Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Wâdî ʿAraba

flèche chronologique de -300000 à 600 env.

Nom du site: Ouadi Araba وادى عرابة

Responsable: Yann Tristant (archéologue, protohistorien, Macquarie Univ.).

Collaborations: Grégory Marouard (archéologue, The Oriental Institute, Univ. of chicago); Olivier Onézime (topographe, IFAO); Sylvie Marchand (céramologue, IFAO); Béatrix Midant-Reynes (archéologue, protohistorienne, IFAO) ; Pierre Tallet (égyptologue, univ. Paris IV-Sorbonne).

Institutions partenaires:

Dates du chantier: janvier-février

Le ouadi Araba est une vallée aride qui s’étend sur près de 160 km depuis Za‘farana, sur le littoral de la mer Rouge, jusqu’à la vallée du Nil, au nord de Beni Souef. Visitée par les géologues et les savants depuis le XIXᵉ siècle – Brunton, Schweinfurth, Figari, Fourtau, Ball –, la région n’a toutefois pas encore été explorée systématiquement et reste un territoire presque totalement inconnu. Les documents ponctuels que l’on peut réunir sur cette voie de communication – la seule qui relie la Moyenne Égypte au golfe de Suez – montrent pourtant le potentiel archéologique et historique unique du ouadi Araba. Dans le désert Oriental, espace de circulation exploité depuis la Préhistoire pour ses ressources en pierre et en minerais de cuivre ou d’or, la prospection et l’inventaire archéologique de cette région offrent des problématiques inédites sur l’étude des pistes du désert entre la vallée du Nil et le Sinaï.

Localisation du Ouadi Araba (d’après Murray J., A Handbook for Travellers in Lower and Upper Egypt, 1880).
Localisation du Ouadi Araba (d’après Murray J., A Handbook for Travellers in Lower and Upper Egypt, 1880).

Historique des fouilles

Le ouadi Araba fait partie des espaces désertiques de l’Égypte encore méconnus du point de vue archéologique. J.G. Wilkinson mentionne en 1832 les ermitages coptes du Galâla et une mine de cuivre d’époque pharaonique. Cette dernière découverte a été reprise par G.W. Murray dans un article publié en 1951. C’est à la même époque qu’un petit groupe d’archéologues amateurs français entreprend une exploration des sites du ouadi Araba. La crise du canal de Suez en 1956 a mis un terme définitif à leur recherche. Occupé par les militaires égyptiens et miné pour éviter toute intrusion depuis la mer Rouge, la région n’a depuis fait l’objet d’aucune nouvelle étude. Depuis 2008, le programme de recherche mené par l’Ifao a pour but d’explorer le ouadi Araba et de réaliser une carte archéologique de cet espace encore inconnu.

Vue panoramique du Ouadi Araba vers le sud (cl. Y. Tristant).
Vue panoramique du Ouadi Araba vers le sud (cl. Y. Tristant).

Durant les deux premières missions, ce sont plus de 200 sites ou faits archéologiques qui ont ainsi pu être repérés : plusieurs sont des sites préhistoriques et prédynastiques, des campements miniers de l’Ancien et du Moyen Empire avec une piste les reliant, des gravures rupestres, des habitats et cimetières romains/byzantins ainsi que des ermitages coptes.

Pointe d’Hélouan et matériel lithique PPNB découvert sur le site de Bir Bouerat (cl. Y. Tristant).
Pointe d’Hélouan et matériel lithique PPNB découvert sur le site de Bir Bouerat (cl. Y. Tristant).
Gravrues rupestres (cl. Y. Tristant).
Gravrues rupestres (cl. Y. Tristant).

Pour les périodes les plus anciennes, de nombreux gisements du Paléolithique ont pu être identifiés sur les basses terrasses du ouadi Araba et au pied du Galâla Nord. Il s’agit de concentrations de matériel en silex épars, sans association avec de quelconques structures visibles. Le Prédynastique se limite quant à lui à quelques gravures rupestres, ibex et peut-être scènes de chasse, dont l’attribution à cette période doit encore être confirmée. À une vingtaine de kilomètres au nord-ouest du monastère Saint-Antoine, sur le site de Bir Bouerat, des pièces lithiques sur lames épaisses et des éclats de pièces bifaciales suggèrent la présence d’industries Nagada III ou Ancien Empire. Cependant la découverte la plus exceptionnelle, qui plus est d’influence orientale, concerne une période encore trop mal connue de la préhistoire égyptienne, le Néolithique. La découverte sur ce même site d’une industrie totalement spécifique, apparentée aux cultures précéramiques du Levant, relance la question du PPNB (Pre-Pottery Neolithic B, 8700-7000 av. J.-C.) en Égypte et la part des influences orientales dans le développement du Néolithique égyptien.

