Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Chronologie de la vallée du Nil

durant l’Holocène ancien (7000-3000 BC)

Responsables: Béatrix Midant-Reynes (spécialiste de l'époque prédynastique, IFAO); Michel Wuttmann† (Ingénieur chimiste, responsable du laboratoire d'étude des matériaux et de datation C14, IFAO).

Collaborations: François Briois (préhistorien, EHESS); Nathalie Buchez (archéologue, INRAP); Christiana Köhler (égyptologue, univ. de Vienne); Stephan Seidlmayer (égyptologue, DAIK); Y. Tristant (archéologue, Macquarie Univ., Sydney).

L’objectif du projet est de participer à l’élaboration d’une chronologie objective, compréhensive et validée de la Préhistoire égyptienne (7000-3000 BC) grâce aux deux outils majeurs dont dispose l’Ifao: 1. son laboratoire C14 et les recherches qui y sont conduites dans le domaine de l’archéométrie; 2. les sites archéologiques qui couvrent la période considérée tant dans la vallée que dans les déserts (Adaïma en Haute Égypte; Kôm el-Khilgan et Tell el-Iswid dans le Delta; Douch dans l’oasis de Kharga).

La chronologie de l’Égypte préhistorique (du Néolithique à l’émergence de l’État) constitue un domaine de recherche encore à explorer.

Bien que, dès la fin du XIXᵉ siècle, il ait été investi par de nombreux chercheurs, c’est seulement depuis quelques décennies que des progrès ont été réalisés grâce à la multiplication des fouilles et à l’application de méthodes issues de technologies nouvelles comme le radiocarbone.

Durant longtemps, les datations pour cette période ont été fondées sur un système élaboré par Fl. Petrie au tout début du XXᵉ siècle. Ce système, les Sequence Dates, est basé sur une méthode de sériation manuelle, qui a permis de reconnaître les trois grandes périodes du Prédynastique (Naqada I, II, III). Revue vers la fin des années 1950 par W. Kaiser, puis, vers la fin des années 1980, par St. Hendrickx, cette méthode a subi des modifications notoires, notamment lorsque les données issues de fouilles nouvelles se sont multipliées et que les analyses ont pris appui sur les outils statistiques (Buchez, Hartmann, Wilkinson dans Köhler 2011).

Par ailleurs, l’ouverture du Delta à l’archéologie et plus particulièrement à l’archéologie prédynastique a fait découvrir aux archéologues un matériel nouveau, qui n’entrait pas dans les cadres définis par la chronologie traditionnelle, fondée, quant à elle, sur du matériel provenant des cimetières de Haute Égypte. Il convient également de prendre en compte un autre élément essentiel à la discussion: si les habitats sont très mal connus en Haute Égypte où le funéraire domine largement, le Delta en revanche livre de nombreuses occupations domestiques et il s’y développe une véritable architecture en briques crues. On a pour cette région des sites stratifiés, implantés sur des buttes sableuses fossiles (gezira), totalement inconnus au Sud. L’application des méthodes du C14 à la datation prédynastique a jusqu’à aujourd’hui donné peu de résultats, parce qu’on a voulu l’intégrer – voire la lui faire valider – à la chronologie relative de Petrie-Kaiser-Hendrickx, élaborée à partir de variations plus ou moins sensibles des céramiques (Midant-Reynes, Sabatier 1999). Toutes ces données nouvelles ont fait l’objet de tables rondes lors des colloques organisés tous les 3 ans depuis 2001 sur le thème des origines (Cracovie 2002: Hendrickx et al. 2004; Toulouse 2005: Midant-Reynes, Tristant 2008; Londres, 2008: Friedman & Fiske 2011; New-York 2011: à paraître). Une synthèse est publiée dans Archéo-Nil 21 par C. Köhler (2011).

Un autre volet important des découvertes des dernières décennies vient des grandes prospections et des campagnes de fouilles qui ont traversé le Sahara oriental et mis en évidence un Néolithique ancien sur la base de datations radiocarbone pratiquées sur des coquilles d'œufs d’autruches et sur du charbon. Or des exemples récents (Briois, Midant-Reynes, Wuttmann 2008) ont montré que des biais intervenaient selon le matériau daté et qu’il convenait de reconsidérer les trains de datations déjà disponibles en fonction de ces éléments nouveaux. Plus généralement, il est apparu qu'il faut prendre en considération la possibilité d'effets réservoir dans des écosystèmes fermés sans changement climatique important, et des effets saisonniers qui conduisent à décaler les dates calibrées de quelques décennies (mis en évidence lors de la modélisation de la chronologie historique égyptienne par l'équipe d'Oxford en 2010).

