Institut français
d’archéologie orientale - Le Caire

Les praesidia romains du désert Oriental

flèche chronologique de 0 à 300 env.

Noms anciens et actuels des sites concernés: Umm Balad (Domitianè, puis Kainè Latomia), al-Zarqâ (Maximianon), al-Muwayh (Krokodilô), Dawwî, Bir Sayyâla, al-Hamrâ, Bir al-Hammâmât, Qusûr al-Banât, Khashm al-Minayh (Didymoi), Abû Qurayya (Dios), Duwayq (Phalakron?), Jirf (Xèron Pelagos)

Responsable: Hélène Cuvigny (papyrologue, CNRS, IRHT).

Collaborations: Emmanuel Botte (archéologue, École française de Rome), Charlène Bouchaud (archéobotaniste, Museum d'histoire naturelle, Paris) Jean-Pierre Brun (archéologue, CNRS, dir. du Centre Jean Bérard, Naples), Adam Bülow-Jacobsen (papyrologue, ancien professeur de la Fondation Carlsberg, Copenhague), Dominique Cardon (étude des textiles, CNRS), Laetitia Cavassa (Centre Jean-Bérard, Naples), Mohammed Elmaghrabi (papyrologue, univ. d'Alexandrie), Hélène Eristov (étude des peintures et décors, CNRS), Thomas Faucher (archéologue, numismate, IFAO), Hero Granger-Taylor (étude des textiles, Londres), Martine Leguilloux (archéozoologie, sp. du cuir, Centre archéologique du Var, Toulon), Yves Lignereux (archéozoologue, École nationale vétérinaire et museum de Toulouse), Danielle Nadal (restauratrice, Laboratoire Materia Viva, Toulouse , Claire Newton (archéobotaniste, univ. Nottingham), Michel Reddé (archéologue, EPHE), Bérangère Redon (archéologue, CNRS-MOM), Helmut Satzinger (égyptologue, linguiste, univ. de Vienne), Margareta Tengberg (archéobotaniste, univ. Paris X), Khaled Zaza (dessinateur, IFAO).

Institutions partenaires: CSA, Ministère des affaires étrangères

Dates du chantier: entre la mi-décembre et le début de février

Ayant réduit le royaume de Cléopâtre à une province de leur empire (30 av. J.-C.), les Romains procédèrent à une mise en valeur du pays et à un inventaire systématique de ses atouts et de ses richesses naturelles: ils furent particulièrement actifs dans le désert Oriental, qui s’étend entre la vallée du Nil et la mer Rouge. Ils y découvrirent de nouveaux matériaux de prestige pour les grands programmes architecturaux des empereurs (granit du Mons Claudianus, porphyre du Mons Porphyrites) et, sur la côte de la mer Rouge, ils réactivèrent deux ports lagides, Bérénice et Myos Hormos («Port-Souris»), qui devinrent les têtes de ponts obligées de l’itinéraire égyptien pour le commerce de Rome avec l’Arabie du Sud, la Corne de l’Afrique et l’Inde. Les routes de Bérénice et de Myos Hormos avaient un tronçon commun entre Phoinikôn (al-Laqîta) et Koptos (auj. Quft), sur le Nil, où les denrées importées (aromates, épices, encens…) transitaient par de vastes entrepôts pour être dédouanées avant de pénétrer dans le pays.

Le programme «désert Oriental» étudie ces deux aspects de la présence romaine dans la région: d’une part l’exploitation des carrières, d’autre part l’aménagement et la surveillance des deux grandes pistes caravanières, appelées dans l’Antiquité «route de Myos Hormos» et «route de Bérénice». Il tire parti d’une source historique qui a généralement disparu ailleurs qu’en Égypte: la documentation papyrologique, dont la conservation est favorisée par les conditions géographiques et climatiques de ce pays. Si les sites de la vallée du Nil et du Fayoum, pillés et fouillés depuis la fin du XIXᵉ s., ont déjà livré le gros de leurs papyrus, les installations romaines du désert Oriental ont été préservées des interventions humaines jusqu’à récemment. Ces installations se présentent en général comme des fortins ou des villages fortifiés quadrangulaires, appelés dans l’antiquité praesidia. Malheureusement, le développement foudroyant du tourisme sur la côte de la mer Rouge depuis une vingtaine d’années a des répercussions désastreuses sur les sites antiques, devenus buts de safaris en 4x4; les architectures de pierre sèche se dégradent à vive allure, les fouilles clandestines, souvent pratiquées par les Bédouins chercheurs de trésors, minent les murs et ouvrent des cratères dans les dépotoirs par où l’humidité s’insinue. C’est précisément des dépotoirs que provient presque toute la documentation papyrologique du désert Oriental, sous forme non pas de papyrus, mais de tessons inscrits, les ostraca. Une des dimensions de ce programme est donc aussi le sauvetage de ce fragile matériel. Le papyrus, support noble, était sans aucun doute employé par les bureaucrates des postes romains du désert Oriental, mais il était réservé à la rédaction de documents importants qui sont retournés dans la vallée du Nil pour y être archivés. Ce que nous trouvons dans les détritus antiques, ce sont des textes de la vie quotidienne, à caractère souvent privé, d’intérêt éphémère, vite écrits, vite jetés. Exhumés en grand nombre, dans plusieurs sites ayant chacun son profil propre, ces ostraca grecs et, moins souvent, latins, constituent un corpus vivant, qui ne cesse de s’enrichir et de se compléter, dont les données se croisent et s’éclairent de site à site. Ainsi, il a fallu attendre les ostraca de Dios recueillis en 2006 pour comprendre enfin ce qu’était le mystérieux kykleutikon dont il était question dans ceux de Maximianon, trouvés en 1995 (en l’occurrence, un contrat de location mensuelle de prostituée); car il est fréquent, dans cette documentation, de rencontrer des mots inconnus, qui sont le plus souvent des termes techniques.

Les ostraca complètent heureusement les données archéologiques, notamment en fournissant, lorsqu’ils comportent des dates, des repères chronologiques absolus. Souvent, ils livrent le nom antique des sites; surtout, ils sont une source pleine de détails inattendus sur la vie quotidienne des garnisons et des civils qui vivaient dans ces installations et sur la façon dont l’armée romaine du Haut-Empire encadrait le travail dans les metalla impériaux ou surveillait la circulation sur des pistes commerciales.

Historique des fouilles

Un metallon impérial: Umm Balad (fouille 2002-2003)


Vue générale du site de Umm Balad, désert Oriental.
Vue générale du site de Umm Balad, désert Oriental.

