Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Archives privées dans l’Égypte ottomane et contemporaine

Responsable: Nicolas Michel (IFAO; univ Provence, CNRS-UMR 7310 IREMAM).

Collaborations: Charlotte Deweerdt (doctorante, CNRS-UMR 7310 IREMAM); Pascale Ghazaleh (AUC); Magdi Guirguis (AUC et univ. de Zagazig); Malak Labib (doctorante, CNRS-UMR 7310 IREMAM); Hussein Omar (doctorant, University of Oxford); Rudolph Peters (Law of Islam and the Middle East, Amsterdam Univ.); Ola Seif (Photograph and Cinema Collections Curator, AUC); Terence Walz.

Institution partenaire: CNRS-UMR 7310 IREMAM.

Le programme se propose de tenter une histoire des papiers privés produits en Égypte, durant les cinq derniers siècles, en combinant l’étude d’ensembles documentaires inédits, la prospection de fonds nouveaux et la recherche de traces d’archives privées dans la documentation publique.

Par le partage d’expériences variées, il vise aussi à proposer une méthode d’approche de l’archive privée, source jusqu’ici trop souvent ignorée ou délaissée.

Une situation de pénurie

Certes, comparé aux autres régions du monde musulman, l’Empire ottoman offre aux historiens une situation privilégiée, du fait de l’abondance des archives qu’il abrite encore. Néanmoins, ces archives, pour la plupart d’ordre administratif, fiscal ou judiciaire, sont de provenance publique; elles expriment le point de vue des agents d’autorité. Le contrepoint des papiers privés fait défaut.

Avant le XIXᵉ siècle, en effet, très peu d’archives privées sont connues au Proche-Orient et, semble-t-il, préservées. L’Égypte ne fait pas exception. Aussi tout ensemble nouvellement découvert acquiert une valeur précieuse, qui légitime de le traiter avec les outils éprouvés de la papyrologie antique.

Trois ensembles au cœur du programme

Trois ensembles inédits forment le cœur du programme:

  • Les papiers privés d’une famille de l’oasis de Kharga retracent, de 1558 à nos jours, la formation d’un patrimoine qui consiste avant tout en droits d’eau.
  • Les archives de négociants d’Asyût au milieu du XIXᵉ siècle permettent, à travers registres de comptabilité, titres de propriété et correspondance, d’éclairer leurs pratiques économiques.
  • Les dossiers d’un cabinet d’avocats alexandrin, Wallace, Maxwell et Tagher, entre les années 1920 et 1970, font plonger dans les intérêts variés d’une clientèle diversifiée.

Des interrogations

Au-delà de l’inventaire et de l’étude indispensables de ces fonds, s’impose un travail de reconstitution d’un pan de la documentation presque entièrement disparu. Quels textes étaient produits à l’usage des particuliers, ou par eux-mêmes? Lesquels ceux-ci se souciaient-ils de conserver, sous quelle forme, et combien de temps? Dans quels buts? Doivent être distinguées les fonctions liées à la preuve ou à son support, au prestige social, à l’identité et à la structure du groupe familial.

On formulera, à titre d’hypothèse, que les archives privées s’organisent autour de deux pôles, la preuve et le patrimoine. Chacun d’eux doit être mis en perspective.

Une histoire

Le régime de la preuve de même que la composition, la défense et la transmission des patrimoines ont subi des modifications profondes au XIXᵉ siècle, du fait des réformes du droit et de la justice, de formes nouvelles de la propriété, du renouvellement des élites et de l’évolution de la cellule familiale – bref, des formes multiples de la modernité. Le programme se propose de rendre compte de ces transformations, en lançant une passerelle entre les époques ottomane et contemporaine.

À partir de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, les archives privées semblent abonder; mais jusqu’ici, à quelques éminentes exceptions près, on s’est peu préoccupé de les rassembler, encore moins de les étudier avec le soin dont sont entourés les documents réputés plus rares. On ne sait rien des pratiques mêmes des particuliers, créateurs des fonds et premiers archivistes. Les contemporanéistes gagneront à découvrir les techniques des spécialistes des époques plus anciennes et ces derniers, à se confronter aux problématiques des spécialistes de la modernité.

