Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

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Séance de taḥṭīb (jeu du bâton)

À Louqsor et ses environs, de nombreux mawālid (fêtes de saints) se tiennent durant le mois de šaʿbān, qui précède ramadan. Chacune de ces fêtes représente une occasion privilégiée pour les hommes du Ṣaʿīd de se réunir en fin d’après-midi et dans la nuit pour jouer au taḥṭīb, le jeu du bâton, également connu sous le nom de laʾb el-ʿaṣāya. Plus qu’un jeu, le taḥṭīb a une portée éminemment chorégraphique, ce qui l’amène à être désigné parfois par l’expression raqs el-ʾaṣāya, la danse du bâton. La présence indispensable d’instruments de musique entérine l’aspect dansé du jeu : le taḥṭīb peut difficilement avoir lieu sans mizmār (instrument à anche double) et sans ṭabla baladī (gros tambour à deux membranes), que l’on aperçoit ici à gauche, en arrière-plan. Indissociable de l’identité ṣaʾīdī – la pratique comme les musiques ne se transmettraient qu’entre « fils du Ṣaʿīd » (ibn el-Ṣaʾīd) –, et exclusivement masculin, le taḥṭīb est un sport empreint de valeurs morales, où l’on fait démonstration de force, de ruse et d’habileté.

Le rôle des musiciens dans l’accomplissement d’une partie entre deux adversaires est multiple. Le ḍōr (forme musicale tirée d’un poème en dialecte) stimule le joueur, l’encourage, le retient. Semi-composé, ce ḍōr montre toute l’importance du rôle du musicien responsable du groupe, le ra’īs, qui représente le point de rencontre entre la musique et les joueurs. Des signes furtifs de ces derniers en début de partie, signifiant en un geste quel chant ou quel rythme ils veulent, déterminent le répertoire musical entendu. Le ra’īs doit ensuite être à même d’improviser sur cette base et surtout, il doit faire en sorte que les autres musiciens le suivent.

Le taḥṭīb constitue un excellent exemple ethnographique pour questionner la notion de pharaonisme. L’histoire admise de cette manifestation est en effet avant tout le fruit de spéculations sur sa filiation avec l’Égypte antique. Comme nombre de pratiques musicales considérées comme ancestrales, le taḥṭīb est désormais représenté par des professionnels au Qaṣr al-ṯaqāfa (Palais de la culture) de Louqsor, sous une forme folklorisée. Démonter les ressorts des discours à teneur pharaoniste et de la folklorisation des pratiques qui en découle permet de mieux comprendre les constructions mémorielles à l’œuvre au sein des manifestations de piété populaire en haute Égypte.

Séverine Gabry-Thienpont


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