Nous avons décidé d’intervenir à Umm Balad après avoir constaté la multiplication croissante des déprédations commises sur ce site dangereusement proche d’Hurghada. Le praesidium contrôlait deux petites carrières de granodiorite nichées dans le flanc sud-ouest du Mons Porphyrites. La modestie de l’exploitation s’explique du fait que le matériau local s’était rapidement révélé de mauvaise qualité: parcouru de microfissures, il ne se prêtait pas à l’extraction des monolithes que les empereurs romains recherchaient. C’est pourquoi le praesidium fut abandonné après quelques années : fondé sous Domitien, avec le nom de Domitianè (sc. latomia = «carrière Domitienne»), il changea de nom au moment de la damnatio memoriae de cet empereur et prit alors l’appellation anodine de Kainè Latomia («Nouvelle carrière»). Bientôt l’architecte Hierônymos, omniprésent dans les ostraca, partira pour les carrières du Mons Claudianus, appelées à un meilleur succès (et où une équipe internationale, également appuyée par l’Ifao, a fouillé de 1987 à 1993).

Mais le présent programme, commencé en 1994, s’est principalement concentré sur les routes de Myos Hormos et de Bérénice, qui traversent la partie méridionale du désert Oriental. Les Romains avaient constitué cette zone en territoire militaire, administré par un chevalier dont le titre était préfet (du désert) de Bérénice. À certaines époques, il a eu rang de procurateur.

Au début de la provincialisation, les Romains s’étaient contentés de creuser quelques puits ou de remployer des puits préexistants, auxquels les caravanes se ravitaillaient à intervalles. Dans le désert Oriental (comme dans le désert Occidental), ces puits sont appelés en grec hydreuma. En 76/77, sous Vespasien, le gouverneur de la province, le préfet d’Égypte Iulius Ursus, alla jusqu’à Bérénice et, sur le chemin du retour, indiqua les endroits où il convenait de forer de nouveaux hydreumata en liaison avec lesquels seraient construits des praesidia. Ce fut probablement la première génération de ces fortins carrés, généralement organisés autour d’un puits, que nous étudions. Pourquoi le pouvoir romain décida-t-il de renforcer ainsi l’équipement des routes? L’hypothèse que nous privilégions pour le moment est qu’il aurait ainsi réagi à la montée de l’agressivité des nomades: des ostraca qui datent de Trajan et d’Hadrien signalent en effet des rezzous perpétrés par des bandes de barbaroi. Strabon, qui visita la région vers 25 av. J.-C., se félicitait au contraire des dispositions pacifiques des Bédouins locaux.

La route de Myos Hormos (1994-1997)

Nous avons d’abord planté nos tentes à al-Zarqâ (Maximianon), puis à al-Muwayh (Krokodilô), les seuls praesidia de cette route qui aient conservé leur dépotoir, mais nous avons également fait des sondages et dressé des plans à Dawwî, Bir Sayyâla, al-Hamrâ, Bir al-Hammâmât et Qusûr al-Banât. La fouille de Maximianon (1994-1995) a fait définitivement justice de l’idée que le port antique de Qusayr al-Qadîm devait être identifié avec le Leukos Limèn que le géographe Claude Ptolémée (IIe s. apr. J.-C.) situe à peu près à cette latitude: il n’est jamais question dans les ostraca de Maximianon que de Myos Hormos. Le toponyme Leukos Limèn («Port-Blanc») est un fantôme, qui dérive probablement d’une confusion avec Leukè Kômè («Blanc Village»), port nabatéen situé sur l’autre rive de la mer Rouge. Krokodilô, comme Maximianon, fut probablement fondé sous les Flaviens, mais seul subsiste son dépotoir trajanien et des premières années d’Hadrien. Le fortin fut alors abandonné, probablement parce qu’il était implanté dans un endroit qui l’exposait à de trop fréquentes crues de l’oued: il fut alors, selon nous, remplacé par le praesidium de Bir al-Hammâmât.

Journal de la poste militaire (Krokodilô, 108 apr. J.-C. ou un peu avant).
Journal de la poste militaire (Krokodilô, 108 apr. J.-C. ou un peu avant).

Krokodilô doit son nom au grand rocher qui le domine et qui, vu sous un certain angle, présente le profil d’un crocodile. Un cavalier dace appelé Dida a laissé sur ce rocher une inscription en latin de 2,50 m de long, à la mesure de l’ennui qu’avaient dû lui procurer ses cinq mois de garnison à Krokodilô; la Dacie venait d’être conquise par Trajan et les noms de jeunes Daces enrôlés dans l’armée romaine et envoyés en Égypte abondent dans les ostraca pendant une courte période.

Le dépotoir de Krokodilô a livré deux ostraca géants qui comptent parmi les documents écrits les plus importants trouvés à ce jour dans le désert Oriental. L’un est un journal de poste dans lequel le sous-officier commandant le fortin (son titre est curator praesidii) a noté scrupuleusement, sur plus d’un mois, les arrivées et les départs de courrier officiel, avec les noms des cavaliers messagers, la date, l’heure et la nature du courrier transporté. L’autre est également une amphore sur laquelle le curateur a recopié des circulaires officielles, adressées par la hiérarchie militaire à tous les curateurs, et destinées à les mettre en garde contre d’éventuelles attaques de «Barbares» Les ostraca du désert Oriental sont en effet une source de premier ordre sur le fonctionnement de la poste militaire sous le Haut-Empire romain.

Nous n’avons pas fouillé Persou (auj. Bir Umm-Fawakhir), site omniprésent dans les lettres reçues à Krokodilô et Maximianon, parce qu’il ravitaillait ces deux garnisons en légumes à cuire, herbes aromatiques et salades. En effet, le praesidium de Persou a complètement disparu dans les bouleversements causés par l’exploitation de mines d’or à l’époque byzantine et moderne. À l’époque ptolémaïque et au tout début de l’empire, Persou était le nom des célèbres carrières de pierre de bekhen du wâdî al-Hammâmât, comme le prouvent quelques inscriptions grecques de ces carrières : lorsque leur exploitation s’arrêta et qu’un praesidium fut construit à quelques km de là, à Bir Umm-Fawakhir, le nom migra avec la garnison.

