Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

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Séminaire doctoral

Du dimanche 6 avril 2008 au jeudi 10 avril 2008 , IFAO géolocalisation IFAO

Les Littéralismes dans les monothéismes

Organisé par Sylvie Denoix (IFAO), Gilles Dorival et Didier Pralon (MMSH, Aix-en-Provence)


Partenaire(s) de l’Ifao: IFAO-IDEO-CFCC-UMR CNRS ‘Textes et documentsde la Méditerranée antique et médiévale’

Consultez le programme.

Le terme de fondamentalisme s’est imposé tant dans l’usage courant des diverses langues européennes que dans l’approche savante des analystes du contemporain pour décrire des courants juifs, chrétiens, musulmans, hindouistes, bouddhistes, etc., qui s’opposent aux évolutions et aux adaptations des religions dont ils sont issus et qui prétendent revenir aux fondements ou aux fondamentaux de leurs croyances respectives. Cette prétention se traduit dans des comportements exclusivistes et, dans certains cas, violents. Les fondamentalismes ont suscité beaucoup de travaux. L’un des plus importants a été le Fundamentalism Project qui a été entrepris sous les auspices de l’American Academy of Arts and Sciences et qui a abouti à la publication de plus de cent contributions réparties en cinq gros volumes parus entre 1991 et 1995. Au terme de l’entreprise, les contributeurs restent divisés sur deux questions : le fondamentalisme est-il un phénomène exclusivement moderne, ou est-il un phénomène caractéristique des monothéismes ? Et est-il légitime d’exporter le concept de fondamentalisme en dehors du christianisme, du judaïsme et de l’islam ? En fait, une réflexion sur l’histoire du fondamentalisme conduit à une interrogation plus radicale. Les courants fondamentalistes apparaissent aux États-Unis dans les années 1890 au sein des églises évangéliques. Appliquer le même terme à d’autres courants chrétiens (comme l’intégrisme catholique) et a fortiori à d’autres religions revient à nier l’originalité même du fondamentalisme américain et à favoriser la confusion. De plus, les croyants convaincus, quelles que soient leurs religions d’appartenance, pensent tous qu’ils sont fidèles aux fondements de leur foi. Cela est vrai non seulement de ceux que l’on appelle fondamentalistes, mais aussi de croyants qui se situent aux antipodes de ces derniers, comme les protestants libéraux allemands des années 1900. La référence aux fondements ne doit pas être confondue avec le fondamentalisme.

Comment échapper aux confusions et aux simplifications qu’entraîne le concept de fondamentalisme ? Le Fundamentalism Project décrit les fondamentalismes en faisant appel aux méthodes de l’anthropologie, de la sociologie et de la science politique. Il s’agit de mettre au jour le fonctionnement idéologique et organisationnel de groupes particuliers. Bien entendu, cette analyse est indispensable. Mais il y a lieu de se demander s’il ne faut pas compléter cette approche en faisant appel à l’histoire culturelle et intellectuelle. En effet, les courants fondamentalistes prétendent tous qu’ils énoncent la vérité des textes fondateurs dont ils se réclament, Bible et Coran notamment. Ils dénoncent les travestissements auxquels, selon eux, ceux-ci ont donné lieu à travers l’histoire, notamment les arrangements avec la modernité, et ils veulent revenir au sens originel du texte. Or, selon eux, celui-ci se donne de manière évidente à tout lecteur de bonne foi : c’est le sens littéral du texte, qui va de soi et qui s’impose à tous. Mais les historiens de la culture religieuse savent que le sens donné aux textes sacrés est le résultat de constructions intellectuelles complexes. Ce sens présente des variations dans le temps et l’espace. À une même époque, les interprétations entrent en conflit et parfois même en contradiction. À cela s’ajoute le fait que, en règle générale, les interprètes les plus anciens des textes sacrés développent une herméneutique à deux niveaux de sens : le sens selon la lettre et le sens caché. Situés dans cette perspective, les fondamentalismes apparaissent comme un courant herméneutique particulier, qui évacue le sens caché et qui ignore la complexité historique de l’établissement du sens littéral. De la sorte, ils appartiennent aux mondes lettrés, même s’ils s’en défendent. Ce sont donc des constructions intellectuelles, qu’il faut analyser comme telles. Assurément, l’anthropologie, la sociologie et la science politique n’ignorent pas les textes de référence des fondamentalismes. Mais elles se contentent de prendre acte de leur prétention à énoncer le seul vrai sens littéral, sans s’interroger ni sur la manière dont ce sens est établi, ni sur les éventuelles manipulations auxquelles cet établissement donne lieu. Jamais, les fondamentalismes ne sont situés dans le cadre d’une histoire des interprétations intellectuelles. Or, replacés dans un tel contexte, les fondamentalismes relèvent de ce que l’on peut appeler le littéralisme. Ce terme désigne des courants d’interprétation qui, non seulement prennent les textes fondateurs au pied de la lettre et dénient l’existence d’un sens caché et plus profond, mais encore affirment que le sens littéral relève de l’évidence, et non d’un travail sur le texte, et qu’il ne peut donner lieu à discussion. Reposant sur l’idée que le sens du texte va de soi, les littéralismes n’ont pas besoin de se justifier par la formulation d’une théorie herméneutique, mais celle-ci est évidemment implicite et consiste à penser que la lettre du texte est évidente, qu’elle n’est pas le résultat d’une construction intellectuelle, qu’elle est invariable dans le temps et dans l’espace et qu’il n’y a pas d’autre sens que le sens littéral évident.