Avec ses seules potentialités, l’Ifao est à même de conduire un programme performant. L'exploitation de ces données devrait permettre la construction de modèles de chronologie absolue site par site, mais aussi régionaux, selon l’approche bayésienne, qui permet d’affiner la fiabilité du modèle statistique. Son rôle est crucial, puisque l'institut dispose du seul laboratoire habilité à dater des échantillons prélevés sur le territoire égyptien. C'est aussi la raison pour laquelle le laboratoire se dotera prochainement d'une ligne de préparation de cibles graphite pour les accélérateurs dans le cadre de mesures AMS (Accelerator mass spectrometry).

Son inscription dans un projet plus vaste (The Relative Chronology of the Egyptian Nile Valley during the Early Holocene Period) porté en collaboration avec l’université de Vienne (C. Köhler) et l’Institut allemand d’archéologie du Caire (St. Seidlmayer), répond au souci d’intégrer et d’harmoniser nos travaux avec ceux de nos collègues, de leur donner une plus grande résonance et de les valider au sein de la communauté scientifique internationale.

Actions prévues: Réalisation de modèles bayésiens de chronologie absolue pour des sites choisis et pour des ensembles régionaux à partir de datations radiocarbone existantes complétées de nouvelles mesures. Participation aux conférences tri-annuelles «Radiocarbon and Archaelogy»; prévues en 2013 et 2016.

Publications prévues: Publication en ligne de dates radiocarbone commentées, sous forme de base de données. Articles rendant compte des modèles bayésiens les plus concluants.

Bibliographie sélective:

  • Fr. Briois, B. Midant-Reynes, M. Wuttmann, Le gisement épipaléolithique de ML1 à 'Ayn-Manâwir, FIFAO 58, 2008.
  • St. Hendrickx, «The Relative Chronology of the Naqada Culture, Problems and Possibilities», dans J. Spencer (ed.), Aspects of Early Egypt, Londres, 1996, p. 36-69.
  • B. Midant-Reynes, P. Sabatier, «Préhistoire et radiocarbone», Archéo-Nil 9, 1999, p. 83-108.
  • C. Köhler (ed.), La chronologie relative de la Basse Vallée du Nil jusqu’au 3ᵉ millénaire BC, ArchéoNil 21, 2011.
  • M. Wuttmann, F. Briois, B. Midant-Reynes, T. Dachy, Dating the end of the Neolithic in an eastern Sahara oasis: modeling absolute chronology, Radiocarbon 54, 2012, p. 305-318.

Chronology of the Nile valley

during the Early Holocene (7000-3000 BC)

Supervisors: Béatrix Midant-Reynes (specialist, predynastic period, IFAO); Michel Wuttmann† (chemical engineer, supervisor of materials study and C14 dating lab, IFAO).

Collaborators: François Briois (prehistorian, EHESS); Nathalie Buchez (archaeologist, INRAP); Christiana Köhler (egyptologist, Univ. of Vienna); Stephan Seidlmayer (egyptologist, DAIK); Y. Tristant (archaeologist, Macquarie Univ., Sydney).

The aim of the project is to draw up an objective, comprehensive and accepted chronology of Egyptian prehistory (7000-3000 BC) using the two major assets at the IFAO’s disposal. Firstly, its C14 dating laboratory and the research undertaken there in the field of archaeometry. And secondly, the archaeological sites that cover the period in question, both in the valley and in the deserts (Adaima in Upper Egypt, Kom el-Khilgan and Tel el-Iswid in the Delta, and Dush in Kharga oasis).

The chronology of prehistoric Egypt, from the Neolithic to the emergence of the State, represents a field of research that is still to be explored.

While numerous researchers entered into this field from the end of the 19th century, it is only in the past few decades that progress has been made, thanks to the increase in excavations and the application of new technological methods, such as radiocarbon dating.