La route de Bérénice (1998-2011)

Les Romains ont remis en service le port de Bérénice un peu plus tard que celui de Myos Hormos, le seul que mentionnait Strabon en 25 av. J.-C. La première date connue attestant la fréquentation de la route Koptos-Bérénice est 4 av. J.-C. ; elle est fournie par un graffito inscrit dans un abri-sous-roche où les premiers négociants empruntant cette nouvelle route faisaient halte (cet itinéraire des temps héroïques, où les puits étaient très espacés, est décrit avec précision par Pline l’Ancien, Nat. 6.102-103); l’abri-sous-roche, rempli de graffiti que nous avons republiés, est connu sous le nom de paneion du wâdî Minayh. On a vu que la route de Bérénice ne reçut un équipement complet de puits fortifiés qu’à partir de 76/77. Elle fut fréquentée plus longtemps que la route de Myos Hormos, où les fortins ont été abandonnés à la fin du IIᵉ s. apr. J.-C.: parmi les praesidia de la route de Bérénice, ceux qui n’ont pas été prématurément désaffectés ont été rendus aux sables au milieu du IIIᵉ s. À ce jour, nous avons travaillé sur quatre de ces fortins: Khashm al-Minayh (Didymoi), Abû Qurayya (Dios), Duwayq (Phalakron?) et Jirf (Xèron Pelagos). Ils ont pour caractéristique commune de présenter des casernements réduits, subdivisés par de mauvais murs et, surtout dans certains secteurs, comblés d’ordures: dans la première moitié du IIIᵉ s., les garnisons avaient cessé de procéder au nettoyage régulier des cantonnements; on laissait les détritus s’accumuler sur place, ce qui exhaussait les sols, ou bien on s’en débarrassait en les jetant dans une pièce voisine désaffectée, sans se soucier de les porter à l’extérieur. Plusieurs ostraca issus de ces dépôts tardifs témoignent que l’armée romaine avait trouvé un modus vivendi avec les nomades, qui venaient se ravitailler dans les fortins. Ils dépendaient d’un chef de clan, dont le titre, tel qu’il est rendu dans les ostraca, était hypotyrannos. Signe d’acculturation, ces Bédouins venaient toucher des rations de vin.

Gazelles peintes sur du parchemin (Didymoi ; IIIᵉ s. apr. J.-C.)
Gazelles peintes sur du parchemin (Didymoi ; IIIᵉ s. apr. J.-C.)
Didymoi (fouille 1998-2000)

Didymoi est l’un des trois sites de la route de Bérénice où ait été retrouvée une dédicace commémorant le passage du préfet Iulius Ursus. Fondé en 76/77, le praesidium fut reconstruit cent ans plus tard, sous Marc Aurèle, à la suite de l’effondrement du puits, que relate une inscription. Le dernier jalon chronologique sûr et précis est fourni par un ostracon trouvé dans le comblement tardif d’un casernement: c’est la copie d’une circulaire dans laquelle le préfet d’Égypte annonce que l’empereur Maximin le Thrace vient d’associer son fils Maxime au trône (236 p.C.): ordre est donné aux curateurs d’en informer leurs camarades et de procéder aux célébrations d’usage.

Didymoi a livré une collection impressionnante de textiles et de morceaux d’objets en cuir. De nombreux fragments textiles proviennent du rembourrage de deux coussins jetés entiers au dépotoir: il ne s’agit pas dans ce cas des restes de vêtements portés par les occupants du fortin, mais de chiffons récupérés dans les maisons bourgeoises de quelque métropole de la vallée du Nil; le raffinement des tissages et la fantaisie infinie des couleurs témoignent de la virtuosité des tisserands et des teinturiers de l’Égypte romaine. Mais la pièce la plus étonnante trouvée à Didymoi est une scène de chasse à la gazelle peinte sur une peau, qui recouvrait probablement un bouclier de parade.

Dios et ses voisins, toponymes et proscynèmes (fouille 2005-2009)

Les toponymes des praesidia de la route de Bérénice sont connus par trois itinéraires antiques transmis par la tradition médiévale: l’Itinéraire Antonin, la Table de Peutinger et la Cosmographie de l’Anonyme de Ravenne. Ces trois sources ne concordent pas parfaitement entre elles, ni avec les ostraca. Pour la station de Dios, l’Itinéraire Antonin donne le nom de Iovis (i.e. praesidium de Jupiter), qui a été retenu par les historiens modernes et qu’on a trouvé dans un ostracon latin; en revanche, tous les ostraca grecs emploient la forme grecque Dios («(praesidium) de Zeus»), reprise dans la Table de Peutinger.

Le praesidium de Iovis-Dios, vue génerale.
Le praesidium de Iovis-Dios, vue génerale.

Dios n’a été fondé qu’en 114/115, sans doute pour remplacer le praesidium de Bir Bayza dont nous pensons qu’il faisait partie du dispositif établi par Iulius Ursus. Bir Bayza se trouve à 6 km à vol d’oiseau de Dios. Il a fait l’objet d’une brève campagne de fouille en janvier 2008. Abandonné dans le cours du Iᵉʳ s., il présentait, sous les mètres cubes de sable, des casernements impeccablement nettoyés; les vantaux de la porte ont été retrouvés, entiers mais calcinés. En dépit de sa courte vie, Bir Bayza avait généré deux modestes dépotoirs : l’un devant la porte principale, l’autre à l’arrière, auquel on accédait par une poterne et qui a été ravagé il y a quelques années par un bulldozer venu d’une des nombreuses mines ou carrières du secteur (car les Bédouins ne sont pas les seuls à commettre des déprédations sur les sites antiques du désert Oriental). Les quelques ostraca recueillis n’ont pas livré le nom du fortin; parmi ces ostraca, aucune des lettres ne comporte de proscynème, ce qui est un signe d’ancienneté, de même que l’absence de gourdes dans le matériel céramique: le proscynème, formule introductive par laquelle l’épistolier met le destinataire sous la protection du dieu tutélaire de l’endroit d’où il écrit, apparaît dans le désert Oriental au cours du règne de Trajan et devient un véritable tic épistolaire sous les règnes suivants («Untel à Untel salut. Je fais ton proscynème devant notre dame Athèna…»); les lettres trouvées à Umm Balad en sont également dépourvues. Quant aux gourdes, qui apparaissent dans les stratigraphies au même moment que, dans les ostraca, le mot kolophônion pour désigner un conteneur à vin, elles semblent surgir vers 150.