Actions et publications prévues

1. Traiter les archives des derniers siècles comme une documentation exceptionnelle: inventaire, étude et édition partielle ou complète des trois ensembles constituant le cœur du programme.

2. Suivre la trace de papiers privés:

  • Dans les archives publiques: étude des mentions de papiers entre les mains des particuliers, dans les inventaires de successions et les procès, dont copie figure dans les registres des tribunaux.
  • Aux mains de particuliers: à partir des archives de Kharga, d'Asyût et des clients du cabinet Wallace, Maxwell et Tagher, étendre la prospection aux familles proches, afin de repérer de nouveaux gisements documentaires ou, au moins, des pratiques de conservation de papiers aujourd’hui perdus ou détruits.
  • Dans les cabinets d’avocats: étendre l’enquête aux autres cabinets d’avocats, afin de mesurer le caractère exceptionnel ou banal des dossiers préservés.

3. Donner du sens aux fragments.

Le programme associe à l’Ifao de jeunes chercheurs égyptiens, bons spécialistes des archives publiques et de terrains spécifiques. Il organise des échanges autour d’une bibliographie partagée.

Rencontres

  • Journées d’études autour de deux ensembles de questions: peut-on écrire une histoire des archives privées en Égypte dans les cinq derniers siècles? Est-il possible de dégager une méthodologie du repérage, de la collecte et de l’étude de papiers privés?
  • Colloque final confrontant ces expériences autour des archives privées depuis le XVIᵉ siècle dans le cadre proche-oriental, sans exclure la comparaison avec d’autres aires culturelles.

Bibliographie sélective

  • R. Peters, Waṯā’iq Madīnat al-Qaṣr bi-l-Wāḥāt al-dāḫila maṣdaran li-tārīḫ Miṣr fī al-‘aṣr al-‘uṯmānī, Dār al-kutub wa-l-waṯā’iq al-qawmiyya, Le Caire, 2011.
  • S. A. Mīlād, Waṯā’iq al-Wāḥāt al-miṣriyya. Dirāsa wa-našr wa-taḥqīq, Dār al-kutub wa-l-waṯā’iq al-qawmiyya, Le Caire, 1423/2003.
  • T. Walz, «Family Archives in Egypt. New Light on Nineteenth-Century Provincial Trade», dans L’Égypte au XIXᵉ siècle, Colloques internationaux du Centre national de la recherche scientifique 594, Éditions du Cnrs, Paris, 1982, p. 16-33.
  • T. Walz, «Asyût in the 1260’s (1844-1853)», Journal of the American Research Center in Egypt 15, 1978, p. 113-126.

Private archives in Ottoman and contemporary Egypt

Supervisor: Nicolas Michel (IFAO; Univ Provence, CNRS-UMR 7310 IREMAM).

Collaborators: Charlotte Deweerdt (doctoral student, CNRS-UMR 7310 IREMAM); Pascale Ghazaleh (AUC); Magdi Guirguis (AUC and Univ. de Zagazig); Malak Labib (doctoral student, CNRS-UMR 7310 IREMAM); Hussein Omar (doctoral student, University of Oxford); Rudolph Peters (Law of Islam and the Middle East, Amsterdam Univ.); Ola Seif (Photograph and Cinema Collections Curator, AUC); Terence Walz.

Partner institution: CNRS-UMR 7310 IREMAM.

The programme is endeavouring to build a history of private papers from Egypt over the last five centuries. This involves a combination of studying collections of unpublished documents, exploring new collections, and searching within public documentation resources for traces of now vanished private archives.

In addition, through the sharing of varied experiences, the programme aims to propose a method for approaching the private archive, a source that has, until now, been too often ignored or neglected.

A shortage

It is true that the Ottoman Empire, when compared to other regions of the Muslim world, provides much for historians because of the abundance of archives that it still holds. Nevertheless, these archives, mostly of an administrative, fiscal or judicial nature, are of public origin and express the point of view of the authorities and their agents. The counterpoint that would be provided by private papers is missing.