Ce sont les littéralismes à l’œuvre dans les grands monothéismes (judaïsme, christianisme, islam) tant aux époques anciennes que dans la période contemporaine qui feront l’objet de la session d’études doctorales.

Programme

Dimanche 6 avril

9h-13h Gilles Dorival (Aix-Marseille 1, Institut Universitaire de France) : Le concept de littéralisme est-il opératoire ?

Didier Pralon (Aix-Marseille 1) : La lettre dans la pensée grecque.

13h-15h Déjeuner

15h-16h 30 Mahmoud Azab (INALCO) : Tendances littéralistes dans l’islam sunnite.

16h 30-18h Travail en atelier à l’IDEO des doctorants et restitution.

Réception à l’Ambassade de France

Lundi 7 avril

9h-12h Film La politique et Dieu en présence de l’auteur, Abraham Ségal, et discussion.

12h-13h Emilio Platti (IDEO) : Le littéralisme de Mawdûdî

13h-15h Déjeuner.

15h-18h Visite du cimetière du Qarâfa (Le Caire) avec Sylvie Denoix (IFAO).

Mardi 8 avril

9h-13h Edouard Robberechts (Aix-Marseille 2) : Les écritures comme signe : entre l’évidence d’un plein et l’appel d’un vide ?

Michel Tardieu (Collège de France) : Ignorer ce que lire veut dire : la conception du monde d’un conteur chrétien syriaque illettré du Tûr Abdîn (Turquie orientale, XIXe siècle).

13h-15h Déjeuner

15h-16h 30 Jean-Pierre Filiu (Institut d’Etudes Politiques de Paris): D’une apocalypse à l’autre, la relecture islamique de la fin des temps à partir du fondamentalisme protestant.

16h 30-18h Travail à l’IDEO des doctorants en atelier et restitution.

Mercredi 9 avril

9h-13h Michel Cuypers (IDEO) : Le Coran: lecture littérale traditionnelle, lecture littérale fondamentaliste

Gideon Aran (Université hébraïque de Jérusalem) : Les mouvements littéralistes dans l’Israël contemporain.

13h-15h Déjeuner.

15h-18h Travail à l’IDEO des doctorants en atelier et restitution.

Jeudi 10 avril

9h-10h 30 Mathias Morgenstern (université deTübingen) : Le littéralisme dans l’histoire des Juifs.

10h-13h Travail des doctorants en atelier et restitution finale.

13h-15h Déjeuner et fin de la session.