Contrairement à Didymoi, Dios (pour des raisons qui nous échappent) ne bénéficiait pas de bonnes conditions de conservation: le matériel jeté au dépotoir a vivement souffert de l’humidité, les textiles et les restes botaniques sont rares, le cuir pratiquement absent, les ostraca généralement détériorés (mais le recours à un appareil photo numérique infrarouge depuis 2008 permet de sauver beaucoup de textes difficilement perceptibles à l’œil nu) ; un grand nombre d’ostraca sont, comme toujours dans les praesidia, des lettres venues des deux stations voisines (les aléas du courrier privé ne permettaient pas d’organiser des échanges sûrs avec des sites plus éloignés); la provenance de ces lettres se déduit des proscynèmes exécutés devant Techôsis (déesse non encore attestée) qui régnait sur Kompasi, et devant Athèna, patronne de Xèron Pelagos (voir plus loin).

Site minier où l’eau était abondante (on la trouve toujours à faible profondeur), Kompasi est beaucoup moins bien conservé: il ne reste plus qu’un côté de la muraille du praesidium, les restes de deux grandes meules à broyer le minerai aurifère et deux citernes éventrées par les Bédouins. Les lettres qui en sont parvenues à Dios montrent que c’était un centre de culture maraîchère (à l’instar du Persou de la route de Myos Hormos) et qu’on y envoyait son linge à laver.

Chapelle de Dios.
Chapelle de Dios.

Du point de vue archéologique, Dios a livré une prolifération de fours tardifs, un balnéaire qui avait dû être éclairé par des vitrages translucides en verre et en pierre spéculaire, et surtout une chapelle oraculaire joliment aménagée dans un casernement. La plate-forme supportant les statues, ornée d’une rustique marqueterie de pierre, était partiellement creuse: derrière la façade, un escalier de trois marches permettait d'accéder à la plate-forme, peut-être pour habiller commodément les statues. Dans une période ultérieure, la chapelle fut réaménagée et cet escalier remblayé. Son comblement a livré une dizaine d'oracles en grec sur ostraca, numérotés et attribués à diverses divinités, ainsi qu’un fragment de cadran solaire orné de représentations divines et d’une curieuse inscription grecque: «zone des malheureux».

De fabrication locale, la statuaire et les inscriptions votives de la chapelle (en grec et en guèze), ainsi que le cadran solaire, sont en stéatite, une roche tendre extraite des carrières qui s’étendent à 500 m au nord du praesidium. Ces carrières sont jonchées de fragments de plats et de gros bols demeurés à l’état d’ébauche. Plusieurs de ces beram (sing. borma, tel est le nom arabe de ces pots en pierre), dont on pensait à ce jour qu’ils étaient d’époque médiévale, ont été retrouvés juste au-dessus des dernières couches d’occupation du fortin par les militaires: ils y ont donc été déposés avant que l’ensablement ne commence, très peu de temps après le départ de l’armée. Nous imaginerions volontiers qu’ils témoignent d’une industrie locale pratiquée par les «barbares»: profitant du puits peut-être encore utilisable, ces derniers ont dû continuer à visiter quelque temps le praesidium abandonné où on ne les ravitaillait plus.

Mosaïque du praetorium de Dios.
Mosaïque du praetorium de Dios.

Un des sondages de la dernière campagne (déc. 2008-janvier 2009) a permis de dégager l'angle nord-ouest du fortin, qui s'est révélé occupé par le praetorium, c'est-à-dire l'appartement du curator praesidii. Deux pièces y sont décorées d'une mosaïque grossière, apparentée, par son exécution et par le matériau, à celle de la chapelle. Dans ce qui devait être une pièce de réception, on retrouve le motif en damier noir et blanc, qui s'organise ici autour d'une porte à deux battants surmontée d'un fronton. Un dossier d'assignations aux gardes de nuit, trouvé dans le dépotoir, confirme l'identification de cet appartement au praetorium: chaque nuit, quatre soldats se relayaient pour monter la garde à un angle du fortin appelé «angle du praetorium».


Dessin humoristique (© A. Bülow-Jacobsen)
Dessin humoristique (© A. Bülow-Jacobsen)

Cet ostracon a été trouvé dans le dépotoir. Un soldat s'est amusé à représenter, d'un calame expressif, sinon habile, un personnage barbu pesant son phallus sur une balance à plateaux. Symbole de richesse et de fécondité, phylactère contre le mauvais œil, le phallus est un motif iconographique et coroplastique populaire, qui devait en outre trouver un terrain favorable dans la microsociété masculine et passablement désœuvrée des fortins du désert. En revanche, le motif de la pesée du phallus n'est connu, semble-t-il, que par une fresque qui orne l'entrée de la maison des Vettii à Pompéi, où elle a la double fonction de protéger la maison et de proclamer la richesse de ses propriétaires.

Xèron est implanté dans le cours d'un oued dont les crues, rares et soudaines comme celle du 30 décembre 2010, l'ont profondément ensablé, au point qu'on le distingue à peine des éminences rocheuses avoisinantes.
Xèron est implanté dans le cours d'un oued dont les crues, rares et soudaines comme celle du 30 décembre 2010, l'ont profondément ensablé, au point qu'on le distingue à peine des éminences rocheuses avoisinantes.


 

Xèron Pelagos (2009-2012)

 

Carcasse de vache trouvée dans le dépotoir de Xèron. Les bovins n'étant pas adaptés aux conditions désertiques, leurs restes sont rarissimes dans les installations romaines du désert Oriental. Cette carcasse n'a pas été consommée, sans doute parce que la bête était morte de maladie.
Carcasse de vache trouvée dans le dépotoir de Xèron. Les bovins n'étant pas adaptés aux conditions désertiques, leurs restes sont rarissimes dans les installations romaines du désert Oriental. Cette carcasse n'a pas été consommée, sans doute parce que la bête était morte de maladie.

24°55’40 N/34°15’50 E. Signalé sur les cartes sous les noms de Jirf ou d'al-Faysaliyya, ce praesidium est le voisin immédiat de Dios dans la direction de Bérénice. L'Itinéraire antonin le nomme Aristonis, toponyme résultant peut-être d'une corruption de Aridum; en revanche, deux autres itinéraires antiques, la Table de Peutinger et la Cosmographie de Ravenne, l'appellent correctement Xeron, abréviation usuelle de Xèron Pelagos, «Sèche-Mer». La forme complète du nom, connue par quelques ostraca de Dios et de Xèron même, est probablement une allusion à la mer de sable qui ennoie ce petit fortin (44 x 33 m) tapi derrière son énorme dépotoir.