Indeed, very few private archives in the Near East are known of or, it seems, have been preserved from before the 19th century. Egypt provides no exception. Thus, any newly discovered collection is of great value and deserves to be treated with the proven instruments applied to ancient papyrology.

Three collections at the heart of the programme

Three unpublished collections form the core of the programme:

  • The private papers of a family from Kharga oasis, running from 1558 until today, that recount the creation of a heritage consisting principally of water rights.
  • The archives of merchants from Assiut in the mid-19th century, which, through accounting records, property titles and correspondence, shed light upon their economic practices.
  • LThe files from an Alexandria legal practice, Wallace, Maxwell and Tagher, from between the 1920s and 1970s open up the varied interests of a divers clientele.

Questions

Beyond the essential inventory and study of these collections, there is also the work of rediscovering an aspect of the documentation that has almost entirely disappeared. What texts were produced for the use of private individuals, or by them? Which of these were they concerned to preserve, in what form and for how long? And to what end? One needs to distinguish the actions that were linked to evidence and its support, to social standing, to identity and to the structure of the family group.

We shall propose, hypothetically, that private archives were built around two poles, evidence and inheritance, each of which must be put in perspective.

A history

The system of evidence, just as the composition, defence and transmission of inheritance, underwent profound changes in the 19th century as a result of legal and judicial reforms, new forms of property, renewal of the elites and changes in the family unit – briefly put, multiple forms of modernity. The programme proposes to take these transformations into account by building a bridge between the Ottoman and contemporary eras.

Beginning from the second half of the 19th century, private archives seem to be plentiful, however, with a few notable exceptions, there has been little attempt to gather them and even less to study them with the care devoted to supposedly more rare documents. We know nothing of the actual practices of the individuals, the creators of these collections and the first archivists. Scholars of the contemporary period can benefit from discovering the techniques of specialist of more ancient periods, and these latter can learn from facing the challenges of specialists of modernity.

Proposed activities and publications

1. Processing the archives as befits important documents: inventory, study and partial or complete publication of the three collections at the heart of the programme.

2. Following the trail of private papers:

  • In public archives: examining the mention of private papers that may appear in inheritance inventories and legal actions, copies of which are to be found in court records.
  • In private hands: using the archives of Kharga, Assiut and the clients of Wallace, Maxwell and Tagher as a documentary base from which to understand practices of preservation or destruction of private papers, and to extend the search to close family and/or clients in order to locate new collections.
  • DIn lawyers’ offices: extending the search to other law offices in order to judge the importance or otherwise of the preserved files.

3. Making sense of the fragmentary.

The programme includes the involvement young Egyptian researchers specialised in the public archives and other specific fields. A shared bibliography serves as a basis for exchanges.

Meetings

  • Study days around two sets of questions: can one write a history of private archives in Egypt over the last five centuries? Is it possible to construct a methodology for the location, gathering and study of private papers?
  • Final conference to discuss the experiences involved in private archives since the 16th century within the Near East, without excluding possible comparisons with other cultural areas.

Selective bibliography

  • R. Peters, Waṯā’iq Madīnat al-Qaṣr bi-l-Wāḥāt al-dāḫila maṣdaran li-tārīḫ Miṣr fī al-‘aṣr al-‘uṯmānī, Dār al-kutub wa-l-waṯā’iq al-qawmiyya, Cairo, 2011.
  • S. A. Mīlād, Waṯā’iq al-Wāḥāt al-miṣriyya. Dirāsa wa-našr wa-taḥqīq, Dār al-kutub wa-l-waṯā’iq al-qawmiyya, Cairo, 1423/2003.
  • T. Walz, «Family Archives in Egypt. New Light on Nineteenth-Century Provincial Trade», dans L’Égypte au XIXᵉ siècle, Colloques internationaux du Centre national de la recherche scientifique 594, Éditions du Cnrs, Paris, 1982, p. 16-33.
  • T. Walz, «Asyût in the 1260’s (1844-1853)», Journal of the American Research Center in Egypt 15, 1978, p. 113-126.