Vue générale du site minier de l’Ancien Empire WAN001 et des structures d’habitat (cl. Y. Tristant).
Vue générale du site minier de l’Ancien Empire WAN001 et des structures d’habitat (cl. Y. Tristant).

La période pharaonique est représentée par des sites miniers de l’Ancien et du Moyen Empire reliés entre eux et aux sources d’eau du Galâla Nord par une piste encore nettement visible dans le paysage. Les installations en pierre, qui ont tout aussi bien pu servir de cabanes ou lieux de stockage pour le matériel, les galeries d’extraction des veines de malachite, le mobilier associé comprenant des jarres de stockage et des outils (pics à gorge, enclumes, marteaux, etc.) témoignent des expéditions organisées dans le désert Oriental pour rapporter du minerai.

Pour les époques plus récentes, des sites romains/byzantins sont liés à l’exploitation de la calcite dans le massif du Galâla Nord et Sud. Le ouadi Araba compte également plusieurs ermitages coptes liés à la présence du monastère Saint-Antoine.

Structure en peigne de l’Ancien Empire sur le site minier WAN001 (cl. Y. Tristant).
Structure en peigne de l’Ancien Empire sur le site minier WAN001 (cl. Y. Tristant).
Ermitage copte sur le site de Bir Bikheit (cl. Y. Tristant).
Ermitage copte sur le site de Bir Bikheit (cl. Y. Tristant).

Perspective

Le but de ce projet est d’explorer de manière systématique le ouadi Araba en suivant les contreforts de l’axe principal et les ouadis secondaires qui dessinent des chemins transversaux pour se déplacer dans le massif du Galâla. Il s’agit de faire l’inventaire des puits, des sites d’occupation (relais, habitats, cimetières, sites d’exploitation minière), des inscriptions rupestres et de tous les documents archéologiques, historiques et géographiques qui concernent cet espace de circulation. L’intérêt principal du programme réside dans son aspect diachronique, depuis la Préhistoire jusqu’à l’époque moderne.

Bibliographie

  • A.L. Fontaine, «Explorations dans l'Ouadi Arabah. Aïn Barda, ses vestiges d'habitat anciens», Bulletin de la Société d’études historiques et géographiques de l’Isthme de Suez 5, 1954, p. 59-88.
  • A.L. Fontaine, «Graffiti trouvés dans l'Ouadi Arabah», Bulletin de la Société d’études historiques et géographiques de l’Isthme de Suez 5, 1954, p. 89-93.
  • M. R. Fourtau, «Voyage dans la partie septentrionale du désert arabique», Bulletin de la Société Khédivale de Géographie 5ᵉ série, 9, 1901, p. 515-577.
  • G. W. Murray, «A New Empire ( ?) Copper Mine in the Wadi ʿAraba», ASAE 51, 1951, p. 217-218.
  • M.S.S. Mansour, «Notes on Wadî Araba and Gabal Umm-Tanaseh Areas», Egyptian Survey and Mining Authority, Report no. 06/1957, 1957.
  • Y. Tristant, «Ouadi Araba», dans L. Pantalacci, S. Denoix (éd.), «Travaux de l’Institut français d’archéologie orientale 2008-2009», BIFAO 109 (2009), p. 612-616.
  • Y. Tristant, «Ouadi Araba», dans L. Pantalacci, S. Denoix (éd.), «Travaux de l’Institut français d’archéologie orientale 2009-2010», BIFAO 110 (2010), p. 318-320.
  • Y. Tristant, «Le désert Oriental durant la préhistoire. Bref aperçu des travaux récents menés dans le Wâdî ‘Araba», Archéo-Nil 21, 2010, p. 51-61.
  • Y. Tristant, «Wâdî ‘Araba 2008-2011: A Summary of the IFAO Archaeological Survey», The Rundle Foundation for Egyptian Archaeology Newsletter 117, 2012, p. 1-2.
  • Y. Tristant, «Nouvelles découvertes dans le désert Oriental. Le ouadi Araba de la préhistoire à l’époque copte», Bulletin de la Société française d’égyptologie 182, 2012, p. 33-53.
  • Y. Tristant, «How to fill a gap? New perspectives about exchanges between Egypt and the Near-East during the early Neolithic Period», dans P. Tallet, E.S. Mahfouz E.S.(eds.), The Red Sea in Pharaonic Times, actes du colloque tenu au Caire et à Ayn Soukhna, janvier 2009 (Cairo, 2012), 145-158.
  • Tristant, Y., “Le survey du Ouadi Araba (désert oriental)”, in Midant-Reynes, B. & Denoix S. (eds), Rapport d’activité de l’IFAO 2011-2012, Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale 112, 2012, p. 17-19.