La première campagne de fouille a révélé que ce dépotoir devait son volume inhabituel à la présence d'épaisses couches de boue gypseuse résultant de curages répétés du puits. La découverte d'un ostracon avec un éloge versifié de «l'admirable terroir de Xèron» et de son eau «gypsophore» fut une mince consolation.

La chapelle d'Athéna (cl. M. Reddé). En avant, le petit massif de briques est un autel. L'analyse des cendres qui l'entouraient a révélé l'incinération d'offrandes alimentaires (blé, raisin, dattes) et odoriférantes (Artemisia judaica L., i.e. armoise, indigène dans le désert Oriental).
La chapelle d'Athéna (cl. M. Reddé). En avant, le petit massif de briques est un autel. L'analyse des cendres qui l'entouraient a révélé l'incinération d'offrandes alimentaires (blé, raisin, dattes) et odoriférantes (Artemisia judaica L., i.e. armoise, indigène dans le désert Oriental).

L'intérieur du fort, très ensablé, a conservé sur toute leur hauteur une grande partie de ses architectures du IIIᵉ s., époque où les anciens casernements, rasés, furent remplacés par des pièces plus petites.

Décharges et remblais ont livré des ostraca du début du IIIᵉ s., souvent relatifs au ravitaillement (tel un intéressant compte de distribution à des soldats palmyréniens, éméséniens et parthes). L'arrière du fortin est occupé en partie par un balnéaire , dont les eaux usées se déversaient directement dans la citerne. L'ensablement de celle-ci n'a pas encore permis de voir si elle comportait deux bassins, dont l'un aurait été réservé à l'eau propre (encore que gypsophore) tirée du puits. Jouxtant la citerne au nord, la chapelle du fortin a été dégagée: plusieurs trouvailles ont révélé qu'elle était consacrée à Athéna et qu'on y rendait des oracles, comme à Dios.

Les derniers témoins écrits trouvés à Xèron sont des ordres de livraison de blé datés d'une onzième année régnale (peut-être de Gallien, soit 264). Au nombre d'une centaine, émis pendant une brève période de quelques jours, ces bons de blé ont colonisé les couches d'occupation les plus tardives dans tout le quart sud-ouest du fort. Ils sont établis au bénéfice de personnages dont l'anthroponymie aux consonnances insolites (Baratit, Engosarek, Inknet, Sôgôd, Ôeureuex…) laisse deviner qu'il s'agit de ces Barbaroi qui, d'après quelques textes trouvés à Dios et Didymoi, avaient fini par entrenir des liens pacifiques avec les garnisons romaines: des Blemmyes ? des Trogodytes? Ce trésor d'environ 150 anthroponymes est en cours d'analyse par Helmut Satzinger (Vienne).

Praesidia romains

Ancient and modern names of the sites concerned: Umm Balad (Domitiane, then Kaine Latomia), al-Zarqa (Maximianon), al-Muwayh (Krokodilo), Dawwi, Bir Sayyala, al-Hamra, Bir al-Hammamat, Qusur al-Banat, Khashm al-Minayh (Didymoi), Abu Qreiya (Dios), Duwayq (Phalakron?), Jirf (Xeron Pelagos)

Responsible: Hélène Cuvigny (papyrologist, CNRS, IRHT).

Collaborators: Emmanuel Botte (archaeologist, École française de Rome), Charlène Bouchaud (archéobotaniste, Musée d'histoire naturelle, Paris), Jean-Pierre Brun (archaeobotanist, CNRS, director, Centre Jean Bérard, Naples), Adam Bülow-Jacobsen (papyrologist, former professor, The Carlsberg Foundation, Copenhagen), Dominique Cardon (textile studies, CNRS), Laetitia Cavassa (Centre Jean-Bérard, Naples), Mohammed Elmaghrabi (papyrologist, Univ. of Alexandria), Hélène Eristov (painting and décor studies, CNRS), Thomas Faucher (archaeologist, numismatist, IFAO), Hero Granger-Taylor (textile studies, London), Martine Leguilloux (archaeozoologist, leather specialist, Centre archéologique du Var, Toulon), Yves Lignereux (archaeozoologist, École nationale vétérinaire et museum de Toulouse), Danielle Nadal (restorer, Laboratoire Materia Viva, Toulouse, Claire Newton (archaeobotanist, Univ. of Nottingham), Michel Reddé (archaeologist, EPHE), Bérangère Redon (archaeologist, CNRS-MOM), Helmut Satzinger (egyptologist, linguist, Univ. of Vienna), Margareta Tengberg (archaeobotanist, Univ. de Paris X), Khaled Zaza (illustrator, IFAO).

Institutions partenaires: SCA, French Ministry of Foreign Affairs

Campaign dates: excavations ended in 2013

Having reduced the kingdom of Cleopatra to a mere province of their empire (30 BC), the Romans set about the development and a systematic inventory of the country’s assets and natural wealth. They were particularly active in the Eastern Desert that lies between the Nile Valley and the Red Sea. There they discovered new prestigious materials for the great architectural projects of their emperors (granite from Mons Claudianus, porphyry from Mons Porphyrites) and, on the Red Sea coast they revived two old Ptolemaic ports, Berenike and Myos Hormos (“Mouse Port”), which would become essential bridgeheads in the Egyptian trade route between Rome and Southern Arabia, the Horn of Africa and India. The Berenike and Myos Hormos routes shared a section between Phoinikon (Al-Laqita) and Koptos (today Qift), on the Nile, where imported commodities (spices, incense, ivory etc.) passed through vast customs warehouses before entering the country.