For a long time, dating for this period was based upon a system created by Flinders Petrie at the very beginning of the 20th century. This system, the Sequence Dates, was a method involving manual seriation that helped to recognise the three great predynastic periods (Naqada I, II, III). It was first revised towards the end of the 1950s by W. Kaiser, and then again at the end of the 1980s by S. Hendrickx. The method later underwent notable modifications as data from new excavations increased and analysis of this data began to use statistical tools (Buchez, Hartmann, Wilkinson in Köhler 2011).

Moreover, the opening of the Delta to archaeology, and more particularly to predynastic archaeology, has introduced the archaeologists to new material that does not fit into the framework defined by the traditional chronology, which is itself based upon material from the cemeteries of Upper Egypt. It is also necessary to take into account another essential element in the discussion. While the inhabitants are very poorly known in Upper Egypt where all that is funerary dominates, the Delta by contrast provides many domestic occupation sites and boasts a rich architecture of raw brick. This region holds stratified sites set upon ancient sandy elevations (gezira) that are totally unknown in the south. The application of C14 methods for dating the predynastic has until today given few results because one has always tried to integrate it into, indeed to validate it by the relative chronology of Petrie-Kaiser-Hendrickx that is based upon more or less perceptible variations in ceramics (Midant-Reynes, Sabatier 1999). All of this new data has been the object of round tables during the conferences organised ever three years since 2001 on the theme of origins (Cracow 2002: Hendrickx et al. 2004; Toulouse 2005: Midant-Reynes, Tristant 2008; London, 2008: Friedman & Fiske 2011; New York 2011: forthcoming). A synthesis has been published in Archéo-Nil 21 by C. Köhler (2011).

Another important addition to the discoveries of recent decades comes from the large prospections and excavation campaigns that have crossed the eastern Sahara and revealed an early Neolithic based upon radiocarbon dating of ostrich eggs and of charcoal. Recent examples (Briois, Midant-Reynes, Wuttmann 2008) have shown there to be discrepancies according to the dated material and that one should reconsider the available dating sets in the light of these new elements. More generally, it has appeared that one must take into consideration the possibility of reservoir effects in closed ecosystems without any serious climatic change, and seasonal effects that lead to shifting the measured dates by several decades (as revealed by the investigation of the Egyptian historical chronology by the team from Oxford in 2010).

With its own means, the IFAO is in a position to run a successful programme. Use of this data should lead to the construction of absolute chronology models site by site, and also regionally, using the Bayesian approach that refines the reliability of the statistical model. The Institute’s role is crucial since it holds the only laboratory authorised to date samples taken on Egypt soil. This is also the reason why the laboratory will soon be equipped with a line for the preparation of graphite targets for use in accelerator mass spectrometry (AMS).

The IFAO has signed up to a wider project entitled The Relative Chronology of the Egyptian Nile Valley during the Early Holocene Period in collaboration with the University of Vienna (C. Köhler) and the German Archaeological Institute in Cairo (S. Seidlmayer) in the desire to integrate and coordinate our work with that of our colleagues, so that it will have even greater resonance and validation within the international scientific community.

Planned activities:creation of Bayesian models of absolute chronology for selected sites and for regional ensembles using existing radiocarbon dating measures complemented with new readings. Participation in the triennial conferences, “Radiocarbon and Archaeology” planned for 2013 and 2016.

Planned publications:on line publication of radiocarbon dates with commentary, in the form of databases. Articles covering the most conclusive Bayesian models.

Selected Bibliography:

  • Fr. Briois, B. Midant-Reynes, M. Wuttmann, Le gisement épipaléolithique de ML1 à 'Ayn-Manâwir, FIFAO 58, 2008.
  • St. Hendrickx, «The Relative Chronology of the Naqada Culture, Problems and Possibilities», in J. Spencer (ed.), Aspects of Early Egypt, Londres, 1996, p. 36-69.
  • B. Midant-Reynes, P. Sabatier, «Préhistoire et radiocarbone», Archéo-Nil 9, 1999, p. 83-108.
  • C. Köhler (ed.), La chronologie relative de la Basse Vallée du Nil jusqu’au 3ᵉ millénaire BC, ArchéoNil 21, 2011.
  • M. Wuttmann, F. Briois, B. Midant-Reynes, T. Dachy, Dating the end of the Neolithic in an eastern Sahara oasis: modeling absolute chronology, Radiocarbon 54, 2012, p. 305-318.