à soumettre une proposition de 1500 signes (titre et résumé) avant le 15 janvier 2015 à mercedes.volait@inha.fr . L’acceptation des propositions sera notifiée en février 2015. Les articles (jusqu’à 75 000 signes et 15 illustrations libres de droit) sont à remettre pour le 1er juin 2015; ils peuvent être écrits en français ou en anglais. Le volume est destiné à paraître en 2016.

Responsable scientifique : Mercedes Volait (CNRS/INHA)

Références :

Ezio Godoli et Milva Giacomelli (eds.), Italian Architects and Engineers in Egypt from the Nineteenth to the Twenty-first Century, Florence, 2008.

Istvan Ormos, Max Herz Pasha (1856-1919), his life and career, Cairo, 2009.

Roger Owen, “The Cairo building industry and the building boom of 1897 to 1907 », in Colloque international sur l’histoire du Caire, 1972.

Mercedes Volait, Maisons de France au Caire: le remploi de grands décors mamelouks et ottomans dans une architecture moderne, Le Caire, 2012.

Mercedes Volait, “The Reclaiming of “Belle Époque” Architecture in Egypt (1989-2010): On the Power of Rhetorics in Heritage-Making”, ABE journal, n° 3, 2013 (en ligne).