The “Eastern Desert” programme studies these two aspects of the Roman presence in the region: on the one hand, the working of the quarries, and on the other the development and overseeing of the two great caravan trails, known in antiquity as the “Myos Hormos Road” and the “Berenike Road”. It takes advantage of the papyrus documents as historical sources. These have normally disappeared in countries outside Egypt where their preservation has been made possible by the geographic and climatic conditions of this country. While the sites of the Nile Valley and the Fayoum, pillaged and excavated since the end of the 19th century, have already given up the majority of their papyri, the Roman installations of the Eastern Desert have been saved until recently from human intervention. These installations usually have the appearance of small forts or square, fortified villages, called in antiquity praesidia. Unfortunately, the explosion of tourist developments on the Red Sea coast these last 20 years has had a disastrous effect on ancient sites, turning them into destinations for four-wheel-drive safaris. The dry-stone architecture disintegrates swiftly, and illegal excavations, often done by Beduin treasure hunters, damage walls and open craters in ancient refuse deposits, allowing humidity to infiltrate. And it is precisely from these refuse dumps that almost all of our papyrological documentation of the Eastern Desert comes, and often not in the form of papyri, but as inscribed potshards, ostraca. One aspect of this project is thus the salvaging of this fragile material. Papyrus, a prestigious medium, was most certainly used by bureaucrats in the Roman posts of the Eastern Desert, but it was reserved for important documents that would be returned to the Nile Valley to be stored in archives. What we find amongst ancient rubbish are texts reflecting daily life, often of a private nature, of fleeting importance, swiftly written and just as swiftly discarded. These Greek and, less often, Latin ostraca have been unearthed in great number from several sites, each with its own profile, and they constitute a living corpus that, until 2013, has continuously grown and complemented itself, the data being cross-referential and with new discoveries throwing light on the previous ones. In this way, one had to await the collecting of the Dios ostraca in 2006 in order finally to understand the mysterious kykleutikon mentioned in the Maximianon ostraca, found in 1995 (in this instance, a monthly contract for the hire of a prostitute), since it is common in this documentation to encounter unknown words that most often turn out to be technical terms.

The ostraca are a welcome supplement to the archaeological data, notably when they bear dates and thus provide fixed chronological markers. Often, they supply the ancient name of a site and, above all, they are a source full of unexpected details about the daily life of the garrison and the civilians who lived in these settlements, and the way that the Roman army of the Early Imperial period organised work in the imperial metalla and oversaw traffic on the commercial highways.

History of the excavations

An imperial metallon: Umm Balad (excavation 2002-2003)

The site of Umm Balad, Eastern Desert.
The site of Umm Balad, Eastern Desert.

We decided to intervene at Umm Balad after witnessing the ever-increasing damage being done to the site, located as it is, dangerously close to Hurghada. The praesidium controlled two small granodiorite quarries tucked into the south-west flank of Mons Porphyrites. The modest size of the operations can be explained by the fact that the material itself had quickly proved to be of poor quality. It is riddled with tiny cracks and did not lend itself to the extraction of the large monoliths that the Roman emperors were looking for. For this reason, the praesidium was abandoned after a few years. Founded under Domitian with the name Domitiane (sc. latomia = Domitian’s quarry), it changed its name after the damnatio memoriae of the emperor and then took on the rather insignificant title of Kaine Latomia (New Quarry). Soon thereafter, the architect Hieronymos, omnipresent in the ostraca, left for the quarries of Mons Claudianus that were destined for greater success (and where an international team, also supported by the IFAO, excavated from 1987 to 1993).

The present project, which began in 1994, is principally concentrated on the Myos Hormos and Berenike roads, which cross the southern part of the Eastern Desert. The Romans had made this territory into a military zone that was administered by an equestrian whose title was prefect (of the desert) of Berenike. The prefecture of Berenike soon became a procuratorship.

At first the Romans were content to dig a few wells or to re-use existing ones in order to supply water for the caravans. In the Eastern Desert (as in the Western), such a well is called in Greek hydreuma (pl. hydreumata). In 76/77, under the rule of Vespasian, the governor of the province and prefect of Egypt, Iulius Ursus, travelled to Berenike and, on the way home, indicated the places where new hydreumata were to be dug, and the praesidia would be constructed in connection with these wells. These were probably the first generation of square forts, usually built around a well, that we are studying. But why did the Roman authorities decide to reinforce the facilities of the roads? The hypothesis that we prefer for the time being is that this was a reaction to the rising aggressivity of the nomads. Ostraca dating to the time of Trajan and Hadrian note the raids perpetrated by bands of barbaroi. On the other hand, Strabo, who visited the region around 25 BC, noted with satisfaction that the local beduins were peaceful.

The Myos Hormos road (1994-1997)

We first pitched our tents at al-Zarqa (Maximianon), then at al-Muwayh (Krokodilo), the only praesidia along this route where the refuse dump was still preserved, but we also undertook exploratory trenches and drew up plans at Dawwi, Bir Sayyala, al-Hamra, Bir el-Hammamat and Qusur al-Banat. The excavation of Maximianon put a definitive end to the idea that the ancient port of Qusair al-Qadim should be identified with the Leukos Limen that the geographer Claudius Ptolemy (2nd AD) locates at roughly this latitude. There is no mention of this in the ostraca of Maximianon or of Myos Hormos. The place name Leukos Limen (White Port) is a ghost that probably derives from a confusion with Leuke Kome (White Village), a Nabataean port located on the other side of the Red Sea. Krokodilo, like Maximianon, was most likely founded under the Flavians, but the only surviving midden is from the time of Trajan and the first years of Hadrian. The fort was then abandoned, probably because it had been constructed on a spot that was vulnerable to the frequent floods in the wadi. It was then, according to our theory, replaced by the praesidium of Bir al-Hammamat

Military logbook (Krokodilo, 108 AD or slightly before).
Military logbook (Krokodilo, 108 AD or slightly before).

Krokodilo owes its name to a huge rock that dominates the site and, when seen from a certain angle, presents the profile of a crocodile. A Dacian horseman named Dida left a 2.5-metre-long Latin inscription on this rock, the length reflecting just how bored he must have been during his five months of garrison duty at Krokodilo. Trajan had just conquered Dacia, and the names of young Dacians enrolled in the Roman army and sent to Egypt are plentiful on ostraca over a short period.

The dump at Krokodilo has given us two very large ostraca that can be considered among the most important written documents found to date in the Eastern Desert. One is like a logbook written on a jar, in which the fort’s commanding officer (his title is curator praesidii) has scrupulously noted, over more than a month, the arrivals and departures of the official mail, with the names of the despatch riders, the date, the time and the nature of the mail carried. The other is also an amphora on which the curator has copied the official circulars addressed by the military hierarchy to the curators, in order to to put them on their guard against possible attacks by “Barbarians”. The ostraca of the Eastern Desert are, in fact, a source of the highest importance concerning the workings of the official mail-service under the Early Roman Empire.

We have not excavated Persou, today’s Bir Umm-Fawakhir, a site often mentioned in letters received at Krokodilo and Maximianon because it provided these two garrisons with vegetables, herbs and other greens. Indeed, the praesidium of Persou completely disappeared in the massive changes caused by the gold mining of the Byzantine and modern periods. During the Ptolemaic era and the very beginning of the Empire, Persou was the name given to the famous quarries of bekhen stone of Wadi al-Hammamat, as is proven by certain Greek inscriptions in these quarries. When this quarrying stopped and a praesidium was built a few kilometres away, at Bir Umm-Fawakhir, the name shifted with the garrison.

