Institut français
d’archéologie orientale du Caire

IFAO

Catalogue des publications

1 notices triées par date de parution, page 1 : [1]

pdf
AnIsl052_art_02.pdf (0.8 Mb)
Extrait pdf de l’ouvrage :
Annales islamologiques 52
2018 IFAO
34 p.
gratuit - free of charge
Les ʿammē « en Ǧazīra et en Occident ». Genèse et fixation d’un ethnonyme standardisé pour les tribus arabes chrétiennes. Les Tanūkōyē, Ṭūʿōyē, ʿAqūlōyē à l’âge marwanide

Lorsque la littérature syro‑occidentale désigne des Arabes chrétiens (ṭayyōyē krisṭyōnē), elle emploie souvent une expression ternaire à l’ordre variable : « les Tanūkōyē, ʿAqūlōyē et Ṭūʿōyē ». Ces populations (ʿammē) ont joué un rôle important lors de la IIe guerre civile (60‑72/680-692) au sein de l’Église syro‑orthodoxe alors que celle-ci commence à envisager l’altérité musulmane. C’est à ce moment qu’un évêché homonyme est attesté, notamment sous l’autorité de Georges (m. 105/724), un des principaux intellectuels de son temps. Ces peuples semblent avoir ­résidé en « Occident » (le ǧund de Qinnasrīn en formation) et dans la partie post-romaine de la Haute-Mésopotamie (la Ǧazīra) à l’époque omeyyade. Si les Tanūḫ (Tanūkōyē) sont bien identifiés comme une collectivité irakienne partiellement installée en Syrie du Nord, la période de cette migration, traditionnellement placée à l’époque proto‑byzantine, reste indéterminée. Les deux autres termes sont plus obscurs : les ʿAqūlōyē se rapportent aux habitants du ressort d’al‑Kūfa, l’expression étant presque assurément post-hégirienne, tandis que les Ṭūʿōyē correspondraient à d’ancien groupes de la même région. Nous faisons l’hypothèse que le déplacement de ces ʿammē irakiens désignés par cet ethnonyme ternaire standardisé (qui ne sont pas des tribus au sens du nasab arabe) vers l’espace syrien découle d’une politique de transferts sous le califat de Muʿāwiya (m. 60/680). C’est sans doute dans ce contexte qu’ils auraient été affiliés à la nomenclature épiscopale miaphysite, à une époque où il était possible de participer au mouvement des croyants tout en s’intégrant à l’Église d’Antioche.

When Western Syriac literature designates the Christian Arabs (ṭayyōyē krisṭyōnē), it is ­often through a ternary expression, the « Tanūkōyē, ʿAqūlōyē and Ṭūʿōyē », in variable order. These people (ʿammē) played a very significant role during the second civil war (60‑72/680-692) within the Syriac Orthodox Church, as it is starting to consider the Muslim alterity. At this ­specific time, a homonym bishopric is attested, especially under Georges’ authority (d. 105/724), one of the main intellectuals of this time. These populations seem to have lived in « the Occident » (then forming the ǧund of Qinnasrīn) and in the post-Roman Upper Mesopotamia (the Ǧazīra) during the Umayyad period. The Tanūḫ (Tanūkōyē) are defined as an Iraqi community partially settled in northern Syria, but the period of this migration, traditionally dated to the proto-Byzantine era, is still indeterminate. The two other words are less clear: the ʿAqūlōyē are related to the people of al‑Kūfa (the expression is almost certainly post‑Hiǧra) while the Ṭūʿōyē would correspond to ancient groups from the same area. Our hypothesis is that the moving of these Iraqi ʿammē, designated by this ternary standardized ethnonym (they are not tribes in the sense of arabic nasab) to the Syrian space results from a transfer policy under Muʿāwiya (d. 60/680). It is most likely in this context that they might have been affiliated to the episcopal miaphysit nomenclature, at a time where it was possible to participate in the Believers’ movement while including one’s self in the Antiochene Church.


1 notices triées par date de parution, page 1 : [1]