Wadi Araba

Site name: Ouadi Araba وادى عرابة

Supervisor: Yann Tristant (archaeologist, proto-historian, Macquarie Univ.).

Collaborators: Grégory Marouard (archaeologist, The Oriental Institute, Univ. of Chicago); Olivier Onézime (topographer, IFAO); Sylvie Marchand (ceramologist, IFAO); Béatrix Midant-Reynes (archaeologist, proto-historian, IFAO) ; Pierre Tallet (egyptologist, Univ. Paris IV-Sorbonne).

Partner institutions:

Campaign dates: January-February

Wadi Araba is an arid valley that stretches some 160 km from Zafarana, on the Red Sea coast, to the Nile valley, north of Beni Suef. Despite having been visited by geologists and scholars (Brunton, Schweinfurth, Figari, Fourtau, Ball etc.) since the 19th century, the region has not yet been systematically explored and remains an almost completely unknown territory.

Nevertheless, the occasional documents that can be found concerning this land route – the only such route that connects Middle Egypt with the Gulf of Suez – show the unique archaeological and historical potential of Wadi Araba. Archaeological investigation and survey of the Eastern Desert, an area of traffic and movement since prehistory due to its resources of stone, copper and gold, offer certain novel challenges in the study of desert routes between the Nile valley and the Sinai.

Location of Wadi Araba (from A Handbook for Travellers in Lower and Upper Egypt, 1880, John Murray).
Location of Wadi Araba (from A Handbook for Travellers in Lower and Upper Egypt, 1880, John Murray).

History of the excavations

From an archaeological point of view, Wadi Araba is one of Egypt’s still unknown desert regions. In 1832, J.G. Wilkinson mentioned the Coptic hermitages of Galala and a copper mine of the Pharaonic era. This latter discovery was re-examined by G.W. Murray in an article published in 1951. During the same period, a small group of amateur French archaeologists undertook an exploration of the sites of Wadi Araba. The Suez Crisis of 1956 put an end to their research. Thereafter, occupied by the Egyptian military and sown with landmines to prohibit incursions from the Red Sea, the region has experienced no new studies. Begun in 2008, the IFAO research programme aims to explore Wadi Araba and draw up an archaeological map of this still unknown area.

Panorama of Wadi Araba to the south (photo Y. Tristant).
Panorama of Wadi Araba to the south (photo Y. Tristant).

During the previous campaigns, more than 300 archaeological sites or objects were recorded, including prehistoric and predynastic sites, copper mines of the Old and Middle Kingdoms with a connecting path, rock art sites, Roman/Byzantine housing and cemeteries, as well as Coptic hermitages.

A Helwan point and other PPNB lithic material found on the site of Bir Buerat (photo Y. Tristant).
A Helwan point and other PPNB lithic material found on the site of Bir Buerat (photo Y. Tristant).
Rock carvings (photo Y. Tristant).
Rock carvings (photo Y. Tristant).

As regards the most ancient periods, numerous Palaeolithic deposits have been identified on the lower terraces of Wadi Araba and at the foot of North Galala. These are concentrations of scattered flint material, without any association to whatever structures might be visible. Predynastic evidence is limited to a few rock carvings of ibex and perhaps hunting scenes, and indeed their attribution to this period is still to be confirmed. Some 20 km to the north-west of the monastery of Saint Anthony, on the site of Bir Buerat, lithic material, thick blades and chips from biface pieces, would suggest the presence of Naqada III or Old Kingdom lithic industries. However, the most exceptional discovery, which is, moreover, one of eastern influence, concerns a period still far too poorly understood in Egyptian prehistory: the Neolithic. The discovery on this very same site of a totally specific industry, related to the pre-ceramic cultures of the Near East, launches once again the question of PPNB (Pre-Pottery Neolithic B, 8700-7000 BC) in Egypt and the role of eastern influences in the development of Neolithic Egypt.

General view of the Old Kingdom mining site WAN001 and stone features of the associated camp (photo Y. Tristant)..
General view of the Old Kingdom mining site WAN001 and stone features of the associated camp (photo Y. Tristant)..