The Berenike road (1998-2011)

LThe Romans reopened the port of Berenike to traffic slightly later than that of Myos Hormos, the only one mentioned by Strabo in 25 BC. The first known date that attests the use of the Koptos-Berenike road is 4 BC, and it has come to us from a graffito inscribed in a rock shelter where the first merchants using this new route would make a stop. (This itinerary in the heroic frontier times, when the wells were far between, is precisely described by Pliny the Elder, N.H., 6.102-103). This rock shelter, filled with graffiti that we have published, is known as the Paneion of Wadi Minayh. We have seen how the Berenike road was only provided with a full complement of fortified wells from the years 76/77. It was used longer than the Myos Hormos road, where the small forts were abandoned at the end of the 2nd century AD. Among the praesidia of the Berenike road, those that did not fall into early disuse were eventually left to the sands in the mid-3rd century. We have worked on four of these small forts: Khashm al-Minayh (Didymoi), Abu Qreiya (Dios), Duwayq (Phalakron?) and Jirf (Xeron Pelagos). Their common characteristics were the small barrack buildings, subdivided by poorly built walls and, especially in certain sectors, filled with rubbish. In the first half of the 3rd century, the garrisons gave up the regular cleaning of their rooms and allowed rubbish to pile up in situ, which caused the ground level to rise, or else they got rid of refuse by dumping it in a disused room nearby without bothering to remove it to the exterior of the fort. Several ostraca found in these late period dumps inform us that the Roman army had established a modus vivendi with the nomads, who now came to pick up supplies at the forts. They were governed by a clan chief, whose title, as marked on the ostraca, was hypotyrannos. As evidence perhaps of acculturation, the Beduins came looking for wine rations.

Gazelles painted on parchment (Didymoi; 3rd century AD).
Gazelles painted on parchment (Didymoi; 3rd century AD).
Didymoi (excavation 1998-2000)

Didymoi is one of three sites on the Berenike road where a dedication commemorating the passage of the prefect Iulius Ursus has been found. The praesidium was founded in 76/77, and an inscription tells us that it was rebuilt 100 years later, under Marcus Aurelius, after the collapse of the well. The last certain and precise chronological marker is provided by an ostracon found in the late period fill of a barrack-room. It is the copy of a circular in which the prefect of Egypt announces that Emperor Maximinus Thrax has just associated his son to the throne (236 AD). The curators are ordered to inform their comrades and proceed with the usual celebrations.

Didymoi has given us an impressive collection of textiles and pieces of leather objects. Many textile fragments come from the stuffing of two cushions that were thrown onto the midden. These were not the remains of clothes worn by the fort’s occupants, but, rather, material taken from middle-class homes of some city in the Nile Valley. The fineness of the fabric and the richness of the colours testify to the skill of the weavers and dyers of Roman Egypt. However, the most astonishing piece found at Didymoi is a scene showing a gazelle hunt painted on leather that most likely once covered a ceremonial shield.

Dios and its neighbours, place names and proskynemata (excavations 2005-2009)

The place names of the praesidia on the Berenike road are known to us from three ancient itineraries that have been passed down by medieval tradition: the Antonine Itinerary, the Peutinger Table and the Ravenna Cosmography. These three sources do not entirely agree with each other, or with the ostraca. For the station of Dios, the Antonine Itinerary gives the name Iovis (i.e. the praesidium of Jupiter), which has been taken up by modern historians and which has been found on a Latin ostracon. On the other hand, all the Greek ostraca use the Greek form Dios (i.e. praesidium of Zeus) that also features on the Peutinger Table.

General view of the praesidium of Iovis-Dios.
General view of the praesidium of Iovis-Dios.

Dios was only founded in 114/115, probably to replace the praesidium of Bir Bayza, which we think was part of the network established by Iulius Ursus. Bir Bayza is located some 6 km as the crow flies from Dios. It was briefly excavated in January 2008. Abandoned during the 1st century, it lay under metres of sand, which, once cleared, revealed impeccably cleaned barracks. The panels of the doors were found intact but burnt. Despite its short life, Bir Bayza managed to create two modest dumps; one in front of the main entrance, the other at the back to which one gained access by a postern gate and which had been badly damaged some years ago by a bulldozer from one of the many mines and quarries of the area. (It is not only the Beduin who are involved in the destruction of ancient sites of the Eastern Desert.) None of the few ostraca recovered have given us the name of the small fort, and none of the letters, bear a proskynema, which is an effective sign of antiquity, and there is likewise an absence of ceramic flasks (costrels). The proskynema was an introductory formula by which the writer puts the addressee under the protection of the tutelary god of the place from which he is writing. This habit appeared in the Eastern Desert during the reign of Trajan and became a veritable letter-writing tic under the following reigns (“So-and-so to So-and-so greetings. I have performed your proskynema before Our Lady Athena…”). The letters found at Umm Balad also lack this formula. As for the flasks, which turn up in the stratigraphy at the same moment as the word kolophonion, meaning a wine container, is noted on ostraca, they appear around the year 150.

Unlike Didymoi, Dios (for reasons that escape us) has not enjoyed good conditions for preserving artefacts. The material thrown onto the midden has suffered badly from humidity, textiles and botanic remains are rare, leather practically absent and the ostraca generally in a deteriorated state (however, the use of an infrared digital camera since 2008 has meant recording many texts that are hard to see with the naked eye). A large number of the ostraca are, as always in the praesidia, letters from the two neighbouring stations (the vagaries of private mail did not allow for the organisation of an assured service with more distant sites). The provenance of these letters is deduced from the proskynemata before Techosis (an, as yet, unattested goddess) who reigned over Kompasi, and before Athena, patron of Xeron Pelagos (see below). Kompasi, a mining site with plentiful water that can still be found near the surface, is much less well preserved. There is only one side of the praesidium wall, the remains of two great grindstones for crushing the gold ore and two cisterns that have been broken open by the Beduins. The letters sent to Dios show that it was a centre of market gardening (same as Persou on the Myos Hormos road) and that people sent laundry there for washing.

Site minier où l’eau était abondante (on la trouve toujours à faible profondeur), Kompasi est beaucoup moins bien conservé: il ne reste plus qu’un côté de la muraille du praesidium, les restes de deux grandes meules à broyer le minerai aurifère et deux citernes éventrées par les Bédouins. Les lettres qui en sont parvenues à Dios montrent que c’était un centre de culture maraîchère (à l’instar du Persou de la route de Myos Hormos) et qu’on y envoyait son linge à laver.

Chapel of Dios.
Chapel of Dios.

From the archaeological point of view, Dios has given us a number of late period kilns, a bathhouse that must have been lit through glazing of translucent glass and transparent stone, and most noteworthy, an oracular chapel neatly laid out in a barracks building. The platform supporting the statues was decorated with rather rustic stone inlays and was partially hollow. Behind the façade, three steps lead up to the platform, perhaps to make it easier to dress the statues. During a later period, the chapel was rearranged and this stairway filled in. This fill held some ten ostraca bearing oracles in Greek, numbered and attributed to different deities, as well as a fragment of a sundial decorated with divine figures and a curious inscription in Greek: “section of the unfortunate ones”.

The statuary, the chapel’s votive inscriptions (in Greek and Ge’ez), and the sundial, were all of local manufacture in soapstone, a soft stone extracted from quarries that lay some 500 m north of the praesidium. These quarries are strewn with fragments of plates and large bowls still unfinished. It was believed until now that these beram (sing. borma, as these stone pots are called in Arabic) were from the medieval period, however several of them have been found just above the last layers of military occupation of the fort. Thus, they were placed there before the sand began to pile up, shortly after the army had left. We might easily imagine that they are evidence of a local industry practiced by the “Barbarians”. Taking advantage of the well, these latter may have continued to visit the praesidium for some time after its abandonment.


Mosaïque du praetorium de Dios.
Mosaïque du praetorium de Dios.

One of the trenches of the last campaign (December 2008-January 2009) cleared the north-west corner of the fort and revealed that this held the praetorium, that is, the apartment of the curator praesidii. Two rooms were decorated with a rather roughly executed floor mosaic, similar in execution and material to the decor of the chapel. In what was probably a reception room there was a black and white chequer board motif arranged around a double door topped with a pediment. A duty roster for the night guard, found in the midden, confirms the identification of this apartment as the praetorium. Each night, four soldiers took turns to stand guard at one corner of the fort called “the praetorium corner”.


Humorous drawing (© A. Bülow-Jacobsen)
Humorous drawing (© A. Bülow-Jacobsen)

This ostracon was found in the dump. A soldier has entertained himself by drawing, with an expressive if not expert hand, a bearded character weighing his phallus on a balance. As a symbol of wealth and fertility, and a talisman against the evil eye, the phallus was a popular iconographic and coroplastic motif that must have found a ready public in the masculine and somewhat idle micro-society of the desert forts. On the other hand, the image of weighing a phallus is only known elsewhere, it would seem, on a fresco ecorating the entrance of the House of the Vettii at Pompeii, where it had the double function of protecting the house and proclaiming the wealth of its owners.

Xeron stands in a watercourse where the rare and sudden floods, as here on 30 December 2010, have covered it in deep layers of sand to such an extent that it is difficult distinguish it from the surrounding outcrops of rock.
Xeron stands in a watercourse where the rare and sudden floods, as here on 30 December 2010, have covered it in deep layers of sand to such an extent that it is difficult distinguish it from the surrounding outcrops of rock.


 

Xeron Pelagos (2009-2012)

 

Carcass of a cow found in the Xeron dump. Cattle are not adapted to desert conditions and their remains are extremely rare in the Roman installations of the Eastern Desert. This carcass had not been eaten, most probably because the animal died of an illness.
Carcass of a cow found in the Xeron dump. Cattle are not adapted to desert conditions and their remains are extremely rare in the Roman installations of the Eastern Desert. This carcass had not been eaten, most probably because the animal died of an illness.

24°55’40 N/34°15’50 E. Marked on maps by the names Jirf or al-Faysaliyya, this praesidium is the immediate neighbour of Dios in the direction of Berenike. The Antonine Itinerary calls it Aristonis, which may be a corruption of Aridum. On the other hand, the two other ancient itineraries, the Peutinger Table and the Cosmography of Ravenna, name it correctly as Xeron, the usual abbreviation of Xeron Pelagos, or “Dry Sea”. The long form of the name, known from some ostraca found at Dios and Xeron itself, is probably an allusion to the sea of sand that surrounds this tiny fort (44 x 33 m) as it crouches behind its enormous dump.

The first excavation campaign revealed that this dump owed its unusual volume to the presence of thick layers of chalky mud that came from repeated cleaning out of the well. The discovery of an ostracon praising in verse “the admirable soil of Xeron” and its “gypsiferous” water came as a small consolation.

The chapel of Athena (photo M. Reddé). In the foreground, the small brick structure is an altar. Analyses of ashes found around it have revealed the burning of food offerings (wheat, grapes, dates) and aromatics (Artemisia judaica L., i.e. wormwood, a native of the Eastern Desert).
The chapel of Athena (photo M. Reddé). In the foreground, the small brick structure is an altar. Analyses of ashes found around it have revealed the burning of food offerings (wheat, grapes, dates) and aromatics (Artemisia judaica L., i.e. wormwood, a native of the Eastern Desert).

The interior of the fort is full of sand but still displays a large part of its 3rd century architecture standing at full height. It was at that time that the former barracks were razed and replaced by smaller rooms.

Dumps and filled room have yielded ostraca from the beginning of the 3rd century, often related to provisioning (such as an interesting account of distribution to Palmyrene, Emesan and Parthian soldiers). The rear of the fort was partly occupied by a bathhouse, the run-off from which poured directly into the cistern. The sanding up of this has meant that we still cannot see if there were two basins, one of which would have been reserved for clean water (even if chalky) drawn from the well. Next to the cistern to the north, the fort’s chapel has been cleared. Several finds have shown that it was dedicated to Athena and oracles were delivered there as at Dios.

The last written evidence found at Xeron are orders for the delivery of wheat dated to an eleventh regnal year (perhaps of Gallienus, i.e. 264). Numbering about a hundred and issued during a brief period of a few days, these wheat vouchers filled the latest occupation layers in all of the south-west quarter of the fort. They were made out for persons with very unusual sounding names (Baratit, Engosarek, Inknet, Sogod, etc.) such that we might imagine that they were Barbaroi who, according to certain texts found at Dios and Didymoi, had eventually established peaceful relations with Roman garrisons. Were they Blemmyes, or perhaps Trogodytes? This treasure of around 150 anthroponyms is presently being analysed by Helmut Satzinger (Vienna).