La période pharaonique est représentée par des sites miniers de l’Ancien et du Moyen Empire reliés entre eux et aux sources d’eau du Galâla Nord par une piste encore nettement visible dans le paysage. Les installations en pierre, qui ont tout aussi bien pu servir de cabanes ou lieux de stockage pour le matériel, les galeries d’extraction des veines de malachite, le mobilier associé comprenant des jarres de stockage et des outils (pics à gorge, enclumes, marteaux, etc.) témoignent des expéditions organisées dans le désert Oriental pour rapporter du minerai.

The Pharaonic period is represented by Old and Middle Kingdom mining sites connected one to the other and to the water springs of North Galala by a route that is still clearly visible in the landscape. Stone features that could have served just as well as shelters or storage huts, galleries for extracting malachite, and associated material, including storage jars and tools (pickaxes, anvils, hammers etc.), all testify to organised expeditions into the Eastern Desert in search of ore. As regards the more recent periods, Roman/Byzantine sites are connected to the exploitation of calcite in the mountains of North and South Galala. Wadi Araba also includes several Coptic hermitages linked to the presence of Saint Anthony’s monastery.

Comb-shaped structure of the Old Kingdom on the mining site WAN001 (photo Y. Tristant).
Comb-shaped structure of the Old Kingdom on the mining site WAN001 (photo Y. Tristant).
Coptic hermitage at Bir Bikheit site (photo Y. Tristant).
Coptic hermitage at Bir Bikheit site (photo Y. Tristant).

Future perspectives

The aim of this project is the systematic exploration of Wadi Araba following the foothills of the principal axis and the secondary wadis that mark the transversal routes for traffic in the Galala mountains. This will involve drawing up an inventory of wells, occupation sites (staging posts, housing, cemeteries, mining sites), rock-carved inscriptions, and all the archaeological, historical and geographical documentation that concerns this area of movement. The principal interest of the project lies in its particular extended time period, from prehistory until the modern era.

Bibliography

  • A.L. Fontaine, «Explorations dans l'Ouadi Arabah. Aïn Barda, ses vestiges d'habitat anciens», Bulletin de la Société d’études historiques et géographiques de l’Isthme de Suez 5, 1954, p. 59-88.
  • A.L. Fontaine, «Graffiti trouvés dans l'Ouadi Arabah», Bulletin de la Société d’études historiques et géographiques de l’Isthme de Suez 5, 1954, p. 89-93.
  • M. R. Fourtau, «Voyage dans la partie septentrionale du désert arabique», Bulletin de la Société Khédivale de Géographie 5ᵉ série, 9, 1901, p. 515-577.
  • G. W. Murray, «A New Empire ( ?) Copper Mine in the Wadi ʿAraba», ASAE 51, 1951, p. 217-218.
  • M.S.S. Mansour, «Notes on Wadî Araba and Gabal Umm-Tanaseh Areas», Egyptian Survey and Mining Authority, Report no. 06/1957, 1957.
  • Y. Tristant, «Ouadi Araba», dans L. Pantalacci, S. Denoix (éd.), «Travaux de l’Institut français d’archéologie orientale 2008-2009», BIFAO 109 (2009), p. 612-616.
  • Y. Tristant, «Ouadi Araba», dans L. Pantalacci, S. Denoix (éd.), «Travaux de l’Institut français d’archéologie orientale 2009-2010», BIFAO 110 (2010), p. 318-320.
  • Y. Tristant, «Le désert Oriental durant la préhistoire. Bref aperçu des travaux récents menés dans le Wâdî ‘Araba», Archéo-Nil 21, 2010, p. 51-61.
  • Y. Tristant, «Wâdî ‘Araba 2008-2011: A Summary of the IFAO Archaeological Survey», The Rundle Foundation for Egyptian Archaeology Newsletter 117, 2012, p. 1-2.
  • Y. Tristant, «Nouvelles découvertes dans le désert Oriental. Le ouadi Araba de la préhistoire à l’époque copte», Bulletin de la Société française d’égyptologie 182, 2012, p. 33-53.
  • Y. Tristant, «How to fill a gap? New perspectives about exchanges between Egypt and the Near-East during the early Neolithic Period», dans P. Tallet, E.S. Mahfouz E.S.(eds.), The Red Sea in Pharaonic Times, actes du colloque tenu au Caire et à Ayn Soukhna, janvier 2009 (Cairo, 2012), 145-158.
  • Tristant, Y., “Le survey du Ouadi Araba (désert oriental)”, in Midant-Reynes, B. & Denoix S. (eds), Rapport d’activité de l’IFAO 2011-2012, Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale 112, 2012, p. 17-19.